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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 13 Mar 2024, 10:30 
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Je poursuis ma découverte de Jakob Wassermann avec son Kaspar Hauser (bizarrement ses traducteurs adaptent les prénom).
Et putain c'est un chef d'oeuvre, un des grand livre du 20ème siècle, oublié et inclassable (il se rattache aussi bien à Michael Koolhaas de Kleist et à Effi Briest de Fontane bien sûr qu'aux contes courts de Kafka, annonce aussi Beckett, il y aussi une énergie vitale blessée blessée et qui se retourne en critique sociale sui fait penzer à D.H. Lawrence mais comparaisons inutiles, le style et le mélange d'ironie sèche en ce qui concerne la mécanique sociale et de sensibilité à fleur de peau de Wassermann est singulier).
Dyptique étonnant avec l'Affaire Maurizius, deux histoires d'enfermement avec la même dynamique (des intellectuels ou notables libéraux et réformistes essaient de mettre fins à une injustice, mais échouent moralement et ne font que créer un Moloch mediatique qui la renforce, ils commettent chacun séparément et à leur manière l'erreur politique de surestimer la complexité métaphysique du monde, cela ressemble à un code indviduel mais aboutit collectivement à une forme de moralisme transparent et impuissant) et beaucoup de situations qui se répondent à un siècle d'intervalle.

Le début où le passé de Kaspar Hauser et l'impact qu'il a eu sur sa manière de parler est développé en à peine 10 page est un morceau de bravoure littéraire.

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Mais peut-être la nécessité accrue de faire confiance incite-t-elle à la mériter davantage

Erving Goffman


Dernière édition par Vieux-Gontrand le 13 Mar 2024, 11:26, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 13 Mar 2024, 10:36 
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Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Je note, bien envie de découvrir cet auteur.

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CroqAnimement votre


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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 17 Mar 2024, 15:11 
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Le président ne se contenta pas de donner le nom de la
dynastie et du pays qui lui appartenait par héritage, il nomma
aussi le prince dont la mort subite, survenue il y a plus de dix
ans, avait éveillée les soupçons. Il cita encore une princesse
qui, de trés noble origine, portait le deuil d'un tragique destin
dans une solitude volontaire. Il nomma tous ceux qui avaient
marché sur des cadavres pour accéder au trone: un prince
faible mais ambitieux et surtout une femme au caractère
diabolique, celle qui avait ordonné cet horrible forfait
Il y avait dans la franchise brutale de M. de Feuerbach une
nuance d’amertume qui lui venait de son passé. Il connaissait
la Cour où régnent en maitre la ruse et la perfidie et où la
bassesse se cache derriere l'hypocrisie; il avait respiré son
atmosphère, mangé à sa table, goûté à ses poisons, gaspillé
les meilleures heures de sa vie et de ses forces à son service
et n’en avait retiré qu’ingratitudes et haines. Il connaissait
ses créatures et ses séides; il les connaissait, ceux pour qui
l’histoire n'est qu'un arbre généalogique, la religion qu'une
litanie de prétres, la philosophie qu'un exécrable «jacobinisme »,
la politique qu’un jeu de colin-maillard, les finances
qu'une opération d’arithmétique sans preuve, les droits
I’homme qu’un jeu de gages, le monarque qu'un bouclier
leur propre puissance, la patrie qu'une ferme, et la liberté
qu'une prétention d’insensés qu'il faut chatier. Derrière ce
qu'il avait écrit, on sentait monter l'âcre souvenir des années
perdues, des humiliations subies. Il ne parlait pas de lui, mais
les mots qu'il avait écrits trahissaient une rancune, invisible
toutefois pour le roi qui lirait son rapport.

