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MessagePosté: 22 Déc 2017, 02:07 
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Alors on va calmer les ardeurs (de ce qui auraient été ardeurisés par certains retours), c'est pas "le meilleur film de Spielberg depuis Munich".

Je sais que cette déclaration emphatique n'implique pas que Pentagon Papers est aussi bon que Munich mais je ne trouve même pas le film aussi bon que Lincoln (je sais que Lincoln n'est pas plus apprécié que ça ici bas mais vous êtes dans le faux).

Non, c'est plutôt du niveau d'un Bridge of Spies, pour être tout à fait honnête. Après, en dehors des thèmes chers à l'auteur, de la présence de Tom Hanks et du fait qu'il s'agit d'un film inspiré de faits réels, les deux films n'ont pas tant de choses à voir l'un avec l'autre. Et je préfère Pentagon Papers. C'est juste qu'en sortant du film, j'avais tout de même l'impression qu'il s'agissait une nouvelle fois d'un Spielberg mineur. Je n'aime pas faire ce genre de qualifications à l'emporte-pièce à chaud parce que, comme je l'ai déjà maintes fois répété, la définition du terme varie et le recul me paraît nécéssaire pour décerner à un film ce statut.

Disons que c'est un film qui, surtout quand on connaît l'historique de sa mise en production, paraît avoir été fait dans l'urgence, pour le meilleur et pour le pire.
"Pire" est un mot bien trop fort pour ce que j'aurai à reprocher au film, qui se limite principalement à un scénario qui aurait sans doute mérité quelques passes supplémentaires. Disons que, quand je regarde Lincoln, je sens dans chaque scène, chaque personnage, chaque réplique, qu'il s'agit d'une entreprise portant le poids des années de travail sur le scénario. Ce n'est pas un hasard si le film a mis plus de 10 ans à se faire.
Je pense qu'avec un peu plus de temps, Pentagon Papers aurait pu atteindre ce niveau de perfection.

Mais ce n'est pas le projet du film.

En l'état, Pentagon Papers brille par le "meilleur" de la démarche.
Si j'évoque aussi souvent Lincoln, ce n'est pas juste parce qu'il s'agit, à mes yeux, du dernier Spielberg exemplaire, mais parce qu'il s'agit sans doute du film le plus proche dans le fond et dans ses mécanismes de Pentagon Papers. Ce sont deux films intéressés par la procédure, par l'union d'un groupe de gens, souvent dans des bureaux, quand ils ne sont pas sur le terrain à oeuvrer de manière illégale malgré l'institution qu'ils incarnent, et par l'urgence. Il faut acquérir suffisamment de votes pour faire passer le 13ème Amendement avant la fin de la Guerre. Il faut mettre la main sur les Pentagon Papers afin de traiter du sujet dans notre journal pour qu'il soit pertinent.
Le film revêt ainsi un aspect méta vis-à-vis de son intrigue. Pour Spielberg, il fallait faire ce film "cette année ou jamais". Il fallait faire le film au plus vite afin de parler de Trump et de la position des femmes.

À propos du Bon Gros Géant, j'écrivais ceci :
Au bout de 30 films, les thématiques récurrentes de Spielberg sont désormais connues de tous.
La communication a toujours été LE thème sous-jacent de toute sa filmographie, que ce soit celle entre les humains et les extra-terrestres ou celle entre Israëliens et Palestiniens. Cela dit, depuis quelques films, l'auteur parle plus spécifiquement de communication par le biais du storytelling - Tintin qui n'a de cesse de dire "I'm always looking for a good story. That's my job", Lincoln et ses anecdotes pour amadouer ses interlocuteurs - et The BFG est la première fois qu'il parle aussi frontalement de sa propre fonction de conteur d'histoire. D'ailleurs, j'aime ce que le film dit des rêves mais également des mauvais rêves, qu'ils sont là pour nous préparer, nous protéger, qu'ils sont un mal pour un bien. Un peu comme les compromis nécessaires au progrès de Lincoln.

