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Un chanteur avance de dos dans un couloir au ralenti. On regarde sa tenue iconique. On entend les cris du public qui l'attend. On devine qu'il s'apprête à monter sur scène. Il fait des petits sauts sur place pour s'échauffer. Flashback sur comment il en est arrivé là.
Michael ou Bohemian Rhapsody?
Et en vrai, ça pourrait être n'importe quel biopic musical, même s'il se trouve en l'occurrence que c'est le même producteur pour les deux ici et que le film de Bryan Singer, médiocre mais un succès au box-office, sert de modèle structurel.
Enfin, on ne saura peut-être jamais quelle était la réelle structure du film étant donné les coupes massives que le film a subi au montage lorsque l'équipe s'est rendue compte qu'elle ne pouvait évoquer certains choses du fait d'une clause oublié dans leur arrangement juridique avec l'une des personnes ayant accusé l'artiste d'attouchements au début des années 90.
Selon certaines sources, le film commençait avec une descente de la police sur le ranch Neverland et le troisième acte portait précisément sur l'affaire en question, dans le but de donner la réponse définitive de la famille.
Oui, parce que c'est un biopic produit par la famille Jackson au grand complet ou presque, frères, soeur et enfant (avec son neveu pour le jouer), donc il était évident que l'ouvrage, surtout avec un pantin anonyme comme Fuqua à la barre, n'allait pas toucher aux éléments les plus troubles de la vie du chanteur.
C'est dommage parce que, même si je n'ai jamais cru qu'un portrait sans fard était possible, c'est très certainement un des biopics qui me faisaient le plus fantasmer.
Parce que Michael Jackson est quelqu'un de fascinant. Et il est fascinant spécifiquement parce qu'il est bizarre.
Michael Jackson, c'est un Peter Pan du monde réel, un garçon privé d'enfance par un père violent qui l'a transformé en bourreau de travail qui va se créer un ranch avec des animaux où il invitera des enfants. Je ne reproche pas au film de se terminer finalement avant la moindre allégation, je n'attendais pas nécessairement un film qui croirait la parole des victimes ou chercherait à garder l'ambigüité sur la véracité des attouchements mais Jackson reste un gars qui dit en interview qu'il n'y a rien de plus beau au monde que de dormir aux côtés d'un enfant. Et qui imagine un film où il se transforme en véhicule dans lequel les enfants montent. Le mec est bizarre, point.
Moi c'est ça qui m'intéresse, un film sur cet aspect-là de l'enfant qui n'a pas grandi, pas une banale histoire de gamin qui n'a jamais réussi à regarder son père dans les yeux et donc à dire aux gens directement ce qu'il veut.
C'est cette friction-là qui est dramaturgiquement riche, le mec en apparence asexué dont l'un des moves les plus célèbres sera de se chopper l'entrejambe sur scène ; le King of Pop qui va se marier avec la fille du King et sortir un clip où ils se baladent quasiment à poil tout le long. Un film sur l'identité, sur l'image. Je veux bien croire qu'il était atteint de vitiligo (et le film BAZARDE ça de façon incroyablement nonchalante) mais à la fin, il ressemblait à un extra-terrestre, bordel. Tu peux pas faire un film sur ce mec-là et ignorer ça.
Un film intéressant aurait travaillé ces zones d'ombre, et je dis pas ombre uniquement dans le sens "dark" mais dans le sens méconnu, peu exploré, plutôt que de s'en tenir à tout ce qui est déjà public depuis belle lurette, que l'on a déjà vu dans la mini-série des années 90 avec le même unique antagoniste identifié (et une mise en scène incapable d'insuffler la tension nécessaire aux séquences de confrontation), et qui se retrouve ici enquillé à vitesse grand V, précipitant des éléments identitaires majeurs (les coups du ceinture du daron, la rhinoplastie), réduisant sa bizarrerie à l'excentricité d'un homme seul dont les seuls amis sont des animaux et consacrant bien trop de temps à l'épisode des cheveux brûlés sur le tournage de la pub Pepsi.
Cette version reconfigurée du film positionne cet événement en "All Is Lost" de fin de deuxième acte mais il n'y en aura pas véritablement de troisième avant l'inévitable concert qui clôt le film (comme le Live Aid de Bohemian Rhapsody donc mais en plus court et platement mis en scène donc dénué de toute force) et clôt le simili-arc "comment s'émanciper de sa famille" dont ils ont sûrement accouché pour donner un semblant de sens et de direction au film après l'avoir amputé de son véritable troisième acte et déboursé 15M$ de reshoots (pour un budget final de près de 200M).
Les échos évoquent une durée initiale de 3h30 mais je ne vois aucun monde où un biopic, même celui de MJ, pourrait se le permettre donc on parle d'un bout-à-bout ou alors l'idée de diviser ça en deux films avait toujours été envisagée.
Quoiqu'il en soit, c'est le cas désormais vu le carton qui clôt ce non-film d'un vide intersidéral presque exclusivement illustratif et qui a laissé les journalistes à la sortie visiblement tous dans le même état, à lâcher des soupirs et haussant les sourcils. Des réactions à des kilomètres des premiers avis hallucinés et hallucinants postés ici par les spectateurs des projos fan events.
Si ce film était le segment "rise" de son histoire, peut-être la partie "fall" sera-t-elle plus intéressante, si elle se fait moins hagiographique, mais en attendant, le meilleur biopic de Michael Jackson, ça reste la chanson et le clip de "Leave Me Alone".
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