Quand il fallut expédier son dossier, Feuerbach entoura
son envoi de minutieuses précautions, pour qu'il ne tomba
pas en d’autres mains que celles du régent. Il attendit des
semaines entieres une réponse, une décision, un signe quelconque.
Sur ces entrefaites, vint la nouvelle de l'attentat
contre Gaspard. Le président partit pour Nuremberg où ses
propres mesures n’eurent pas plus d'effets que celles de la police


:shock:

Tout le livre est du même niveau, superbe littérairement, animé d'une colère discrète mais implacable, au risque toutefois de verser dans une forme de nihilisme apolitique, pas si loin que cela de Céline en fait (très bonne traduction datant des années 30 d'une inconnue, Ramona Altdorf)

Pour la petite histoire, le Feuerbach en question, qui était en fait le ministre de la justice du royaume de Bavière, réformiste et humaniste, personnage de loin le plus intègre du livre, est historique (comme tous les autres, même si Wassermann prend apparemment des libertés avec l'histoire pour renforcer l'allégorie morale et politique, faisant du Lord Stanhope réel un génie du mal mais dominé par l'amour pour ce qu'il domine sexuellement comme le Vautrin de Balzac en fait, compromis dans l'assassinat de Kaspar Hauser) , et est le père du philosophe pré-marxiste plus connu.

Chauffé pour retenter le film de Werner Herozg que je n'avais pas réussi à voir une première fois.

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Erving Goffman


Dernière édition par Vieux-Gontrand le 17 Mar 2024, 23:38, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 17 Mar 2024, 21:11 
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Vieux-Gontrand a écrit:

Tout le livre est du même niveau, superbe littérairement, animé d'une colère discrète mais implacable, au risque toutefois de verser dans une forme de nihilisme apolitique, pas si loin que cela de Céline en fait (très bonne traduction datant des années 30 d'une inconnue, Ramona Altdorf)


Romana Altdorf, ça a son importance car à une lettre près google ne donne aucun résultat ou ne suggère pas de corriger l'erreur (le faisait-il mieux autrefois ? J'ai l'impression personnellement).
Wikipédia renseigne un peu à son sujet :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_ ... germanique

et un de ses neveux lui a consacré quelques pages de souvenirs :


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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 17 Mar 2024, 23:44 
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Ha oui intéressant j'ignorais ces notules merci, mais pas trouvé la référence dans le texte italien. Cohérent qu'elle se soit intéressée à Joseph Roth aussi.

Quand j'étais en 5ême ou 4ème une prof de français nous avait fait lire l'Or de Cajamalca, c'est aussi un texte remarquablement fort (à la fois doue d'une veine initiatique capable de fonctionner sur des pré-ados et radicalement pessimiste politiquement, ses livres sont foisonnants et visionnaires mais aussi quelque peu étouffants
le suicide de Maurizius à la fin du roman qui lui est consacré est tout aussi marquant
, peut-être là une différence avec Thomas Mann où l'ironie est un substitut de l'espoir), grâce lui soit rendue. Gageons que peu des hommes de pouvoir actuels l'ont lu au vu du présent qu'ils nous font.

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Erving Goffman


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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 18 Mar 2024, 15:39 
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Vieux-Gontrand a écrit:
Ha oui intéressant j'ignorais ces notules merci, mais pas trouvé la référence dans le texte italien.


Le lien y mène directement, c'est nonna sofia, la tante sofia, de son vrai nom Sofia Augustina Methsieder (le pseudo est cité un peu plus bas). Merci pour les conseils de lecture, qui sont notés.


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 Sujet du message: Re: Vos dernières lectures
MessagePosté: 19 Mar 2024, 13:29 
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J’ai adoré son livre sur Fenêtre sur cour, évoqué par quelques uns ici, véritable réinvention du film qui peut certes parfois prêter à discussion ; j’ai eu du mal par exemple avec son interprétation de la fin du film, en particulier la défenestration de James Stewart qu’il réduit à une réaction de colère à l’égard d’un voisin harceleur. Difficile quand même quand on regarde la séquence de ne pas y voir une tentative de meurtre tendant à prouver que Thorwald n’en est peut-être pas à son premier crime. L’ acharnement de ce dernier envers le pauvre Stewart n’est-il pas le signe qu’il a plus à cacher qu’un simple trafic de bijoux, un meurtre par exemple ?

