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Tout ça, pour ça ?
Pas grand chose à redire sur les nombreuses et grandes qualités qui parsèment majoritairement le film. Je reprendrais des réserves lues chez QGJ, Baptiste, Müller et Degryse.
J'ajouterais, mais finalement rappellerais, que Nolan et l'action, ça fait toujours deux. Sorti de concepts comme des couloirs qui tournent ou d'un environnement qui va à l'envers, filmer, en 2026, la baston d'un mec contre quarante dans un espace confiné de cette façon, ça me dépasse totalement. C'est une véritable bouillie, sans aucun rythme. J'ai rarement trouvé le temps long jusque-là, mais la scène du massacre des prétendants aura été une souffrance. D'autant plus regrettable que tout ce qui précède, à partir du retour à Ithaque, est parfait. Notamment Matt Damon, alors que, comme dit précédemment, en ce qui concerne la face sombre d'Ulysse, elle n'arrive pas vraiment à s'incarner. Pas aidée par la narration typiquement nolanienne à la chronologie éclatée (le début est aussi laborieux avec Eumée qui parle de son père à Télémaque comme si les gars venaient de se rencontrer, alors oui, Nolan en est conscient, ce principe du témoignage est intrinsèque au film, et fait wink wink à la tradition, mais ça reste quoi qu'il en soit laborieux). Hattaway écrase tout le monde à Ithaque. Et Pattinson est kiffant à la limite du cabot (mais l'écriture exagère d'ailleurs, là aussi ça ne sauve pas la scène de la lourdeur, quand il répète aux autres d'aller prendre les armes contre Ulysse), en tout cas, vraiment bon parce que pour un mec normalement BG, il est à la limite de la laideur. Comme déjà dit avant, Holland est par contre fadasse et jamais bad-ass durant son moment.
Parce que sinon, oui, le vrai tour de force de cette variation sur l'Odyssée, c'est d'être typiquement de son auteur. C'est donc à la fois respectable, tout en étant à la limite de l'auto-pastiche. Tout y est, de l'environnement apocalyptique dépressif aux pointes de naïveté, parsemées de grandiloquences gratuites ou naïves et de pertinences intellectuelles (et donc ces scènes d'actions pas terribles). Typiquement, le voyage vers le soleil couchant. Mélange de maîtrise classique de la narration, en faisant terminer le film sur un désir romantique exprimé deux heures trente plus tôt et oublié (en tout cas par moi, alors que l'insert sur Argos chiot, yavait pas besoin -gros kiff sur Eumée qui balance les bébés clébards d'ailleurs), qui constitue donc une nouveauté par rapport au mythe, pour donner à la fois un sentiment, un peu niais, de couple qui part en croisière une fois la retraite arrivée et les enfants autonomes (plus upper-middle-class, tu meurs), tout en autovalidant cette adaptation très américaine (où est passée l'écrasante majorité des British que Nolan mettait dans le Batman pourtant tellement étasunien ?) en voguant vers l'ouest et le soleil couchant, tout ce que cela fait résonner avec les discours autour de la civilisation (et de l'impérialisme). Tout en étant encore plus subtil, comme le rappel de Müller et VG autour de l'Énéide : le mythe de Troie ayant entre-temps été récupéré par les Latins (et à peu près toutes les aristocraties d'Europe de l'Ouest, dès le haut Moyen Âge, feront leurs arbres généalogiques en s'inventant des ancêtres liés à Troie).
Mais aussi maladroit. Le "Bronze Age", tellement plus anachronique que des "fuck off". Mais aussi cette incursion de la véracité historique (tout en jouant avec une donnée suffisamment floue pour que cela cadre avec l'univers mythique) des Peuples de la mer. Je ne vois pas la valeur ajoutée, en dehors de la malice de Nolan. Parce que la société, la civilisation grecque n'est finalement qu'effleurée, alors cette apport réaliste dans le cadre fantastique (appuyé par le texte introductif), pour une pirouette dans un dialogue vers la fin, c'est plus parasite qu'autre chose.
