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 Sujet du message: The Yards (James Gray, 2000)
MessagePosté: 29 Nov 2013, 13:00 
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Dans ce deuxième long-métrage, Gray montre l'étendue de son talent dans sa maîtrise de la réalisation et de la direction d'acteurs, associé à la sublime photographie du regretté Harris Savides tout en clairs-obscurs, et à la musique sobre d'Howard Shore.
Le film approfondit les thématiques entrevues dans Little Odessa, à savoir les codes propres à la tragédie (fatalité du destin, trahison, vengeance, dilemmes, ainsi que le déterminisme social et l'aspect ambivalent de la famille, présents dans la plupart de ses oeuvres).
Le réalisateur privilégie toutefois des personnages situés dans le bas de l'échelle sociale, qui cherchent à s'élever, à quitter (en vain) leur milieu, tiraillés entre leurs aspirations individuelles et l'intérêt collectif.
Léo, qui veut rentrer dans le droit chemin, se retrouve entouré par une corruption généralisée auquel il voudra à tout prix échapper, Frank le patriarche, hésite entre la pérennité de son entreprise et le destin de son neveu adoptif, et Erica qui pense accéder à une certaine émancipation par le biais du mariage, sera rattrapé par les péchés de sa famille et des deux hommes qu'elle aime, faisant d'elle une victime expiatoire, tandis que Willie qui veut intégrer cette famille sans succès, va être confronté à son meilleur ami devenu son rival (inoubliable prestation de Phoenix).

Gray dépeint l'histoire d'une famille maudite, une somme d'individualités qui échoue à former une communauté unie, et qui causera sa propre perte en poussant à bout le seul d'entre eux qui a un désir de rédemption.
Film noir mélancolique et drame familial sombre, il est clairement une des plus grandes réussites du cinéaste, qui en profite pour rendre hommage à Visconti (le combat de rue qui rappelle celui de Rocco et ses frères).
Indéniablement son plus beau film, si ce n'est son meilleur.

5/6


Dernière édition par Walt le 11 Oct 2023, 16:03, édité 2 fois.

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MessagePosté: 30 Nov 2013, 13:46 
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J'irais pas jusqu'à 6, que je réserve au joyau brut Little Odessa. Par contre c'est du lourd oui, et superbe boulot d'Howard Shore aussi.

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MessagePosté: 30 Nov 2013, 14:07 
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F-des-Bois a écrit:
J'irais pas jusqu'à 6, que je réserve au joyau brut [b]Little Odessa


J'ai du mal à les départager, mais je garde une préférence pour son second film.
Je trouve que Little Odessa est un peu trop surchargé niveau pathos, mais rien que pour l'ambiance, l'ampleur dramatique, la photographie de Richmond et la prestation de Roth, je mettrait assurément 5/6.


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MessagePosté: 03 Oct 2015, 12:20 
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MessagePosté: 13 Jan 2022, 10:39 
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Revu hier soir en réalisant que j'en avais quasiment aucun souvenir (sauf la fin) et assez déçu. C'est tout petit en fait. Tout le film est construit autour d'un évènement presque accidentel et c'est loin d'avoir l'ampleur du grand film mafieux que j'avais en tête. Les perso sont un peu faiblards même si Whalberg joue bien ce personnage très "grayen" du mec ultra mélancolique pas à sa place. Il faut attendre la fin pour parvenir à cette idée de grande tragédie grecque.

Je garde un bien meilleur souvenir de Little Odessa qui il me semble saisissait mieux une communauté (comme le fera plus tard Two Lovers). Contrairement au premier avis du topic je le mettrais maintenant dans ses films les plus faibles (avec The immigrant). Après ça reste quand même un beau film et je continue d'adorer l'espèce de profond désenchantement fataliste de son cinéma.

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MessagePosté: 13 Jan 2022, 16:04 
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Bien lourd, mais comme tout Gray je trouve, je me souviens d'un Phoenix bouffi qui chiale dans la moitié des scènes mais filmé de trois quart arrière pour faire genre c'est pas trop racoleur, et CHarlize Theron en post-ado goth ridicule..
Gray a beau sembler emprenint de réalisme (et de classicisme) y a toujours un problème de crédibilité de ses persos, je veux dire qui croit à l'adulescent perturbé Joaquin qui chope les deux bonnasses du coin dans Two Lovers?
Il veut toujours mélanger la dimension réaliste/quotidienne et un truc mythologique pour donner de l'ampleur au film, mais ça matche pas bien entre les 2 approches je trouve.


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MessagePosté: 29 Mai 2026, 14:25 
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L'écran est noir. Des petites sources de lumière apparaissent. Et la caméra sort finalement de ce qui était en réalité un tunnel.
Tout le long du film, au gré des coupures de courant dans les appartements ou des allées et venues de véhicules à côté d'une bâtisse désaffectée, l'univers des personnages sera régulièrement plongé dans la pénombre avant de revenir à la lumière, une inconstance épousant celle du héros, oscillant entre les deux, entre faire ce qui est bien et ce qui est utile, entre deux mondes, cherchant sa place.

Je l'avais vu à sa sortie en salles et trouvé ça bien à l'époque mais je n'en avais gardé aucun souvenir à l'exception d'une réplique ("elle est belle de loin mais loin d'être belle" que j'entendais pour la première fois et qui m'a mindblown). Même en le revoyant, aucune scène n'évoquait quoi que ce soit.

Et ce fut une incroyable redécouverte.
Tous les éléments qui font déjà le sel de Little Odessa sont à nouveau là mais non plus dans une forme mal-aimable. La photo hivernale froide a cédé la place à celle plus chaleureuse et non moins noire d'Harris Savides mais c'est surtout la caractérisation des personnages qui les distingue des précédentes figures tragiques de Gray. Ici, tout est plus nuancé, plus entier. On est moins dans les archétypes (le père distant et violent, la mère malade à moitié folle, le fils toxique), on a de l'empathie pour chacun d'eux car personne ne souhaite le malheur du protagoniste mais tous se retrouvent contraints par la force des choses, par l'écrasant poids du destin, même Frank, sincèrement désireux d'être un bon patriarche mais pris dans un engrenage capitaliste (joué par James Caan, comme si le Frank de Thief avait cédé), et même Will qui s'avère une petite frappe lâche et vulnérable derrière son roulage de mécaniques.

Le fait que le cinéaste semble assumer davantage ses références ici - la photo gordonwillisienne, la présence dans les rôles des aînés d'acteurs et actrices du Nouvel Hollywood - permet paradoxalement de mieux apprécier comme l'auteur revisite les classiques qui l'ont inspiré au travers de son prisme personnel, semblablement à la fois plus intime et plus iconique (l'amour incestuel). Wahlberg livre une de ses meilleures performances avec une prestation rentrée et mutique rappelant le Eddie de Boogie Nights avant qu'il ne devienne Dirk Diggler. Le parfait prototype du pauvre petit garçon perdu.

SPOILERS

A ce titre, même si je trouve très beau ce dernier plan de lui seul dans le métro, ayant tout perdu, j'étais déçu que le film ne se termine pas sur cette SUBLIMISSIME scène de la veillée funèbre, lorsque le personnage de Faye Dunaway, embrassé par son fils, choisit de tendre la main vers Leo, lui offrant enfin la place qu'il cherchait. Et j'étais donc ravi d'apprendre qu'il existe un Director's Cut qui excise l'épilogue durant lequel Leo balance tout le monde, y compris son oncle. C'est peut-être moins noir en apparence mais c'est un autre sacrifice, plus doux amer.

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MessagePosté: 29 Mai 2026, 14:38 
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