Enthousiasmé par cette lecture, j’ai donc voulu essayer son « affaire du chien des Baskerville », autre enquête sur l’enquête, littéraire cette fois.

Je me suis évidemment astreint à relire d’abord le roman de Conan Doyle. Très agréable, flirtant avec le fantastique, dans un décor, la lande, qui fait irrésistiblement penser aux oeuvres des sœurs Brönte. Ma lecture fut cette fois plus attentive dans la mesure où sachant que Pierre Bayard me promettait une nouvelle interprétation du bouquin, j’ai cherché d’avance au fil de ma lecture à la deviner, sans résultat.

Bayard ménage bien d’ailleurs son suspense car ce n’est qu’au terme du livre qu’il nous révèle le nom du véritable assassin. En même temps, il s’agit pour lui, avant de démasquer le coupable, d’innocenter le suspect principal, enfin deux suspects en l’occurrence : le maître et son chien, que tout accuse d’après l’enquête de Sherlock Holmes (il y a d’ailleurs dans le livre de Bayard un plaidoyer pour le chien des Baskerville qui rappelle, par certains côtés, l’hommage rendu au chien assassiné de Fenêtre sur cour). L’originalité c’est qu’ici, ce n’est pas seulement l’identité d’un nouveau meurtrier qui nous est dévoilé, mais aussi la survenue d’un « nouveau » meurtre qui s’est joué pendant des années au nez et à la barbe des lecteurs du roman.

Au-delà de cette « critique policière » comme Bayard la nomme, il y a aussi toute une réflexion, pas moins passionnante, sur les rapports des auteurs mais aussi des lecteurs avec les personnages de fiction. Bayard rappelle le contexte où a été écrit Le chien des Baskerville : Conan Doyle voulait en finir avec Sherlock Holmes, considérant que les livres qui lui étaient consacrés, même s’ils remportaient un grand succès, cachaient un peu la forêt de ses autres ouvrages. Il avait donc, dans l’une de ses aventures, fait tuer le personnage par son plus grand ennemi (Moriarty). Devant le tollé général, Doyle s’était retrouvé obligé, à contre-cœur, de faire revivre l’inspecteur, Le Chien des Baskerville étant le livre où a lieu cette résurrection (il ne serait pas étonnant que Misery de Stephen King trouve son origine dans cette anecdote).

Bayard montre bien l’ambivalence de Doyle à l’égard de son personnage, c’est-à-dire à la fois la reconnaissance pour ce qu’il lui doit (le succès) et l’amertume, voire la détestation pour ce dont il le prive (le temps, celui qu’il pourrait consacrer à d’autres ouvrages, plus importants à ses yeux). Il va même jusqu’à dire que Doyle souffre de ce qu’il nomme le « syndrome de Holmes » (Bayard est psychanalyste) c’est-à-dire « la relation passionnelle conduisant certains créateurs ou certains lecteurs à donner vie à des personnages de fiction et à nouer avec eux des liens d’amour ou de destruction ». Et c’est cette passion qui peut expliquer, selon Bayard, l’aveuglement de Sherlock Holmes, qui est aussi celui de l’auteur, sur la vérité du drame.

Et ce qui est très beau ici, c’est que cette vérité ait à voir au final avec le fantastique. En effet, dans un roman (celui de Doyle) qui débute par le récit d’une légende aux accents surnaturels mais qui prend soin par la suite de déconstruire celle-ci, un peu comme on le fait dans Le Village de Shyamalan par exemple, Bayard lui réintroduit du merveilleux. Il croit sincèrement que les personnages de fiction échappent parfois à leur créateur pour vivre leur propre vie, comme la créature de Frankenstein. Et il appartient alors à chaque lecteur de découvrir cet univers parallèle, en décryptant à partir des mots lus ce qui se cache sous leur surface, comme il le fait brillamment dans son livre.


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