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MessagePosté: 05 Aoû 2023, 14:32 
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Dans une petite ville du Mississippi, un crime vient d'être commis. L'adjoint du shérif arrête un inconnu assis dans le hall de la gare. Il est directement accusé du meurtre : il est Noir et a beaucoup d'argent sur lui. Après vérification de son identité, il s'avère que cet homme est Virgil Tibbs, un policier, membre de la brigade criminelle de Philadelphie. Son supérieur lui ordonne alors de rester à Sparta et de collaborer avec le shérif Gillepsie pour retrouver le meurtrier en question.

Ah ouais, Oscar du meilleur film, carrément...

Après, le film est bien, vraiment.

SPOILERS

Au sujet du Kid de Cincinnati, auquel je reprochais qu'il ne se passait rien, quelqu'un m'a répondu "pur film d'ambiance". Je ne sais pas si c'était vraiment le but mais à mes yeux, ça ne prenait pas. Ici, c'est le cas. Toute l'intro (passé un générique sur une chanson de Ray Charles écrite pour le film et dont le ton me paraît hors sujet) prend son temps pour poser son décor, ce sud des Etats-Unis que tu sens poisseux, à la fois dans le temps qu'il fait, reflété par la sueur constante sur le visage des personnages (ou alors l'ai-je imaginé?), et dans le contexte, encore bien raciste. Le noir a beau être gradé et en costard, tu sens qu'il est pas à l'abri.

Dans un premier temps, c'est un régal de le voir prendre le dessus sur tous ces gens qui le voient comme un criminel ou un sous-homme, culminant dans cette scène où un riche suspect le gifle et se prend instantanément une gifle identique de sa part en retour. C'est pas de la Blaxploitation mais c'est limite Django Unchained avant l'heure. C'était une première pour un film mainstream US à l'époque et ça sent encore. La vengeance est palpable. Mais, et c'est là que le film m'a vraiment surpris, ça donne lieu à deux superbes moments : le fameux riche qui se met à pleurer une fois les flics partis, tu sens vraiment l'humiliation, et surtout la réplique du shérif blanc au flic noir - Poitier et Steiger sont très bien en proto-dynamique de buddy movie - lorsque ce dernier insiste pour continuer l'enquête après cette rébellion qui le met en danger, "You're just like us."

C'est en constatant sa pugnacité dans ce qu'elle peut avoir de plus petitement personnel que le blanc réalise que les noirs sont comme eux, qu'ils peuvent faire montre de cette même mesquinerie on ne peut plus humaine. Et en même temps, ça transporte le film au-delà d'une simple question de racisme, il s'agit plus largement d'une opposition entre héritiers des Yankees et des Confédérés (le noir vient de New York alors que les racistes qui le pourchassent ont tous des caisses avec le drapeau confédéré en guise de plaque d'immatriculation) et plus largement encore d'une lutte de classes (le flic éduqué condescendant vs les pieds nickelés de la police locale, la victime est un riche investisseur venu d'ailleurs, le shérif est du sud mais nouveau en ville).

Même si la résolution de l'enquête peut présenter un caractère un peu décevant, elle est porteuse de sens dans sa révélation que les préjugés, d'un camp comme d'un autre, brouillent les esprits. Et l'écriture parvient habilement à tourner ça de manière à ce que ça fasse pas d'équivalence morale malhonnête.

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MessagePosté: 28 Juil 2026, 10:04 
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(elle tape cette affiche)

ouais.

y a vraiment deux films en un.

le premier c'est le plus célebre, c'est celui dont parle ff, et c'est ce qui justifie (explique) son statut et ses accolades. c'est à la limite du film safari mais c'est une plongée dans le mississipi hardos des années 60. c'est une évocation des multiples fractures des usa - raciales, évidemment; culturelles (on a vraiment la base des trumpistes vs bastions éduqués démocrates); territoriales; économiques (les flics pas payés pareil dans tous les états !). ça a été commenté en long en large et en travers, ff dit ce qu'il y a à dire.

et puis il y a le deuxième film, c'est à dire le polar, et là... j'étais assez surpris que ce soit dans l'absolu digne d'une série télé ? un petit case of the week ? avec un meurtre un peu pourri, une enquête pas très sophistiquée, une résolution vaguement pourrie ? les incontournables du genre ? et même une mise en scène qui faisait sérieusement série télé parfois.
parce que dans l'absolu, un meurtre dans une petite ville avec un sherif complètement nul prêt à arreter le premier venu et à ses côtés un enquêteur de l'exterieur hyper efficace qui regle l'affaire, révélant les petits secrets locaux bah... c'est arabesque, quoi...

alors la questions c'est lequel est le vrai film et lequel est le pretexte ? clairement la postérité a choisi, faisant largement semblant de ne pas voir que l'intrigue policière est vaguement nulle.
mais bon, dans le dossier d'accusation il y a les deux suites et... la série télé. qui eux, si je comprends bien, sont 100% petit polar avec enquêteur mega efficace. et dans ces trucs là l'enquêteur a toujours sa particularité - columbo a l'air d'un glandu, monk a des toc, jessica est une petite retraitée, et puis là il est dans noir.
donc cet aspect-là est bien écrit et integré dans le film, mais j'avais au fond de moi l'hypothèse que c'était un peu un driving miss daisy / green book / crash, melodrames pourris mais on récompense le truc antiraciste, là c'est la même chose en version polar.

mais j'étais content de le voir, dans la salle 2 du louxor que je ne connaissais pas et qui est sympa, mais dans une restauration affreuse, les américains sont moins bons que nous dans les restaurations et veulent vraiment donner une gueule 100% numérique et ça donne un résultat vraiment laid.


