Forum de FilmDeCulte

Le forum cinéma le plus méchant du net...
Nous sommes le 06 Juin 2026, 22:44

Heures au format UTC + 1 heure




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 5 messages ] 
Auteur Message
MessagePosté: 26 Mai 2021, 18:28 
En ligne
Robot in Disguise
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 13 Juil 2005, 09:00
Messages: 38523
Localisation: Paris
Y a pas de topic ? Du coup ça me fait un peu chier de le créer car j'ai rien de fondamental à dire sur le film...

En fait je voulais juste préciser que je l'avais revu pour seulement la première ou deuxième fois depuis sa sortie. Dans mon souvenir je l'avais catégorisé comme un Nolan malin (comme il existe des "Pokémon Malin") mais désincarné, tout entier dévoué à sa mécanique (bon, c'est pas comme si le reste de sa carrière c'était du Douglas Sirk mais vous voyez ce que je veux dire). Et finalement le film a plus de densité humaine que dans mon souvenir. Sans être émouvant (faut pas déconner) ça reste empathique notamment grâce au perso de Leonard, presque pitoyable par moment. Pauvre hère...

De plus, le film réussit à avoir une drôle d'identité bien à lui, ce polar ensoleillé dans des décors quotidiens vides, c'est assez unique. On n'est pas dans le territoire angeleno idéalisé à la INHERENT VICE, on n'est pas dans l'univers de polar à la BRICK, c'est un entre deux intéressant.

Mais bon, on va pas se mentir, le vrai kif du film est dans sa construction, tout bonnement jouissive. C'est fascinant à étudier, à observer: j'adore comment Nolan, même en racontant depuis la fin, réussit à introduire progressivement des éléments d'exposition. C'est bien joué et c'est un tel plaisir car tu rentres en phase avec son cerveau, tu devines comment il fonctionne, pourquoi il met tel truc là...

Bref, un plaisir théorique et structurel, mais avec une certaine émotion que j'avais oublié.

_________________
Liam Engle: réalisateur et scénariste
Image


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 25 Juin 2021, 13:09 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 30 Avr 2013, 08:44
Messages: 671
C'est je crois le seul Nolan qui m'émeuve, peut-être grâce à cette adéquation fond-forme qui rend le spectateur aussi confus que le héros, d'où l'identification.
Mais ce n'est pas la seule qualité du film, puisque le revoir est toujours aussi bon, même si la pitié qu'on éprouve pour le blondin est plus distante.
C'est aussi un Nolan beaucoup moins bavard que d'autres, et qui n'essaie pas de t'embrouiller en surexpliquant tout très vite : c'est l'image qui te guide (et te déroute), tu dois te démerder pour comprendre.

_________________
-I failed.
-Good. Now go fail again.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 25 Juin 2021, 14:15 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 06 Juin 2018, 09:02
Messages: 465
Slacker a écrit:
C'est aussi un Nolan beaucoup moins bavard que d'autres, et qui n'essaie pas de t'embrouiller en surexpliquant tout très vite : c'est l'image qui te guide (et te déroute), tu dois te démerder pour comprendre.

Oui, c'est ce qui rend Memento infiniment supérieurs à ses autres films. Le film n'est pas pris en otage par des concepts envahissants, il est dans sa forme le concept lui même.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 25 Juin 2021, 16:35 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 30 Avr 2013, 08:44
Messages: 671
T.Rex a écrit:
Oui, c'est ce qui rend Memento infiniment supérieurs à ses autres films. Le film n'est pas pris en otage par des concepts envahissants, il est dans sa forme le concept lui même.


Voilà.
Récemment The Father m'a embarqué d'une façon semblable: tu ressens la confusion, la détresse du mec, et l'empathie joue à fond grâce à ça.

