Alors qu’une étrange brume engloutit une métropole futuriste et libère une présence mortelle insaisissable, une jeune femme troublée part à la recherche de son père. Au cours de cette quête, son destin croise celui d’un GI américain engagé dans un voyage désespéré pour arracher sa fille de l’Enfer.J'attendais avec curiosité le retour du cinéaste dans les salles 10 ans après son dernier long métrage et suivant deux mini-séries qui semblaient radicaliser les parti-pris les plus éprouvants de ses films post-accès à la notoriété (la première m'était tombée des yeux après deux épisodes, ce qui ne m'a pas encouragé à tenter la deuxième). Je dis ça mais je ne vais pas m'épuiser à commenter la posture du personnage NWR, tel qu'il se signe désormais, et son image mégalomane soigneusement cultivée, mais il est évident que l'artiste continue de creuser ce même sillon moins accessible.
J'entrais dans la salle sincèrement prêt à m'ériger en opposition à la quasi-unanimité négative cannoise et pendant près de 20 minutes, même si tout ce qui pouvait déplaire était évident (encore ces putains de dialogues débitées au ralenti), j'étais plutôt séduit par les choix esthétiques les plus outranciers et les obsessions thématiques chères à l'auteur.
Her Private Hell, c'est un peu Blanche-Neige qui vivrait dans le Gotham City de Joel Schumacher et qui tournerait un simili-remake de
La Planète des vampires (Refn exorcisant son remake avorté de
Barbarella?) avec sa Méchante Belle-mère qu'elle désire néanmoins avant de croiser le chemin d'un tueur de giallo qui ressemble à une version strass et cuir du monstre de
La Forteresse noire qu'elle fantasme peut-être.
Hé, dit comme ça, moi j'achète hein.
Pour la musique, le réalisateur est parti débaucher nul autre que Pino Donaggio, qui n'avait rien fait depuis 7 ans mais signe une BO digne des grands jours, et son style rime immédiatement avec emphase et distance. Il y a un romantisme au
too much assumé chez Donaggio et donc dans ce film, sans doute le plus ouvertement et délibérément "ridicule" de Refn (faut voir la scène où les meufs imitent des chiens, pardon, des loups). J'étais par conséquent prêt à accepter les VFX voyants de film fait à la maison façon Seth Ickerman ainsi que l'imagerie de pub pour parfum sublimant toutes ces actrices aux personnages à peine plus caractérisées que des poupées.
On n'est plus avec des mannequins mais avec une actrice ayant le même prénom que l'actrice de son précédent film, Elle (qui peut sans doute se lire également comme un diminutif d'Electre au vu du complexe qui l'anime) donc la dimension métafilmique est ostensible - il est même encore question de couper les mains d'un personnage comme geste cathartique - avant même l'extrait kistchissime du film dans le film qui se distingue à peine de la réalité, au même titre que sa trame criminelle ou celle, parallèle, suivant le GI à la recherche de sa fille. Après tout, tout ceci est "l'enfer personnel" du protagoniste (comme dans tous les Refn).
C'est donc un beau bordel psychosexuel mais si tous ces motifs sont plutôt stimulants sur le papier, ils sont perdus dans une narration trop inutilement éclatée, au sens propre comme au sens figuré - les séquences de pastiche du cinéma d'action et de gangsters asiatique m'ont lassé - pour que la mayonnaise semi-absconse prenne ou que son grand guignol résonne en dehors de quelques fulgurances fétichistes qui rappellent le cinéma d'Hélène Cattet et Bruno Forzani en plus esthétisant.
Son prochain est un remake de
Maniac Cop *emoji mec qui hausse les épaules*