American Gods

Un ex détenu est embauché comme garde du corps par un escroc expérimenté. Très vite, il comprend que se profile un affrontement entre des forces qui le dépassent. D'un côté son employeur à la tête d'un bataillon d'anciennes divinités. De l'autre, les dieux de l'Amérique moderne, les médias, l'argent, la technologie..
Un dieu est d'autant plus puissant que beaucoup de gens croient en lui. Il s'affaiblit et meurt quand il perd ses fidèles. C'est l'idée de base du roman. Elle a été bien utilisée dans Les petits Dieux de Terry Pratchett, ami de Neil Gaiman. Mais à la différence de Pratchett, Gaiman n'a pas su l'exploiter. Il n'en tire aucune scène valable. La déchéance des anciens dieux est sans intérêt, l'émergence des nouveaux n'apporte ni sous texte critique sur notre société, ni scène spectaculaire façon La ballade de City de John Shirley. Bref, ce n'est qu'un gimmick accrocheur pour 4° de couverture. Odin et la Reine de Saba affrontant les Dieux de l'Argent et des Médias, juste un pitch qui en jette.
Le mix général du roman rappelle fortement Poker d'âmes de Tim Powers. Affrontement de dieux anciens dans l'Amérique actuelle (ou De bons présages, dans l'Angleterre actuelle). Poker d'Ames et American Gods ont en commun défauts de rythme, longueurs et remplissage sans vergogne.
La stratégie de remplissage de Gaiman consiste à donner dans la road novel. Pendant le tiers central, on visite l'Amérique profonde, un tas de petits motels, des bourgades perdues décrites par le menu. Il ne se passe rien. Un tas de persos qu'on ne voit qu'une fois nous racontent des anecdotes 'amusantes' sans le moindre rapport avec l'intrigue.
Côté qualités, les 100 premières pages et les 100 dernières sont de bonne tenue. Héros attachant, sensible mais posé, incrédule juste ce qu'il faut, porté jusqu'au bout par l'amour qu'il ressent pour sa femme. Le dénouement est ingénieux, avec la résolution d'une série de crimes, la révélation d'un plan machiavélique conçu par les méchants et pas mal d'action.
Prix Hugo & Nebula largement immérité selon moi, pot de vin ou absence de concurrence cette année là. A moins que le jury n'ait lu que le début et la fin. Si vous acceptez de vous taper 400 pages de remplissage pour en lire 200 excellentes, je vous recommande ce roman.