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MessagePosté: 06 Mai 2012, 01:47 
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Cherbourg, le soir de la Saint Sylvestre. L’inspecteur Antoine Gallien, secondé par son adjoint Belmont, reçoit au commissariat le notaire Martinaud, notable local, à propos de deux fillettes violées et tuées six semaines plus tôt.


Confirme mon impression sur Miller : académique d'apparence, mais en fait plutôt classique et solide, dans le fond. L'attraction première du film est son scénario, il le sait, et ne s'en fait pas une montagne : le risque théâtral du huis-clos surdialogué n'est pas inutilement esquivé par 36 sorties dehors. Miller accepte son décor (le bureau du commissaire) comme son matériau de base (un simple face à face), et les exploite comme n'importe quel autre terrain de jeu, sans paniquer, uniquement focalisé sur la confession intime qui se noue dans l'échange : c'est elle qui sert de boussole à la mise en scène, découpage narrant moins l'enquête policière que le mystère d'un homme acceptant de venir au commissariat la veille d'un nouvel an. Les rares visions qui s’intercalent (les scènes de meurtres, les flash-back) dénotent sans doute d'une petite opportunité illustrative un peu superficielle (visant à "varier"), mais Miller parvient à leur insuffler une véritable personnalité (vues silencieuses, fugitives mais très statiques, souvent vidées ou lointaines) qui vient nourrir la mélancolie broyant l'ensemble des personnages.

Au final, du coup, je dirais presque que la limite du film réside dans son scénario (ou du moins dans la révérence qu'on lui fait). C'est un comble, évidemment, car c'est lui qui fait la force de l'ensemble : la déduction de l'enquête et la virtuosité des échanges sont très addictifs. Mais le travail maniaque d'Audiard (dialogues ciselés jusqu'au détail extrême, même -surtout- dans le cas du "vrai-parlé") empêche souvent les situations de s'extirper d'une impression de maîtrise un peu étouffante. C'est évidemment aussi la faute à Miller, et au montage qui peine à maltraiter la virtuosité du script ou des numéros d'acteurs (pourtant excellents) : j'ai parfois eu le sentiment de les avoir en spectacle devant moi, scénariste comme comédiens, sur présentoir. Et ce malgré la séquence Schneider, qui semble un temps amener le film à une dimension supérieure, mais après laquelle tout se recroqueville à nouveau. Le final me semble finalement revenir dans ses chaussons : lors de cet épilogue où justement le script ne fait que refermer sa boucle de façon un peu mécanique
ce tueur qui vient de nulle part et la morale qui s'en suit, ce suicide au tragique facile...
Miller respecte trop le texte pour mener lui aussi son film à destination et créer un vrai final - pour avoir une autre ambition, en gros, que de nous afficher sentencieux l'heure qu'il est à l'écran. Ce qu'il a construit (cette ambiance nocturne si particulière) par sa mise en scène, durant tout le film, devrait ici avoir primauté sur l'outil policier.


En deux mots (Charogne c'est pour toi) : c'est solide et pas transparent, c'est bon et impressionnant sur le moment, mais ça peine à laisser une trace après vision. La prouesse parfaitement exécutée s'avère malheureusement plus forte que l'horizon mélancolique qu'elle devrait servir. De peu.

De là à relancer le débat sur la qualité française...


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MessagePosté: 06 Mai 2012, 10:12 
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Tom a écrit:
L'attraction première du film est son scénario


Je crois que c'est plutôt le duel d'acteurs.

Citation:
Miller parvient à leur insuffler une véritable personnalité (vues silencieuses, fugitives mais très statiques, souvent vidées ou lointaines) qui vient nourrir la mélancolie broyant l'ensemble des personnages.


Yeah. La continuité temporelle et l'ambiance nocturne singulière de la Saint-Sylvestre sont vraiment deux réussites majeures du film, selon moi.

Citation:
Au final, du coup, je dirais presque que la limite du film réside dans son scénario (ou du moins dans la révérence qu'on lui fait).


C'est davantage dans les dialogues que dans le scénario que ça se joue. Parce que les dialogues twistent sans cesse l'intrigue pour revenir aux personnages, et les personnages aux comédiens. Il y a vraiment une toute puissance de Ventura et de Serrault, que je trouve hyper spectaculaires.

C'est en voyant ce film que je suis devenu un huge fan de Ventura.

Citation:
Mais le travail maniaque d'Audiard (dialogues ciselés jusqu'au détail extrême, même -surtout- dans le cas du "vrai-parlé") empêche souvent les situations de s'extirper d'une impression de maîtrise un peu étouffante. C'est évidemment aussi la faute à Miller, et au montage qui peine à maltraiter la virtuosité du script ou des numéros d'acteurs (pourtant excellents) : j'ai parfois eu le sentiment de les avoir en spectacle devant moi, scénariste comme comédiens, sur présentoir.