Pentagon Papers continue de creuser cette pensée.
L'aspect que je n'avais pas évoqué l'an dernier en parlant de cette idée, c'est la notion de responsabilité. Ces derniers temps, j'ai plusieurs fois remis en question la bêtise de l'appellation "films sérieux" affublés aux drames historiques de Spielberg. La Liste de Schindler n'était pas le premier de ces drames historiques mais il était le premier à témoigner, au travers de son protagoniste mais également de l'approche de son auteur, de cette responsabilité qui lui incombe. Un devoir, en tant que cinéaste le plus célèbre, en tant que nom qui attire les foules plus qu'aucun autre. C'est le vrai tournant entre ses drames historiques d'avant et ceux d'après, je dirais. Je me dois de parler de l'Holocauste. Je me dois de parler du conflit israëlo-palestinien et du terrorisme. Je me dois de parler de la liberté de la presse et de l'oppression patriarchale.

Il ne s'agit donc plus de la communication entre ses personnages mais de la communication entre l'artiste et le public. Et le parallèle n'a jamais été aussi marqué qu'ici, où l'histoire qui est contée n'est autre que l'Histoire. Lincoln avait pour responsabilité de diriger le peuple, même s'il désapprouvait. Le Bon Gros Géant avait pour responsabilité de le divertir. Le Washington Post a pour responsabilité de l'informer. Le Bon Gros Géant + le Washington Post = Steven Spielberg. Il a juste choisi un autre support pour raconter ses histoires mais peu importe le média, la communication reste la meilleure arme.

Dès la première scène, alors que des soldats se préparent, l'un d'eux n'a pas un fusil mais une machine à écrire. Au-delà de la filiation avec le Caporal Upham d'Il faut sauver le soldat Ryan, c'est le premier symbole du propos de Spielberg. Au-delà du double message évident dès l'annonce du projet sur le 1er Amendement et l'émergence d'une femme dans un monde d'hommes (et d'un sous-propos moins attendu opposant l'intégrité au capitalisme ou à l'amitié), c'est la façon dont il caractérise les machines à écrire comme des flingues, les lettres gravées des machines d'imprimerie comme des balles que l'on insère une à une dans un chargeur, les paquets de journaux comme des bombes qu'on lâche devant le Capitole, le travail d'investigation comme une mission d'espionnage, qui font du film une lettre d'amour énervée au métier de journaliste. Jadis, les "men on a mission" de Spielberg étaient flic et pêcheur (Les Dents de la mer), soldats (Il faut sauver le soldat Ryan) ou agents du Mossad (Munich). Aujourd'hui, ce sont des politiciens (Lincoln) et des journalistes.

Il faut voir le film s'attarder sur les détails d'une époque analogique où un bout de papier devait être emmené à la main par un coursier d'un endroit à un autre en vitesse et en secret pour comprendre ce qui fascine Spielberg dans le quotidien de ces hommes et femmes en qui on place notre confiance pour nous dire ce qu'il se passe dans le monde.
Il faut voir cette scène, tout droit sortie de Munich, dans laquelle un journaliste retrouve un informateur dans une chambre de motel où les papiers incriminants tapissent la pièce et Kaminski éclaire la scène comme si la lumière, symbole de révélation chez Spielberg, provenait directement des feuilles, de l'information, projetant les ombres des deux personnages sur les murs derrière eux de façon puissante et menaçante.

Dans la réa, c'est clairement pas le Spielberg de Bridge of Spies. Quand je parlais de film fait dans l'urgence plus haut, cela se manifeste également dans la forme visuelle. C'est comme si Spielberg avait lu le scénar et appelé Janusz pour dire "on se retrouve sur le terrain, faut y aller maintenant!" et qu'il n'y avait pas le temps de foutre un pied de caméra. C'est pas du Dogme non plus hein mais l'énergie qui se dégage de ce film semblablement tourné caméra au poing est dingue. J'ai eu l'impression que le film durait 20 minutes. Spielberg est le roi du mouvement de caméra motivé. La caméra ne bouge jamais pour rien. Ainsi, même lorsqu'il laisse durer les plans, la mobilité de la caméra, épousant toujours la façon dont les acteurs circulent au sein du décor, rend le film plus vivant que jamais. Et ce n'est pas pour autant que Spielberg en oublie de composer ses cadres. L'énergie est celle d'un reportage de guerre mais la mise en scène exploite les magnifiques décors, qu'il s'agisse des bureaux du journal ou des luxueuses demeures, afin de créer des oppositions, des espaces clos ou des lignes de fuite angoissantes.