_________________
-I failed.
-Good. Now go fail again.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 06 Juin 2026, 20:19 
Hors ligne
Meilleur Foruméen
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 25 Nov 2005, 00:46
Messages: 89218
Localisation: Fortress of Précarité
Après le "I had to make up rules to keep it under control" du narrateur qui ouvrait quasiment Following, on peut entendre le protagoniste de Memento dire en début de film "You really do need a system if you're gonna make it work.". L'éternelle quête de contrôle nolanienne bat son plein dans ce deuxième long métrage et premier chef-d'œuvre de la filmographie du cinéaste.

C'est vraiment pas étonnant que le film noir soit le genre de prédilection d'un auteur à ce point travaillé, dans la première partie de sa carrière, par la peur masculine de la perte du contrôle (sur son identité), notamment aux mains de femmes (fatales). D'ailleurs, si on a droit ici à la première des nombreuses women in the fridge de sa carrière, Nolan accouche aussi du superbe personnage de Natalie, à la fois victime et bourreau, empathique et manipulatrice, et je trouve aussi très beau le personnage de la femme de Sammy Jankis (qui ne s'avèrera donc être nul autre que sa propre femme, par conséquent moins éthérée et fonctionnelle qu'initialement cru).

Et quel héros de film noir! Ici on est vraiment à 100% dans l'étude d'un processus, d'une méthodologie. Comme le dit Leonard, il cherche à se conditionner par l'habitude, la routine, mais il a surtout ses recours tout à fait idiosyncrasiques et cinégéniques que sont les tatouages et les polaroïds. D'ailleurs, une fois de plus, que sont les polaroïds de Leonard sinon des totems? "Memory's not reliable. (...) Memory's not perfect. It's not even that good. Ask the police, eyewitness testimony is unreliable. The cops don't catch a killer by sitting around remembering stuff. They collect facts, make notes, draw conclusions. Facts, not memories: that's how you investigate. (…) Memory can change the shape of a room or the color of a car. It's an interpretation, not a record. Memories can be changed or distorted and they're irrelevant if you have the facts." explique Leonard à Teddy. Doutant de sa mémoire défectueuse, doutant donc de la "réalité" comme Cobb dans Inception, il doit s’en remettre à ses photos et aux légendes qu’il inscrit dessus pour décerner le vrai du faux. C’est sa manière de reprendre le contrôle sur son handicap et donc sur sa vie. Et il est rare de voir un film à ce point réussir par sa narration et sa mise en scène à nous plonger dans la subjectivité de son protagoniste handicapé, le récit à rebours nous empêchant de savoir ce qu'il vient de se passer, comme c’est le cas pour Leonard lui-même.

Parce que ce qui fait terriblement défaut à Leonard, outre sa mémoire, c'est la notion du temps qui en découle. Sans notion du temps passé, comment guérir? Comment faire le deuil de sa femme? Dans Following, l’absence soudaine d’un objet appelait la mémoire, dans Memento, c’est l’inverse. Depuis la mort de sa femme, Leonard a gardé plusieurs objets qu’il associe à celle-ci ou à la nuit fatidique : une horloge, le livre qu’elle lisait et relisait sans cesse, une brosse… À un moment, on le voit même engager une prostituée pour lui demander de rejouer la scène. Le personnage, souffrant d’amnésie antérograde, essaie de mettre en scène les événements, de reprendre le contrôle de sa mémoire. En vain. Le stéthoscope de son père pour Bruce Wayne, la pièce brûlée de Harvey Dent, la montre offerte à sa fille pour Cooper dans Interstellar, tous ces objets déclenchent le souvenir…et la douleur. L’une des figures de style récurrentes du metteur en scène est le recours à de furtifs flashbacks (généralement muets, avec le son du présent), souvent appelés par la vision d'un objet, pour illustrer les souvenirs qui tourmentent ses protagonistes. Le dialogue entre les temporalités, entre passé et présent, fait partie intégrante de l’œuvre de Nolan. Ce n’est pas un hasard si ses films sont faits de flashbacks et d'allers-retours dans le temps. Le passé informe le présent, parce que, comme il est dit dans Batman Begins, "That impossible anger strangling the grief, until the memory of your loved one is just... poison in your veins." Chez Nolan, la mémoire est le moteur des actions. La dernière chose dont se souvient Leonard, c'est sa femme qui meurt. Mais là où le film est le plus intéressant et le plus poignant dans son étude du rôle de la mémoire, c'est encore une fois dans son rapport à l'identité, en explorant la notion de mémoire sélective, même pour (ou précisément pour) quelqu'un dans la situation de Leonard.