Je te trouve bien dur avec ce qui se fait sans doute de mieux dans le genre huis-clos (même si ce n'est pas The Servant ni Fenêtre sur Cour - qui ont aussi leurs défauts). A mon sens, le film ne vise pas la perfection, mais l'engourdissement. C'est comme un coup de matraque donné en traître à ces deux personnages qui pensent savoir tout mieux que tout le monde, et qui passent chacun de leur côté à côté de l'essentiel pendant tout le film.

Un 6/6 du coeur... très envie de le revoir là.

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MessagePosté: 07 Mai 2012, 12:54 
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Merde, pour une fois que j'ai une réponse je vais pas te poser un vent quand même !

Citation:
C'est davantage dans les dialogues que dans le scénario que ça se joue. Parce que les dialogues twistent sans cesse l'intrigue pour revenir aux personnages, et les personnages aux comédiens. Il y a vraiment une toute puissance de Ventura et de Serrault, que je trouve hyper spectaculaires.

Je vais préciser en fait sur ça, parce que tu as tout à fait raison, il y a une combinaison scénario-comédiens qui marche du tonnerre, mais ce parfait tour de force a lieu comme "à l'intérieur du film". D'où le spectacle dont je parlais : on admire l'achèvement du scénar, on admire la façon dont il sert les comédiens, on admire la toute puissance des comédiens, et la manière dont ils arrivent à rendre naturel un scénar aux dialogues sur-écrits, et on admire donc l'achèvement du scénar, etc. Ça tourne en boucle, et l'atmosphère (effectivement réussie) de saint sylvestre dépressive se rajoute là-dessus un peu comme un bonus.

Te méprends pas, j'admire le film d'une certaine manière et j'en garde un bon souvenir, mais il me semble quand même un peu contraint et limité à cause de ça (le résultat peine à exister au-delà de la somme de ses parties, en gros).


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MessagePosté: 07 Mai 2012, 13:02 
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Tom a écrit:
Te méprends pas, j'admire le film d'une certaine manière et j'en garde un bon souvenir, mais il me semble quand même un peu contraint et limité à cause de ça (le résultat peine à exister au-delà de la somme de ses parties, en gros).


Disons que c'est moins qu'un grand film, et plus qu'un exercice de style.

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MessagePosté: 13 Mai 2014, 15:06 
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Impressionnant dans ses dialogues et dans son jeu (je n'avais pas vu un film avec Ventura depuis au moins vingt ans, et c'est seulement maintenant que je percute sur la puissance de son jeu), j'aime également beaucoup la façon dont Miller aère le texte... Par contre je trouve la résolution finale vraiment nulle - ou bien j'ai loupé quelque chose.
5/6

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MessagePosté: 05 Fév 2017, 10:43 
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Messages: 5816
Cosmo a écrit:
Par contre je trouve la résolution finale vraiment nulle - ou bien j'ai loupé quelque chose.


Idem, c'est franchement frustrant que le film se termine de façon aussi expédiée. C'est tellement brouillon qu'on en vient à se poser des questions sur ce qu'il faut vraiment comprendre et ça m'a totalement distrait de ce qui se passait à ce moment-là, c'est quand même dommage.

Pour le reste le film est très fort et le face à face en effet impressionnant et j'ai notamment beaucoup apprécié qu'il ne s'agisse pas seulement d'un simple rapport de force mais que le duel prenne aussi parfois la forme d'échange intimiste entretenant un rapport flou entre les deux perso principaux. J'ai simplement été un peu gêné par l'emploi abusif de flash backs, comme si Miller y allait avec le frein à main et n'osait pas faire son huis clos à la 12 Hommes en Colère, comme l'a dit Tom ce recours n'est pas forcément gênant en soit et parfois ils sont simplement illustratifs, ce qui est un semi aveu d'échec pour moi.

Autre truc sinon: j'avais l'impression en début de film, avant de m'y habituer sans doute, qu'il y'avait un léger décalage étrange entre le son et l'image pendant les dialogues. J'ai débord mit ça sur le compte de mon PC tout pourri puis en lisant le livret qui va avec le DVD je suis tombé là dessus:

"A cause des néons, on tourne à 25 images / seconde [...] il en résulte une distorsion des voix, trop graves ou trop lentes, qu'il faudra corriger en demandant aux acteurs de se doubler, un comble pour un tournage en studio."

4/6


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