Il y a aussi toutes ces façons de blocker la scène autour de Meryl Streep.
Si la performance inattendue de l'actrice, toute en vulnérabilité et hésitation, ne suffisait pas, Spielberg ne cesse de l'oppresser en plaçant plusieurs acteurs masculins dans le cadre avec soin, soulignant son effacement délibéré. Comme il en a l'habitude, il va même jusqu'à reprendre la composition d'un tableau de Norman Rockwell où plusieurs hommes entourent une femme, prenant les décisions à sa place. Ce que l'histoire vraie offre de magnifique au récit, ce n'est pas juste la confluence entre un combat contre le gouvernement et l'histoire d'une femme qui prend conscience de sa force, c'est la réalisation qu'il s'agit dans les deux cas d'un seul et même problème : la censure de la parole. Celle, au grand jour bien que drapée derrière un patriotisme faux-cul, de la presse et celle, insidieuse parce que systémique, des femmes. Et la corrélation entre la libération de la parole d'une femme et le tournant permis par les conséquences est la plus belle leçon que la réalité pouvait donner (il y a d'ailleurs une scène dont le didactisme est compensé par le fait qu'il s'agit pour une fois non pas de mansplaning mais de womansplaining, ouvrant les yeux au protagoniste (très) masculin, ce bon vieux newsman interprété par un Tom Hanks plus brusque qu'à l'accoutumée). Elles peuvent changer le monde.

À l'heure où Time Magazine choisit comme personnalité de 2017 les briseuses de silence ayant lancé le mouvement des accusations pour agressions sexuelles, Pentagon Papers se fait particulièrement actuel. Les choses commencent à peine à changer et cela se fait encore dans la douleur. Quarante-six ans séparent les événements du film de la présidence de Trump mais le film ne se contente pas de dresser un parallèle entre les agissements de Nixon - toujours filmé de la même manière : de dos dans son bureau, de véritables enregistrements de ses propos se substituant à des répliques, et toujours dans l'encadrement de la fenêtre de la Maison Blanche, un son drone et menaçant conférant tout son poids effrayant à l'institution - et ceux de Trump et ses accusations de "fake news", il se termine presque sur une menace. Munich choisissait comme image finale les tours du World Trade Center comme constat désabusé du cycle sans fin et inepte de la vengeance. L'épilogue de Pentagon Papers est plus grossier mais surtout plus vénère, une menace proférée avec un sourire narquois, faisant du film comme une préquelle à l'affaire du Watergate, qui dirait "vous n'êtes plus intouchable. Vous allez tomber."

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MessagePosté: 22 Déc 2017, 02:18 
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Mouais, tu me motives pas des masses, là.

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Film Freak a écrit:
l'énergie qui se dégage de ce film semblablement tourné caméra au poing est dingue. J'ai eu l'impression que le film durait 20 minutes. Spielberg est le roi du mouvement de caméra motivé. La caméra ne bouge jamais pour rien. Ainsi, même lorsqu'il laisse durer les plans, la mobilité de la caméra, épousant toujours la façon dont les acteurs circulent au sein du décor, rend le film plus vivant que jamais. Et ce n'est pas pour autant que Spielberg en oublie de composer ses cadres. L'énergie est celle d'un reportage de guerre mais la mise en scène exploite les magnifiques décors, qu'il s'agisse des bureaux du journal ou des luxueuses demeures, afin de créer des oppositions, des espaces clos ou des lignes de fuite angoissantes.
Il y a aussi toutes ces façons de blocker la scène autour de Meryl Streep.
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Je ne comprends pas le message de Qui-Gon Jinn.

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MessagePosté: 22 Déc 2017, 09:31 
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Arnotte a écrit:
Je ne comprends pas le message de Qui-Gon Jinn.


