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MessagePosté: 05 Jan 2026, 12:13 
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J’aime beaucoup Jean-Jacques Annaud.
Avec son triptyque La Guerre du feu, L’Ours et Le Nom de la rose, il reste pour moi l’incarnation d’un cinéma ambitieux, populaire et familial de qualité. Ce sont des films que je revois régulièrement, toujours avec le même plaisir, parfois même davantage. Ils ne prennent pas une ride (ce qui est moins rassurant pour Le Nom de la rose).
Le reste de sa filmographie m’apparaît plus décevant en comparaison, même si elle demeure toujours généreuse. J’ai une vraie tendresse pour l’échec bancal qu’est Sa Majesté Minor, et je défends sans difficulté la première partie de Sept ans au Tibet, malgré son ratage global.
En revanche, Notre-Dame brûle , c'est non. Sans souffle ni réel intérêt. Et c'est marrant de constater que c'est son seul film en France et contemporain.
Avec Coup de Tête donc. Qui occupe alors une place paradoxale dans sa filmo.

C’est sans doute son film le plus culte, mais aussi le plus modeste, loin des grandes fresques internationales qu’Annaud amorçait pourtant dès son premier long métrage (qui partage d'ailleurs beaucoup de points communs avec son second). Cette modestie formelle est précisément ce qui fait sa force.

Le film marque aussi une note singulièrement cruelle dans la carrière de Francis Veber. Son François Perrin n’est ni un héros, ni une victime idéale : c’est un homme cabossé, imprévisible, habité par une colère sourde. On sent chez le scénariste une volonté de traiter son personnage fétiche “frustré et dépassé par les événements” avec un réalisme inhabituel, sans le refuge du pur comique.
Évidemment, tout cela fonctionne avant tout grâce à Patrick Dewaere. Il impose une présence à la fois athlétique et fragile, toute en violence contenue. L’itinéraire de son personnage est un cadeau pour acteur : il lui permet d’être excessif sans jamais perdre son humanité. Et l’on se surprend à se demander dans quelle mesure Dewaere pourrait aujourd’hui redevenir une icône générationnelle : cheveux mi-longs ondulés, goût pour la fonte, petite moustache… ce grand dépressif tourmenté ne déparerait pas tant que ça à l’époque actuelle.
Il est, de plus, parfaitement entouré par une galerie de seconds rôles aux trognes mémorables, tous impeccables, Jean Bouise en tête.

L’humour du film est cruel, jamais réconfortant. Les situations, volontairement répétitives, mettent en lumière le principe du bouc émissaire. Annaud filme cette petite ville comme un microcosme étouffant, où chacun protège ses intérêts sous couvert de respectabilité. Il en résulte une satire corrosive, à la fois de la société de l’époque et, plus largement, de la communauté humaine : médiocrité morale, opportunisme, cynisme des élites locales (dont le concessionnaire automobile, pour situer le niveau), lâcheté collective, manipulation des masses.
Annaud prend le risque de livrer un film peu aimable, à l’image de sa vision d’une France provinciale peu reluisante. On peut tiquer sur certains éléments datés, notamment le fantasme du balayeur africain, cliché mais qu’on pardonne à un cinéaste marqué par son séjour africain et son goût constant pour l’exotisme.

Et le football alors ? Et bien il n’est ici qu’un prétexte. Les scènes de match sont d’ailleurs assez pénibles (supervisées par Guy Roux !), mais elles passent grâce à la ritournelle de Pierre Bachelet, si typique de son époque. Et puis, filmer le sport, surtout le football, est un exercice que peu de cinéastes maîtrisent ; pour une comédie française des années 70, Annaud s'en tire le mieux possible.

Alors ces limites participent aussi aux déséquilibres du film, avec un rythme inégal et un dosage incertain entre comédie et amertume qui ne facilite pas le travail au spectateur. Mais c’est précisément ce qui lui donne son cachet. La fin, volontairement décevante, agit presque comme un soulagement, en réinjectant un minimum de dignité dans un univers qui en manquait cruellement.
Coup de tête vise juste : il fonctionne à la fois comme document d’une époque révolue, celle d’une communauté organisée autour d’une usine, du bar, de la bagnole, du confort moderne, et comme film étonnamment actuel, à l’heure où le monde du football est pourri de l’amateurisme des projets Mbappé aux prix de la paix de la FIFA, en passant par le Qatar. L’affaire de la caisse noire de l’ASSE était d'actualité.
Il y a même ce moment très marqué “masculinité de l’époque”, qui continue de résonner aujourd’hui, preuve supplémentaire que le film reste excellent dans son ambition de poil à gratter.


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