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MessagePosté: 06 Sep 2026, 10:40 
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Inscription: 27 Déc 2018, 23:08
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C'est vrai que c'est un film bifide. IJames Baldwin, qui lui a consacré un beau et exact texte, le formule bien.
Il est composé d'élément qui séparément sont séduisants et fonctionnent bien. Il y aussi un contraste intéressant entre la situation, le Sud profond et réactionnaire, et une stylisation moderne (les couleurs Pop Art qui pêtent, les recadrages , le zooms et les discrètes accélérations, comme sur le feu rouge de la voiture de Warren ates au moment où il voit lee meurtre, la superbe musique de Quncy Jones, l'interrétation 5 étoiles, mêlant vérisme sociologique, aisie du présent et violence chorégraphique - par ailleurs on rmarque que le monteur est Hal Ashby, dont les films sont une forme de dépassement et d'approfondissement de celui-ci), mais cette modernite formellement élégante est aussi le point de vue Nord progressiste opposé au Mississippi, elle représente de manière valorisante le spectateur à la fiction (en sens inverse), et relie la critique politique au fait de donner une valeur esthétique à un monde trop arriéré pour en avoir une.

Car malgré la précision des annotations psychologiques et la vivacité formelle, l'intrigue est échevelée et prétextuelle, paresseuses et bâclée. il y a tout un pan du dénouement qui ne tient pas et m'a largué
Est-ce que Warren Oates a vraiment pris les 600$ de Colbert quand il a découvert le cadavre ? Mais alors pourquoi l'assassin réel le frère de la fille, ne les a pas pris pour payer l'avortement ? Le meurtre n'a plus de mobile. Et pourquoi le troisième gars, le marginal du coin, a aussi l'argent ? Et qui est le mec que l'assassin descend à la fin, qui divertit le coup mortuel destiné à Poitier ? Le père de l'enfant de la fille ? Donc Colbert ne connaissait pas la fille, mais que foutait-il dehors à minuit ? Ils se seraient rencontrés chez la prostituée-avorteuse ? Et comment l'assassin pouvait être à la fois au Drive In avec Oates et en train de déplacer le cadavre en pleine ville ? Et comment il a géré les clés et le parkage de la voiture du mort ?
.
Cette absence de mobile affaiblit le propos antiracise du film, car il n'est pas dialectisé mais il est énoncé et connu dès le début. Il est juste assumé par le village, mais comme une honté équivalente à un autre meutre carthasi (presuque un suicide sans affct) que le film invente de façon imprivisée et boiteuse.

Le film emprunte de nombreux traits de L'assasssin qui est en moi de Jim Thompson (également une histoire de flic sudiste), mais sous une forme affadie et paresseuse, trop explicitement paresseuse. Le flic Gillepssie (très bon Rod Steiger) fonctionne exactement avec Sidney Poitier comme le Bob Maples du livre. L'usage de la discréationnaire de la cellule de police (plus elle est modeste plus elle peut être détournée en levier de pression) et la volonté de se trouver un faux coupable, mais issu de la communauté (et avec lequel on peut négocier un prix), par des billets marqués ou un portefeuille est aussi reprise au roman de Thompson, tout comme le fait de mettre le flic dont on doute directement dans la cellule de ce faux supsect, pour qu'is se neutralisent mutuellement. Mais cela met Poitier dans la position de Lou Ford, le flic noir est l'apparence de vertu que le flic blanc n'arrivait pas à simuler. Et l'un est justifié par sa compétence comme 'l'autre l'est pas le savoir qu'il a de son sadisme.
Mais les bons sentiments du film, à l'inverse du cynisme et du baroque de Thompson, indiquent une limite du propos politique : dans le film, ce qui est gêné par la grossièrete du racisme sudiste et le considère comme un scandale n'est pas la société, mais plutôt et uniquement les institutions : l'état avec sa fonction régalienne - le chemin de croix intiatique, la thématique de la honte, de la tentation morale et de la conversion à l'autre qui les neutralise, le risque d'oprobe publique sont entièrement assumés par les flics blancs (Oates et Steiger). La part sociologique du film tient dans la critique qu'ils font de leur lâcheté. Ils sont édifiés à la place du spectateur en somme, leur faillibilité le protège.

Badwin parle assez négativement du film, et pointe bien le ridicule de certains situations (un policier noir du Sud qui attend un train à 4h du Matin dans le Sud, c'est à dire qui ne sait rien de la ségrégation qu'il va pourtant confondre - en creu le moindre savoir préalable, parce qu'il est une réalité sociale, le condamnerait à être une victime et le déposséderait de ses atributs moraux, et le film se contredirait, il montrerait à la foix au spectateur l'archaïsme du Sud, devenu cause nationale, et le fait que sa violence n'a pas d'extériorité), mais remarque finement que le professionnalisme de l'interprétation, la franchise des situations sexuelles (la séduction de Poitier sur Steiger au premier chef, dans la scène de cuite), correspond à ce qu'il appelle une soif commune d'amour et de libération malgré tout. Mais la situation de racisme est critiquée tout en gardant en conservant en permancence son caractère incompréhensible et cryptique - et le plan sociologique est alors celui qui recommence sans cesse, les formes plutôt que le contenu d'une éternelle violence et d'une immédiate honte.

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je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


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