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Qui-Gon Jinn a écrit:
Film Freak a écrit:
l'énergie qui se dégage de ce film semblablement tourné caméra au poing est dingue. J'ai eu l'impression que le film durait 20 minutes. Spielberg est le roi du mouvement de caméra motivé. La caméra ne bouge jamais pour rien. Ainsi, même lorsqu'il laisse durer les plans, la mobilité de la caméra, épousant toujours la façon dont les acteurs circulent au sein du décor, rend le film plus vivant que jamais. Et ce n'est pas pour autant que Spielberg en oublie de composer ses cadres. L'énergie est celle d'un reportage de guerre mais la mise en scène exploite les magnifiques décors, qu'il s'agisse des bureaux du journal ou des luxueuses demeures, afin de créer des oppositions, des espaces clos ou des lignes de fuite angoissantes.
Il y a aussi toutes ces façons de blocker la scène autour de Meryl Streep.
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Pas encore lu la critique, je me suis arrêté là :
Film Freak a écrit:
Non, c'est plutôt du niveau d'un Bridge of Spies, pour être tout à fait honnête.

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MessagePosté: 10 Jan 2018, 04:14 
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Film Freak a écrit:
Dans la réa, c'est clairement pas le Spielberg de Bridge of Spies. Quand je parlais de film fait dans l'urgence plus haut, cela se manifeste également dans la forme visuelle. C'est comme si Spielberg avait lu le scénar et appelé Janusz pour dire "on se retrouve sur le terrain, faut y aller maintenant!" et qu'il n'y avait pas le temps de foutre un pied de caméra. C'est pas du Dogme non plus hein mais l'énergie qui se dégage de ce film semblablement tourné caméra au poing est dingue. J'ai eu l'impression que le film durait 20 minutes. Spielberg est le roi du mouvement de caméra motivé. La caméra ne bouge jamais pour rien. Ainsi, même lorsqu'il laisse durer les plans, la mobilité de la caméra, épousant toujours la façon dont les acteurs circulent au sein du décor, rend le film plus vivant que jamais. Et ce n'est pas pour autant que Spielberg en oublie de composer ses cadres. L'énergie est celle d'un reportage de guerre mais la mise en scène exploite les magnifiques décors, qu'il s'agisse des bureaux du journal ou des luxueuses demeures, afin de créer des oppositions, des espaces clos ou des lignes de fuite angoissantes. [/i]


C'est ce que j'ai préféré dans le film. Quasi chaque plan, chaque choix de cadre a provoqué chez moi la satisfaction d'un drogué qui trouve sa came.

La manière dont la caméra bouge et choisit à chaque fois l'angle le plus adéquat pour exprimer sa pensée est hallucinante.

Sinon, pour ma part, je suis sorti un peu plus conquis que toi je pense, mais c'était déjà le cas sur Bridge of Spies.

J'adore cette fascination procédurale dans ce film et Bridge (et Lincoln aussi, hein), et l'élément espionnage fonctionne parfaitement. J'adore la manière qu'il a de faire des gros plans poussés sur le visage des personnes qui espionnent. Sa manière de construire la tension et l'oppression à partir de reflets de visages sur une cabine téléphonique ou un miroir me fait jubiler.

Le propos du film est vraiment bon. J'aime comme ça part d'une chose évidente et importante à faire, mais qui s'embourbe dans les aléas de l'âme de chaque individu du film. Malgré le fait que ça a été fait dans l'urgence, le film n'est jamais facile, et chaque phrase de ce scénar (qui certes, ressemble à une très bonne V1) est jouée à la perfection par chaque acteurs et actrices, ce qui incarne le propos.

J'aimerais bien le revoir bientôt. Et surtout, j'ai envie qu'un maximum de personnes autour de moi le voient.

5.5 pour moi.

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MessagePosté: 10 Jan 2018, 19:31 
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Il n'y a aucune avant-première prévue ? Que fait Viggy les bons tuyaux ?


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MessagePosté: 10 Jan 2018, 23:12 
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Il astique son bon tuyau.

