aka Tabloïd
Débauché du Daily Mirror par Rupert Murdoch pour devenir rédacteur en chef du Sun que le magnat australien vient de racheter, Larry Lamb entend rivaliser avec son ancien employeur avec un nouveau genre d’information : une information qui offrirait au public ce qu’il attend, et qui changerait le visage du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.Mes Danny Boyle préférés à ce jour étant les deux éclairés par Alwin Küchler, j'aurais dû me douter que ses retrouvailles avec ce chef opérateur allaient me combler. En réalité, si le cinéaste a de nouveau fait appel au directeur de la photographie de
Steve Jobs, c'est sans doute parce que son nouvel opus, sur le quotidien qui allait redéfinir la notion de tabloïd, également l'oeuvre d'un dramaturge, témoigne de la même ferveur narrative et thématique et ce dès son introduction sorkinienne articulée autour de la discussion entre deux personnes autour d'une table. Une discussion qui allait précipiter les médias dans le monde que l'on connaît aujourd'hui.
Adaptant une pièce de 2017, Boyle redouble d'effets de style pour transcender toute impression de théâtre filmé mais reste théâtral en diable, confirmant l'oliverstonisation de son cinéma, notamment dans un montage qui multiplie les inserts incisifs, illustratifs, iconiques, mystérieusement annonciateurs, et les vues de l'esprit métaphoriques abusées, formalisant la caractérisation et l'exposition avec une agressivité implacable et ad hoc compte tenu de l'ascension de la vulgarité choc relatée ici. Au sujet de la mise en scène de
Steve Jobs, Sorkin avait réutilisée une formule déjà employée pour parler du travail de Fincher sur
The Social Network :
"I think I wrote a fine scene and that it was fine on paper, but in come Jeff and Michael and Danny and our editor Elliot Graham and our composer Daniel Pemberton and it played like a bank robbery." Cette description me paraît encore plus apte pour ce film où l'on voit littéralement un rédacteur en chef recruter ses journalistes comme en vue d'un casse avant de montrer la création de la nouvelle ligne éditoriale sur un tableau posé sur un chevalet comme l'élaboration d'un plan.
Pendant plus d'une heure, le film est mené au rythme des rotatives, bouillonnant tant esthétiquement que thématiquement, recelant un discours sur une vengeance de classe derrière
l'histoire vraie plus classique. Le
rise & rise de la presse à scandales offre au récit l'écrin des biopics à l'amoralité séduisante type
The Wolf of Wall Street (sauf que là c'est Fleet Street aka la rue des journaux britanniques à Londres) mais c'est la réflexion sous-jacente sur le populisme qui donne son fond au film. Une journaliste dit qu'elle n'attend pas des médias qu'ils soient un "miroir" mais une "fenêtre sur le monde" mais flattant les bas instincts de son lectorat, le Sun s'avère un reflet cinglant du peuple. Le rédacteur en chef d'origine modeste aura eu sa revanche sur l'
establishment mais à quel prix? Le dernier tiers, comme souvent chez l'auteur, m'a paru moins virtuose, se focalisant soudain de façon déroutante sur un événement majeur et réfutant une conclusion classique, mais la peinture d'une corruption totale marque avant même le montage final à charge et l'ensemble résonne encore en moi.
Nan vraiment, j'ai trouvé ça mortel.