Film Freak a écrit:
Ton argumentaire se résume à décrire des scènes du film en plaquant "c'est artificiel" après chaque exemple. Pas très convaincant.
Je ne crois pas n'avoir écrit uniquement que "c'est artificiel". Il y a plein d'autres mots autour. Regarde.
"Ciaran Hinds est celui qui amène le doute dans le récit, il est le plus lucide du groupe, mais sa réflexion ne cadre pas avec ses actions, ce qui renforce l'impression d'artificialité du personnage (uniquement là pour débiter les réflexions finalement). Et Mathieu Kassovitz te sort un discours bidon à la gare avant de quitter le groupe, ou il parle de la fierté d'être juif, du mal qui est en train de se propager par leurs actions. On ne comprend pas trop comment il en arrive à cette réflexion, alors qu'on nous le montre préparer des bombes sans broncher du début à la fin. Encore une fois, cette prise de position est quelque peu artificiel, comme imposé par le récit plus que par le personnage. Il n'y a aucune logique dans l'écriture des persos."
Film Freak a écrit:
Tu cites toi-même des scènes (que tu trouves répétitives en plus) où on voit (et non où l'on nous dit) la mission, ses conséquences, ses tenants et aboutissants, et après tu dis que tout passe par les dialogues?
La première scène de suspense/polar (celle du meurtre du traducteur des Milles et une Nuit) nous démontre très clairement par l'action tout le dilemme des personnages et l'inutilité de ses meurtres. Je ne comprends juste pas pourquoi Spielberg répète cette même scène sur 2h30 sans rien apporter de plus. On a compris le principe dès le départ. Le film aurait pu durer 1h30 et le message aurait été le même. Ce qui m'amène à me demander s'il n'a pas fait son film par simple amour du polar, et des scènes de suspense.
Donc oui, les premières scènes démontrent beaucoup par l'action. Mais on a tôt fait de faire le tour. Par la suite, ce qu'il rajoute en réflexions et profondeur passe par des dialogues qui essaient de rattraper le manque de contenu. Pas le choix, car sur le terrain les personnages sont des exécutants, des pions d'avantage au service des morceaux de bravoure polaresque que du propos. On aurait pu les voir douter sur le terrain, les voir évoluer en tant que personnage, mais l'évolution est mince. Les dialogues viennent donc rattraper de façon très calculé. À la fin, Avner tue un gamin et fuit les lieux, dégouté. Il se met à courir au ralenti, ça coupe, et on le retrouve en Amérique avec sa femme. Pourquoi la mort de ce gamin le met dans cette état, et pas celle de Marie-Josée Croze, pas celle du type sur le balcon d'hotel? Mystère.
Film Freak a écrit:
Par exemple, Kassovitz qui a un cas de conscience, c'est justement pas un truc qui arrive comme ça, ça arrive après justement toutes ces missions foirées, où la bombe était trop faible ou trop forte ou autre, parce que le mec n'est pas un artificier à la base, mais un fabriquant de jouets.
Le problème, c'est qu'on ne le voit jamais douter dans le film. De début à la fin, il fait ce qu'il a à faire. Et tout d'un coup, bang, il nous sort un discours simplet à l'effet que "C'est pas bien, c'est mal. Ce n'est pas digne des juifs. J'y perd mon âme", alors qu'il vient de contribuer à en assassiner une bonne dizaine. Puis il se casse, et on ne le revoit pas. Comme personnage, j'ai déjà vu plus intéressant. La réflexion, et le contre-poids de la mission arrive n'importe comment. C'est ça qui fait plaqué et artificiel. Dans ces moments, on sent trop Spielberg qui nous cause et nous prend par la main pour nous guider, nous rassurer.
Film Freak a écrit:
De plus, la répétition est inhérente au propos du film, qui construit son récit comme un dialogue de la violence (qui engendre la violence donc), les attentats des palestiniens répondant à ceux des israéliens, en boucle, sans fin...
Cette répétition est également nécessaire pour MONTRER (justement) le poids de la mission sur ceux qui la mène, en ILLUSTRANT comment le côté justement mécanique déshumanise les agents.
Oui, ça on le comprend très bien. Mais justement, on le comprend trop bien. Tout le film est calculé autour de ça, si bien qu'il n'y a aucune surprise. Ça sent la mort, dans tous les sens du terme.
Film Freak a écrit:
Et réduire le perso de Bana comme tu le fais est malhonnête. C'est un personnage, avant même le début de la mission et la mission (et comment elle le déshumanise) n'est pas la seule chose qui le définit.
J'ai l'impression qu'il est un peu niais, ou bien il est très mal écrit. Quand on lui donne le job, on la compare à sa mère plutôt qu'à son père, comme si ça suffisait pour que le spectateur comprenne qu'il est un peu mou. En effet, il laisse les événements arriver sans trop de pro-activité. Ça ne semble pas lui faire grand chose de tuer, et ça dès le départ (la fiesta qu'ils se font après le premier meurtre est quand même étonnante). C'est à mesure que le film avance qu'il en vient à être dégoutté par tout ce sang. On peut comprendre pourquoi. Mais ça n'en fait pas un personnage très intéressant. Voir comment Spielberg utilise les images de l'attentat en flashback, comme si ça faisait partie de la mémoire d'Avner. C'est quand même un peu douteux comme procédé, et ça prouve que le personnage d'Avner ne suffisait pas.
Film Freak a écrit:
Tu néantises tout ce qui touche au rapport à son père, qu'il voit comme un héros mais qui l'a abandonné (et qu'il ne comprendra qu'à la fin, War Horse-style), et à sa mère, symbolisant cette mère Patrie dont il va se détacher alors qu'elle était tout pour lui à la base (et donc toute la thématique spielbergienne du foyer, ici érigée en interrogation sur la notion de nation).
Le film est bien plus riche que tu ne le crois.
J'ai compris tout ça, dans les dialogues. Mais jamais je ne l'ai senti. C'est bien beau tout ce symbolisme. Mais ça ne fait pas un film.
Le symbolisme de Spielberg ne peut pas fonctionner pour tout les genres. Ça sied bien aux films opératiques à la E.T., à la War Horse. Ça sied bien à la science-fiction. Mais dans le registre un peu plus sec du film à message politique, ça ne fonctionne pas tellement je trouve. Il aurait fallu choisir entre faire un polar de divertissement à l'état pur, ou bien faire un film politique ancré dans le réel, avec tout le sérieux, la complexité, et la profondeur que ça implique. Je trouve Lincoln beaucoup mieux fichu à ce niveau. Plutôt que de livrer un message, le film propose une incursion fascinante dans la vie de Lincoln et sa lutte pour le 13e amendement. Le film hésite parfois entre divertissement et didactisme (Spielberg les disjoint trop souvent, alors que les deux peuvent co-exister). Mais c'est plus intéressant déjà. Plus naturel dans l'écriture aussi.
(tu serais peut-être mieux d'envoyer ça dans la section Munich finalement. oups)