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MessagePosté: 15 Jan 2018, 08:40 
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Je me souviens d'une entrevue que Spielberg à donné à Premiere alors qu'il tournait The Lost World. Premiere l'avait rejoint sur le plateau alors qu'il tournait la scène entre Ian Malcolm et John Hammond, dans la chambre de ce dernier. Il s'était confié sur sa difficulté à réaliser des scènes d'expositions. Il avouait presque à demi-voix que c'était son point faible. Je trouve donc vraiment étonnant que depuis Lincoln, Spielberg se consacre à des films extrêmement bavards constitués exclusivement de scènes d'expositions. Est-ce son esprit de défi qui le pousse vers une forme qu'il ne maîtrise pas très bien? Ou bien est-ce du masochisme? Pourquoi Spielberg ne se fait pas plaisir et qu'il ne se laisse pas aller à ce qu'il sait faire le mieux; raconter une histoire qui avance à coups de fortes idées de cinéma?

Dès l'ouverture du film, The Post ne propose pas beaucoup d'idées formelles, et transpose au Vietnam ce qu'on a pu déjà voir formellement dans Saving Private Ryan. Plutôt pauvre quand on compare à la phénoménale scène d'ouverture de Bridge of Spies (qui est probablement l'une des meilleures scènes d'ouverture chez Spielberg). Et c'est cette même impression de banalité qui traverse tout The Post. Un peu comme si on avait étendu la deuxième partie très bavarde de Bridges of Spies sur 2 heures. En fait, j'irai même jusqu'à dire que The Post est possiblement le film le plus chiant et anémique que Spielberg a pu réaliser dans sa carrière. Là où Lincoln avait un scénario intéressant et dense qui arrivait à traiter autant du procédural que de la vie familiale empreinte de tragédie du 16e président des États-Unis. The Post passe son temps à enfoncer des portes ouvertes autour de la nécessité de se battre pour la liberté de Presse, si bien qu'après 30 minutes, on a déjà compris le message du film. Ça n'aurait pas été un problème si le film avait été captivant dans son côté procédural, mais il ne l'est jamais. La faute à des dialogues interminables, sur-explicatifs, sans vie, filmés avec une caméra qui reste à l'extérieur, ne choisissant jamais l'intime. Depuis le temps que Spielberg réalise des films, on connaît maintenant toutes ses tactiques de mise en scène du dialogue. Ici, il les déploie tous sans exceptions de façon prévisible. Particulièrement cette façon qu'il a de créer artificiellement de la vie au milieu d'un entassement de personnages, les séparant minutieusement en groupe dans le cadre, et créant une mise en scène pour chacun des groupes. Des mises en scènes souvent grossières qui se limitent souvent à faire parler plusieurs groupes en même temps, ou parfois laissant chevaucher un dialogue sur un autre. C'est particulièrement frappant lorsqu'un des employés du Post apporte la fameuse boîte des Pentagon Papers dans le bureau de Ben Bradlee en tentant d'expliquer d'où vient la boîte. Son dialogue est livré d'une façon tellement artificielle, alors qu'aucun des personnages ne l'écoute. C'est comme si les mots étaient lancés dans le vide chez Spielberg (bizarre chez un réalisateur dont le thème fétiche est la communication). Spielberg à dû lui dire "ok, on n'y verra que du feu, ton personnage est dans le background et on ne le remarquera pas. Continue de dire ton texte pour meubler le background". Et c'est parsemé de mauvais tics de mise en scène de ce type tout du long. Rarement les interactions entre les personnages sonnent justes dans The Post. On utilise lourdement les dialogues pour livrer des informations au spectateur, mais Spielberg a oublié de les faire vivre à travers des personnages en chair. En fait, le film est tellement désincarné qu'on en vient probablement à remarquer plus facilement tous ces tics spielbergiens.

C'est aussi très embarrassant cette façon très nunuche dont est présenté la femme au foyer dans ce film. Pour Spielberg, cela consiste à attendre son mec à la maison, préparer des sandwichs quand il ramène son équipe dans le salon. Ce qui est quand même un peu limité et insultant. Le personnage de Meryl Streep se faisant la grande courageuse qui défrichera d'autres terrains pour toutes ces femmes au foyer de ce monde. Comme si les petites actions du quotidien ne valaient pas tripette. Comme si la femme devait se comporter en homme de carrière pour devenir une femme digne de ce nom. Misère...

