Jerzy Pericolosospore a écrit:
C'est très exactement le contraire, ce que j'ai énoncé plus haut: j'ai subordonné la dimension idéologique à la dimension infra-structurelle de l'expansion économique. Indiquant que la première produisait une "vision anthropologique du monde" hiérarchisée justifiant ou légitimant la seconde.
Telle que tu en parles dans le débat l'idéologie lui est consubstantielle et participe de son processus global, alors qu'elle n'en est qu'une excroissance, une petite anomalie issue de son croisement ponctuel avec les balbutiements des sciences humaines.
Jerzy Pericolosospore a écrit:
Ah oui? Tiens, d'où sors-tu cette vérité intéressante?
D'une certaine connaissance de ma propre chapelle.
Jerzy Pericolosospore a écrit:
Le darwinisme historique, ça ne veut rien dire, et je n'ai pas utilisé cette expression. C'est l'anthropologie qui peut être éventuellement historique.
Je n'entendais pas par là une notion rigoureuse, simplement la tendance à juger de la validité des modèles culturels et de leur devenir historique selon des critères approchant ceux de l'évolutionnisme à proprement parler. Les critères au sens large, je précise, et certainement pas la méthodologie elle-même. Je ne voulais pas dire par là que les colons racialistes étaient authentiquement "darwiniens". C'était un abus de langage, désolé qu'il t'ait induit en erreur. Je vais donc immédiatement aller à l'essentiel.
Jerzy Pericolosospore a écrit:
Donc, c'est un faux problème, ce que tu soulèves: la colonisation a en effet détruit des systèmes d'organisation, la manière dont ils exprimaient, dans leur singularité, l'universalité du fait humain. En leur imposant, pour des raisons d'exploitation économique, leurs structures à eux. ça n'autorise nullement ton "paradoxe" selon lequel on aurait empêché un Africain de devenir... occidental. La "vision du monde" de l'occidental n'est pas la mesure de l'universalité de l'homme, ni celle de l'Africain. Elles sont toutes les deux une manifestation singulière de l"universalité du fait de "culture". Dans la colonisation, on a une culture qui en a détruit et asservi une autre pour des raisons d'expansion économique. Ce fait est incontestable.
Ils n'ont jamais cessé d'exprimer cette singularité. C'est justement adopter une conception linéaire de l'histoire que de supposer que l'Afrique avait un devenir propre et que l'Occident l'a obstrué : le devenir de l'Afrique, c'était la colonisation, point. Une civilisation n'est pas autre chose que ce qu'elle advient, on ne peut pas légitimement lui opposer la fiction d'un devenir alternatif, considéré comme "authentique" parce que conforme à un passé jugé plus pur. Elle exprime autant sa singularité dans l'autarcie que dans la servitude, et ce qu'on appelle avec une certaine outrance l'acculturation, qui n'est jamais qu'une actualisation de sa spécificité.
L'idée selon laquelle on aurait empêché un africain de devenir occidental n'est pas "mon" paradoxe, c'est simplement le cliché anticolonial le plus tenace. Dans l'incapacité de définir ce qu'aurait dû être l'Afrique si l'histoire avait été en conformité avec sa morale, l'occidental de gauche projette un référent connu. C'est de cet universalisme figé que je parle d'un bout à l'autre, pas de l'universalité de l'homme dans l'anthropologie.
Une culture n'est détruite que lorsqu'elle s'éteint totalement, mais lorsqu'elle subit l'ingérence d'une autre, elle est simplement ré-objectivée, sous une forme nouvelle.