Je crois que je préfère le concept, la proposition presque théorique et le traitement d'une aridité surprenant que le résultat. Je suis absolument séduit par cette idée de triple narration tellurique qui fait se conjoindre les trois éléments fondamentaux en un quatrième quand l'eau, la terre et l'air viennent mettre le feu à l'avion de Tom Hardy. Je suis évidemment en extase devant cette obsession du temps chez le réalisateur qui reproduit exactement le même motif de film en film, la mise en scène de temps cinématographiques distincts et qui ici le fait dans une pureté du geste absolu (aucun ralenti). J'adore l'approche mine de rien novatrice du film de guerre qui au lieu de nous plonger dans des combats sanglants nous placent dans un no man's land où l'ennemi est invisible. En cela le film est incroyablement l'antithèse absolu de
Il faut sauver le soldat Ryan et de sa scène mythique du débarquement. Là où des soldats arrivent sur la plage sous les balles ennemies se faisant littéralement déchiqueter, ici les soldats font tout pour en repartir dans une peur et une violent exsudée de ses effusions de sang. En cela le film est de toute façon assez incroyable, cette espèce de pureté absolu du décor, cette plage immense balayée par le vent, recouvrant d'écume des cadavres ramenés par la houle. Ces mouvements de foule gigantesque comme une chorégraphie de la peur absurde. Il y a là des images je crois assez inédites et sidérantes.
Cependant quelque chose m'empêche sans cesse d'être à fond sans que je parvienne vraiment à mettre le doigt dessus. Je suis un immense fan de survival donc je pensais le film taillé pour moi et si j'ai été constamment happé par cette construction en tension permanente, il me semble qu'il manque une certaine viscéralité au traitement. Je trouve le film presque aseptisé dans sa description de la violence et de la peur, à l'image de ses jeunes soldats majoritairement inexpressifs, que Nolan veut visiblement aussi lisse que possible, les réduire à l'état de silhouettes, de visages, les indifférencier (très belle séquence du gasoil où on ne sait plus qui est qui et où on réalise que finalement peu importe
Puis plus prosaïquement si les séquences sur la plage sont extraordinaires, si les batailles aériennes sont renversantes, les passages sur le bateau avec Rylance sont quand même beaucoup moins fortes et les micro-conflits (Cillian Murphy est-il un risque ? L'accident bête du gosse...) qui s'y déroulent paraissent un peu dérisoires même si encore une fois je comprends l'idée de Nolan, mettre tout à plat, le temps, l'espace, l'individu, le groupe. Même si c'est un détail, il est vrai également qu'on ne sent pas trop la semaine d'attente sur la plage
Je regrette aussi comme beaucoup ces quelques dernières minutes qui semblent appartenir à presque un autre film tant ce discours d'espoir nationaliste ne correspond en rien au projet du film, c'est un peu maladroit. Comme si dans les dernière secondes, Nolan faisait une espèce de concession à une certaine convention, ici déplacée. Pas fan non plus du personnage de Branagh, espèce de caution historique figée et empesée (ses larmes avec la bande son qui va bien quand il voit arriver les bateaux civils ça m'a saoulé et pas ému une seconde).
Cependant rien qu'en écrivant ce texte je suis traversé d'images incroyables, j'ai en tête cette bande-son et ce tictac quasiment incessant qui sonne, ces longues plages non dialoguées d'une intensité incroyable (j'adore toutes les scènes d'aviation). Le geste de Nolan est malgré tout absolument passionnant, une espèce de ligne claire cinéma d'une pureté presque absolue (la palette chromatique du film aussi très minimale). J'aurais aimé être ému ou plus touché par le film que j'ai regardé avec un peu de distance mais l'expérience (malgré la projo très moyenne des Halles) a été plus puissante que 90% des choses que je verrai en salles cette année.
5/6
J'allais écrire quelque chose, mais non tu as tout écrit déjà. Pas mieux, et il faudrait que tu écrives quelque part, quand même.
J'ajoute deux choses qui m'ont gêné : je trouve les acteurs trop "beaux", c'est idiot mais si tu regardes les photos de l'époque, tu as déjà des gueules de beefs pas possibles mais aussi des mecs bien fatigués/crades etc etc. Le mec qui joue le soldat qui parle aux gamins à la fin ne sait absolument pas jouer et du coup dès qu'il parle cela m'a sorti du film.
4,5/6, à la fois totalement fasciné et un peu déçu de la surprenante imperfection du scénario.