Mais le gros problème du film est qu'en se voulant porteur de message, il n'arrive pas à susciter la réflexion. La lutte pour la liberté de presse est une cause gagnée d'avance dans les esprits, et l'entreprise du film se limite donc à une simple illustration de ce propos, la musique de John Williams soulignant chaque intention à la toute fin. C'est paresseux, sentencieux, désincarné. C'est à se demander ce qui a motivé Spielberg à réaliser un film en mode aussi automatique, outre la satisfaction de livrer en bon élève un outil de propagande sous forme de message défiant Trump. Pourquoi n'a t-on pas dit à Spielberg que ce n'est pas en donnant des leçons qu'on peut changer des mentalités aussi rigides, mais en leur donnant à ressentir et réfléchir. Ce que le film ne parvient absolument pas à faire. Il se complaît dans son message pré-mâché et complaira ceux qui y adhèrent déjà. Un coup d'épée dans l'eau. En ce sens, Eastwood, de sa droite, est beaucoup moins pataud.

Je crois que même Hook et Always sont de meilleurs films, plus incarnés, plus vivants, plus authentiques. Ce sont surtout des films où Spielberg n'essaie pas de faire son devoir de patriote, ce sont des oeuvres qui viennent d'une véritable envie de raconter.

2.5/6

C'est moi où Nixon est quasiment filmé comme un personnage à la Dr. Evil dans Austin Powers? C'est encore moi où la dernière scène fait vraiment penser à la dernière scène d'un film Marvel dans son exécution? :shock:

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MessagePosté: 17 Jan 2018, 05:08 
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Erik Vonk a écrit:
Est-ce son esprit de défi qui le pousse vers une forme qu'il ne maîtrise pas très bien? Ou bien est-ce du masochisme? Pourquoi Spielberg ne se fait pas plaisir et qu'il ne se laisse pas aller à ce qu'il sait faire le mieux; raconter une histoire qui avance à coups de fortes idées de cinéma?

N'importe quoi.

Erik Vonk a écrit:
The Post passe son temps à enfoncer des portes ouvertes autour de la nécessité de se battre pour la liberté de Presse, si bien qu'après 30 minutes, on a déjà compris le message du film.

Il y a un basculement quand
la femme du perso de Hanks lui ouvre les yeux sur ce que "la liberté de la presse" signifie vraiment pour le perso de Meryl Streep.
La "hauteur intellectuelle" de ces hommes tient finalement à la clairvoyance d'une femme et au courage d'une autre.

Je pense justement que le film se joue plus dans ces scènes à la maison (chez Hanks, dans son salon et dans l'atelier de sa femme, ou chez Meryl Streep) qu'au burreau.
C'est peut être pour ça que le film n'apparaît pas si procédurier, ce n'est pas le but.


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MessagePosté: 17 Jan 2018, 17:42 
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flatclem a écrit:
Il y a un basculement quand


Quand je parlais de dialogues sentencieux, en voilà un beau. J'avoue que j'ai eu une pointe d'intérêt à ce moment là dû au fait que ce personnage est une caricature de femme au foyer tout du long. Elle attend son mari, fait des sandwichs pour les confrères qu'il ramène à la maison. C'est presque embarrassant tellement elle n'a aucune épaisseur. Puis tout d'un coup, on lui met ce dialogue dans la bouche. C'est à croire qu'on a créé ce personnage uniquement pour ça (comme ce palestinien des escaliers dans Munich, qui est là pour remplir le quota). Bien dommage, alors que le personnage de femme au foyer dans Lincoln, joué par Sally Field, avait une vraie épaisseur. Ici, la femme de Ben Bradlee fait figure d'un simple symbole opposé à celui du personnage de Meryl Streep. Sauf que Katherine Graham est bien plus avantagée en terme d'écriture. Dommage, car l'autre en méritait autant.

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