Parce qu'à l'instar d'un Kubrick (et encore, Kubrick était tout de même plus incisif), le jeu de Nolan consiste à être à la fois dans un état d'esprit le plus mainstream possible (au-delà du casting, le vétéran souffrant de stress post-traumatique, c'est certainement nouveau appliqué à Ulysse, mais sinon, c'est éculé au possible), tout en instillant ici et là des ouvertures vers du non-politiquement correct (Circé; ou l'allégorie de la fin d'une civilisation - occidentale, donc, en reprenant l'un de ses mythes fondateurs -; voire un flou entre la nécessité de l'hospitalité et une paranoïa autour de l'arrivée d'un peuple de la mer). Tout cela donne une richesse foisonnante et ludique à décortiquer, mais pour finalement, certainement, rien qui ne changera le spectateur après la séance.
Avec en plus, pour revenir sur l'évolution d'Ulysse maladroite, ce doute face au trauma d'un chef de guerre, en siège depuis 10 ans, sur l'invasion d'une ville. Oui, oui, ok, ok, il y a la ligne de dialogue là-dessus, il y a la responsabilité particulière d'Ulysse sur l'idée, et, parce que Nolan le sait, en plus son traitement de Sinon, mais déso, c'est en vrai pas suffisant quand tu prétends traiter de ce genre de chose. Avec "réalisme". Parce que bon, les nanas, à Troie, elles se faisaient certainement pas décapiter avant traitement particulier. Et toujours pas plus en 2026... Mais ça reste immontrable dans un blockbuster. Ce qui n'est certainement pas plus mal. Mais alors pourquoi montrer les coups de glaives ? Pour appuyer le trauma d'Ulysse mais en vrai, il aura vu bien pire. Mais pas nous. Ce rapport hollywoodien à la violence toujours flou...
Et si j'ai bien compris Müller, si l'approche d'Oppenheimer n'était peut-être pas des plus originales, entre le blockbuster de discussions de scientifiques et une énième variation sur un mythe connu et reconnu, l'audace est quand même du côté du précédent.
Alors on peut aussi imaginer que Nolan a fait ce film pour éduquer et transmettre le mythe. Je ne me rends pas compte à quel point il existe sans doute une déperdition générationnelle autour de celui-ci. Et le film a aussi ce côté ludique d'être malgré tout très fidèle et d'insérer les passages obligés (les Sirènes, c'est top; Circé et son bestiaire est cool; la passage chez Calypso est très réussie aussi). J'ai vraiment kiffé l'arc, parce que j'avais oublié cet épisode. Ça fait plaisir de le voir rappelé. Et ça fait encore plus plaisir parce que Nolan apporte cette valeur ajoutée : le doing autour de l'arme est tout bonnement génial. Entre le symbole que lui fait porter le personnage et le jeu sur la bande-son, c'est le genre de trucs que vingt scénaristes passés par je ne sais quel Harvard ne trouveraient jamais, même après des heures de réflexion et des kilomètres de lignes. On peut lui en savoir gré. D'ailleurs, à l'instar d'Oppenheimer, je crois que ce que j'ai finalement préféré dans ce film, c'est la bande-son. Tout, de la musique (la réflexion de boultan sur la présence des dieux me semblent extrapolées mais malgré tout intéressante, en tout cas témoigne d'une bande-son qui fait plus qu'illustrer) aux bruitages (ces cris de Polyphème !), est génial.
Visuellement, c'est toujours quali. De temps en temps beau. Parfois grandiose (cette tempête avant le naufrage sur les rivages de Calypso, splendide). Mais si Oppenheimer est passé comme un souffle, L'Odyssée aura été une longue traversée, parfois douloureuse. Alors on pourra aussi mettre ça sur le compte du génie de Nolan pour mettre le spectateur dans la situation d'Ulysse. Mais vraiment trop de longueurs, et si j'ai beaucoup aimé malgré tout, je n'ai pas particulièrement envie de le revoir. Je dois connaître trop l'histoire et la vision nolanienne ne la rend pas plus excitante, en dehors de la mise à jour technique. Mais c'est bien que ce soit lui qui l'ai fait et pas un Wolfgang Petersen (même si je rematerai son Troie un jour, ayant choppé le BR de sa director's cut, qui ne doit pas toujours pas un chef d'oeuvre).
On est d'accord que rien ne rappelle Achille ou Pâris durant la chute de Troie ou j'ai raté quelque chose ? Ou il y a déjà des théories tordues là-dessus au détour d'un plan ?
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