Emoi à France Culture après la diffusion d’un audio « fallacieux » de « Leon le média » visant Jean-Luc Mélenchon
La station publique a diffusé, mercredi 25 juin, lors d’une interview de Marine Le Pen dans la matinale de Guillaume Erner, le son d’un pure-player militant mettant en parallèle des déclarations antisémites de Jean-Marie Le Pen et des propos détournés du candidat des « insoumis » à la présidentielle.
Par Brice Laemle
Qu’importent les excuses de la direction de France Culture, la colère à l’égard de Guillaume Erner, le présentateur des « Matins » de la station de Radio France, reste vive au sein de la Maison de la Radio.
Plusieurs représentants de salariés se sont désolidarisés, jeudi 25 juin, du matinalier de France Culture, qui avait déjà été au centre d’une polémique en septembre 2025, lorsqu’il avait établi un parallèle entre l’assassinat de l’influenceur conservateur pro-Trump Charlie Kirk et celui des dessinateurs de Charlie Hebdo.
Mercredi 24 juin, le producteur des « Matins de France Culture » depuis 2015 a interrogé Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale, en diffusant un montage audio laissant entendre que Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France insoumise (LFI) à la présidentielle y tenait des propos antisémites. Dans cet extrait, on entendait tour à tour la description que pouvait faire Jean-Marie Le Pen (1928-2025) – plusieurs fois condamné pour antisémitisme – de personnes de confession juive, et des déclarations de Jean-Luc Mélenchon.
Dans ce son, le leader des « insoumis » parlait de « caste », « c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques, politiques », mais pas des personnes de confession juive, contrairement à ce que faisait croire le montage. Il évoquait « le comportement des élites françaises », a recontextualisé le coordinateur politique de LFI, Manuel Bompard, sur X, publiant le véritable extrait datant de 2017 et annonçant saisir l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).
« Les mesures qui s’imposent »
Il s’agit bien d’un « montage fallacieux, ce que nous avons réalisé a posteriori », ont reconnu jeudi matin la direction de la chaîne et Guillaume Erner dans un message publié en ligne, avant de « présenter leurs excuses aux auditrices et auditeurs ».
Insuffisant pour les sociétés des journalistes (SDJ) de France Culture et de Radio France qui ont déploré jeudi, dans un communiqué, que Guillaume Erner « n’ait pas vérifié l’origine et la véracité de ce montage, dont la diffusion entache la crédibilité de l’antenne ». D’autant que, selon plusieurs sources internes, le producteur s’était vu conseillé par des collègues de ne pas diffuser l’extrait en question. Les SDJ attendent désormais que « la direction de France Culture et de Radio France (…) prenne les mesures qui s’imposent ».
Autre problème, ce montage issu de la publication en ligne Leon le média n’a pas été précisément sourcé à l’antenne. Suivi par 35 000 abonnés sur les réseaux sociaux, Leon a réalisé de nombreuses vidéos accusant LFI d’antisémitisme depuis son lancement, en juin 2024. La publication, se définissant comme « un média engagé », est décrite comme « un média d’influence » par la Société des producteurs et productrices de France Culture (SPDC). Les contenus de Leon le média « interrogent fortement la frontière entre information et stratégie de communication, voire de désinformation », a embrayé le SNJ-CGT de Radio France, dans un communiqué publié jeudi dans l’après-midi.
« Faute déontologique sérieuse »
Dans une lettre envoyée jeudi matin adressée à la directrice de France Culture, Emelie de Jong, et Florian Delorme, le délégué aux programmes de la station, la SPDC parle d’une « faute déontologique sérieuse » commise par Guillaume Erner. Le journaliste a demandé à Marine Le Pen : « Quand avez-vous décidé de rompre avec l’antisémitisme de votre père ? », en s’appuyant sur un montage truqué. Il a ainsi « participé à une dynamique de “normalisation” du RN tout en opérant un transfert de mise en cause vers LFI », soit une seconde faute grave pour la SPDC.
« Faut-il aussi lister ici les candidat·es pétainistes, auteur·ices de saluts nazis ou de propos racistes, que les journalistes des stations ICI débusquent à chaque élection locale ou presque dans le camp du RN ? », rebondit le SNJ-CGT de Radio France, appelant à « prendre les mesures nécessaires pour éviter que de tels faits se reproduisent ».
Dans cette même lettre à la direction de France Culture, les producteurs s’étonnent enfin de l’invitation de Marine Le Pen à l’antenne « alors qu’une règle non écrite nous a conduits à renoncer aux invités politiques depuis plusieurs saisons ». « Nous recevons occasionnellement des invités politiques », répond la communication de France Culture, bien que la matinale n’ait reçu aucun autre candidat déclaré à la présidentielle de la saison.
Alors que Radio France a été mise en demeure par l’Arcom, le 11 juin, pour une « sous-représentation » du RN en journée sur France Inter et Franceinfo, et qu’en 2025 France Culture a été visée par trois mises en garde pour sous-exposition de certains partis, dont le RN, la station a invité Marine Le Pen pour rééquilibrer ses temps de parole politiques. Sollicités, la direction de France Culture et Guillaume Erner n’ont pas répondu pour l’heure.