Baptiste a écrit:
Et pourtant le film a été encensé en particulier par la communauté catholique de France, qui je pense n'est pas idiote au point de se tromper sur les intentions d'une oeuvre.
Mais c'est justement ce qui me faisait réagir, cette indistinction de tout ce qui peut faire la religion catholique, et qu'on va ramener, parce que c'est commode, à l'image caricaturale du bon paroissien, petit-bourgeois de droite, qui récite béatement son cathé tous les dimanches et fait tout l'inverse le reste de la semaine.
"Plus catho tu meurs", ca ne veut rien dire, mais si on peut sortir précisément parce que le film vient d'un non-croyant, de quelqu'un qui n'a visiblement qu'une image caricaturale de la religion, et dont la seule qualité a été de tenter maladroitement de la dépasser. La communauté catholique ne se trompe pas sur les intentions du film, puisque les intentions ne sont pas mauvaises.
Au final, c'est même pas le fait que les anti-catho de base réagissent qui est moche, c'est que le film soit au fond parfait pour eux, qu'ils ne l'aiment ou pas.
Comme le dit Billy Budd, le film a été encensé parce que dans un climat d'anti-christianisme primaire et violent, on a un film qui ne présente pas la religion catholique sous un mauvais jour et qui respecte, au moins en surface, le message de la religion (les choses ne sont sans doute pas si simple, cf par exemple
http://www.juanasensio.com/archive/2012 ... evard.html, qui montre que le titre même du film est un contre-sens (le mot employé est "sacrilège"). De plus, les croyants sont profondément touchés par le fait relaté en lui-même, et cela est bien normal. Cela suffit, il n'y a pas de regard sur le film en tant que film.
Comment les gens vivent leur religion n'est pas le problème : ils font ce qu'ils veulent, et personne n'a décrété que Beauvois était un mauvais catholique (j'ai juste dit qu'il était évident que pour moi le film était réalisé par un non-croyant, ou en tant cas quelqu'un qui n'est pas habité par la foi, et d'après ce que j'ai lu c'est la vérité, mais il pourrait y avoir une disjonction entre l'artiste tel qu'il existe par ses choix artistiques dans le film et la personne réelle que cela ne changerait rien). Le problème, c'est comment l'art incarne la question qui gît dans une histoire, un personnage, un événement - ici d'autant plus prégnant que l'événement est réel.
Et comment le film pourrait parler d'autre chose que de la religion chrétienne ? Le seul enjeu du film, c'est le dilemme religieux : en tant qu'hommes de Dieu, quelle doit être la décision de ces moines dans la situation présentée ? Elle est impossible à traiter en dehors de la question de la foi. Et en l’occurrence, le film est entièrement vide en dehors de cette question (ce n'est pas comme si Beauvois assumait une alternative). Et il est encore plus vide quand il faillit à incarner cette question.
Après on peut lire : il filme un fait divers comme il en filmerait un autre, il veut juste montrer le fait divers. Mais cette attitude n'a rien à voir avec l'art, cette attitude, c'est ce que j'appelais plus haut de la lâcheté artistique (qui se pare en plus d'une prétention au réel abjecte), quand on fait ça on a rien à voir avec l'art.
Quand on parle plus haut d'un film sur la résistance, c'est laïciser, avec une certaine hypocrisie, ce qui est un des principes de la foi chrétienne, un des fondements même de cette religion. On peut effectivement tout relativiser, mais c'est précisemment cela, du relativisme, une autre forme de fuite. Le transcendant n'est pas un
sujet. La foi n'est pas un
thème. La foi catholique (ou de toute religion) n'est pas un
message.
Quel que soit le sens que l'on choisira, on tombe sur un manquement, une faillite, parce qu'une question en art est subie, elle surgit "malgré soi", elle est nécessairement transcendante, et l'artiste y répond par la forme.
Et le film est la preuve effective de l'échec essentiel de toute autre attitude : le film est prosaïque, relativiste, matérialiste et conventionnel, les caractéristiques de l'art post-moderne vidé de sa dimension sacrée, ou transcendante, ou quel que soit le nom qu'on lui donne, de l'art vide réduit à sa fonction sociale et économique (dans un système prosaïque, relativiste, matérialiste et conventionnel, etc.).