Qui-Gon Jinn a écrit:
quel bilan faites vous des ces 10 ans de macronisme ?
Ca avait bien commencé sur le papier avec les ministres soi-disant "spécialistes" et issus de la société civile, mais ça s'est rapidement un peu trop droitisé au goût du moi de l'époque. Après le Covid a représenté une cassure comme dans tous les gouvernements donc dur de juger le Macron post-pandémie, surtout qu'il est aussitôt devenu le Macron-scène-internationale-débat-de-2022-esquivé. Les débuts du deuxième mandat sont erratiques et après on arrive sur la cassure suivante, la dissolution.
Bref, tout ça pour dire que c'est difficile de juger ces dix ans comme un bloc. Mais globalement j'ai l'impression qu'après des débuts prometteurs (baisse du chômage héritée de Hollande) et quelques bons trucs sociétaux la réussite économique n'a pas été au rendez-vous. Finalement on ne retient rien de fondamental de ces presque dix ans et c'est assez étonnant.
c'est intéressant cette approche chronologique ! j'ajoute mes deux centimes.
mon impression fondamentale c'est simplement qu'il n'était pas prêt à être président.
prêt humainement, d'abord. ce pétage de plomb égotique d'une ampleur inédite et qui n'est jamais redescendu (sarkozy est arrivé en mode 6, il est monté ponctuellement jusqu'à 8,5 puis est redescendu à 6,5 en cours de route, par exemple. mais macron était à 4 en arrivant, est monté à 9 le soir du premier tour et y est resté fixé chaque jour et chaque seconde depuis).
prêt politiquement, ensuite. la manière dont il a construit tout son dispositif politique en négatif de françois hollande me semblait vraiment témoigner d'une faible culture politique, d'un mec qui ne faisait que réagir à ce qu'il avait vu de ses yeux pendant 5 ans au lieu d'avoir une notion du temps long, avant et après.
prêt ideologiquement, enfin. la vérité c'est qu'il n'avait que de vagues idées de quoi faire : ses frustrations de ministre d'économie + des trucs piquées dans des notes de bercy et à droite à gauche et... c'est tout. pour ça qu'il a galéré comme ça à écrire son livre, et pour ça qu'en vrai il a fait tout son programme en moins d'un an et ensuite, on a immédiatement vu que ça commençait à flotter un peu. et c'est aussi pour ça qu'il n'est reste étrangement rien, tout ça n'était que très vaguement lié à un contenu idéologique, était dépourvu d'envergure : c'était du technocratique slop d'un mec qui a fait passer son absence d'idées pour une plasticité de convictions.
et là la covid est arrivé et l'a sauvé de cette panne d'inspi.
et l'actualité et l'ukraine et la (non) campagne ont perdu là encore d'occulter le bilan du covid, les milliards distribués n'importe comment, les escroqueries massives subies par l'état et dont on a récupéré 1%, et la manière dont le robinet budgétaire a été ouvert de manière disproportionnée.
arrive la campagne. il y avait évidemment un aspect stratégique à ne pas la faire (une election qui n'interesse personne favorise de fait le sortant), il y avait la volonté de dissimuler là encore qu'en vrai il n'avait pas d'idées (et trop d'égo pour en demander autour de lui, je me rappelle des articles de l'opinion des macronistes qui se faisaient envoyer chier quand ils envoyaient des notes à l'elysee tout en ne comprenant pas pourquoi il y avait 0 propositions nulle part). il en reste une monstruosité démocratique pour laquelle il n'a pas du tout été assez trashé sur le coup, ni juste après.
il y a le livre "les sans-jours" de ludovic vigogne, qui raconte en gros sa disparition post reelection. il disparait physiquement, il disparait des contacts, il fait le strict minimum du strict minimum mais en vrai il a juste disparu. alors on parle de décompensation, de depression passagère, machin : ma théorie profonde est qu'il s'est sevré de la cocaine à ce moment là. il a toujours été très suspect, pendant le covid c'était flagrant (l'iconique confréence sur la culture ou même le comtpe rendu du monde était blindé de sous-entendus) et pendant la campagne d'entre deux tours il était très clairement chargé comme une mule. et après sa reelection plus une seule sortie suspecte, rien.
et donc le deuxième quinquennat est celui où la facture de tous ses manquements est arrivée, après y avoir échappé tout ce temps.
il n'avait bien aucune idée, d'où cette impression de vide total du deuxième mandat.
il a bien été totalement irresponsable avec l'argent public pendant le covid, et son deuxième mandat s'achève dans la ruine collective.
il a honteusement voulu se faire élire sans défendre son bilan, sans présenter ses idées, sans débattre, sans transpirer : les français lui ont littéralement retiré son mandat en cours de route.
sa capacité de travail "surhumaine", son besoin réduit de sommeil, sa confiance en lui extraordinaire, bla bla bla était du au dopage : il a perdu 80% de son mojo quand il a arrêté la drogue.
et il reste au final la prophétie de bernard cazeneuve quand il a quitté bercy : "tu finiras enseveli sous les décombres de ce que tu détruis", c'est le titre incontournable de sa biographie pour moi et le résumé parfait de ses mandats.