
J'ai fini par voir ce superbe tableau de maître. Malick doit être un vrai malade mental à la Kubrick pour soigner à ce point chaque plan, du cadre aux couleurs, c'est fou comme chaque. putain. de. frame. pourrait servir de (magnifique) fond d'écran. Epoustouflant du point de vue graphique donc, et sans l'overdose symbolique ni la boursouflure melonesque qui m'avait bien soûlé dans
Tree of Life, ce film mérite le coup d'oeil rien que pour ça. A son crédit aussi, le montage et les dialogues qui réussissent, par une économie de métrage, à installer l'action rapidement et à maîtriser la durée, ce qui est fort appréciable. C'est donc une heure trente très rentable en terme d'émerveillement plastique et de sobriété narrative. Un exemple frappant est la scène d'ouverture, dans laquelle Richard Gere l'ouvrier se fait malmener par un
foreman brutal, sur fond de dialogues rendus inaudibles par l'énorme bruit de piston de l'usine, et avec une photo noire et rouge où le brasier infernal est rendu mystique. L'imagerie biblique est souvent là d'ailleurs,
, mais sans que ça sente le prosélytisme à deux ronds.
Mais (il y a toujours un mais) toute cette beauté ne parvient jamais à vraiment m'émouvoir, probablement parce que les personnages manquent d'humanité. Bien sûr c'est en partie voulu, tous les personnages sont endurcis par leur condition très dure
, mais c'est aussi une conséquence de la sècheresse de leurs interactions (plans très courts, dialogues minimaux), qui est donc à la fois virtuose (car très dense) et un peu froide. Ces personnages manquent d'humanité, et c'est ce qui a déçu les deudtens et les Film Freaks, qui sont de petites pucelles sensibles (comme moi).
Globalement c'est quand même un film qui mérite vraiment le coup d'oeil, et de préférence dans de bonnes conditions. Je crois que je fais donc partie des adeptes du jeune Malick, mais je n'ai vu que
Badlands, que j'ai bien aimé, et
Tree of Life donc, qui m'a fait rire à force de se la raconter.