Encore une fois, il est question d'un personnage qui se réinvente. Encore une fois, ça passe par un changement de look (Leonard troque une chemise en flanelle et doudoune sans manche et un pick up pour un costume de marque et une Jaguar) mais surtout par le choix d'oublier les vérités (ce qu'il a fait ou ce qu'on lui a dit) qui le dérangent, aussi capitales soient-elles (en l'occurrence, qu'il a déjà tué le coupable et qu'il a lui-même tué accidentellement sa femme). Pourquoi? Pour donner un sens à sa vie, pour se donner un but. Comme je le disais, les protagonistes chez Nolan se mentent à eux-mêmes et ceux qui survivent sont ceux qui arrivent à créer une fiction d'eux-mêmes, ceux qui arrivent à reprendre le contrôle. C'est précisément ce que fait Leonard dans une des fins dont le vertige continue de me hanter, que ce soit dans sa nature palindromique improbable (le film se termine là où il a commencé avec les deux mêmes persos mais ça n'est pas la même scène) ou dans sa révélation d'une grande tristesse sur le sort sans fin de Leonard (dont le palindrome illustre bien la nature cyclique).

Je me rappelle encore la claque de la découvrir presque par hasard lors de mon premier (et meilleur) festival de Deauville, en septembre 2000. N'ayant pas vu son précédent à l'époque, c'était fou de voir la naissance d'une voix si singulière, d'une identité aussi parfaitement formée. 26 ans après, la claque me rougit encore la joue.

_________________
Image


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 5 messages ] 

Heures au format UTC + 1 heure


Articles en relation
 Sujets   Auteur   Réponses   Vus   Dernier message 
Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Following (Christopher Nolan, 1998)

Film Freak

0

120

01 Juin 2026, 20:28

Film Freak Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Interstellar (Christopher Nolan, 2014)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 34, 35, 36 ]

Film Freak

532

48438

21 Oct 2021, 13:10

Billy Budd Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Inception (Christopher Nolan, 2010)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 28, 29, 30 ]

Film Freak

435

42207

29 Sep 2025, 10:24

Qui-Gon Jinn Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. The Prestige (Christopher Nolan, 2006)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 8, 9, 10 ]

Janet

146

20150

28 Jan 2026, 21:47

Mr Degryse Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Oppenheimer (Christopher Nolan, 2023)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 6, 7, 8 ]

Film Freak

119

10386

27 Fév 2025, 11:47

Baptiste Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Tenet (Christopher Nolan, 2020)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 14, 15, 16 ]

Film Freak

236

20631

06 Avr 2021, 20:45

Film Freak Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Dunkerque (Christopher Nolan, 2017)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 11, 12, 13 ]

Film Freak

185

20055

31 Mar 2018, 09:24

deudtens Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. The Dark Knight (Christopher Nolan - 2008)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 78, 79, 80 ]

Qui-Gon Jinn

1198

101921

15 Jan 2021, 11:25

Le Cow-boy Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Batman Begins (Christopher Nolan - 2005)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 12, 13, 14 ]

Tonton

196

22058

27 Juil 2012, 18:30

Z Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. The Dark Knight Rises (Christopher Nolan, 2012)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 56, 57, 58 ]

Film Freak

857

79051

17 Jan 2021, 21:32

Le Cow-boy Voir le dernier message

 


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Rechercher:
Aller à:  
Powered by phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO
Hébergement mutualisé : Avenue Du Web