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MessagePosté: 22 Mar 2026, 23:24 
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Tu rentres dans la salle un peu méfiant sur ce film de 3h20 sur un collaborateur et au bout d'une heure et demie, tu te dis, vivement qu'on invente la streptomycine et le reste. Je me plaignais que Marty Supreme soit vaguement révisionniste mais putain, ce film. Le "il nous reste le cinéma". Il y a pas un gramme de cinéma dans ce film et ce traitement empesé de l'histoire, avec une voix off déversée d'une voix monotone, c'est à se flinguer (voix off qui cite presque textuellement, au passage, la page wikipédia de Léonide Moguy, et ça fait bien maladroit oué), qui elle-même cite peut-être textuellement le livre publié à L'Harmattan qui lui a été consacré).
Deux exemples, Jean Luchaire traite dans le film Céline d'"agité du bocal", surnom réservé par l'écrivain collaborateur à Jean-Paul Sartre dans un pamphlet de 1948. Sartre, dont le mot célèbre sur l'occupation, jamais aussi libre que sous celle-ci, se retrouve dans la bouche de Corinne, complètement vidé de son sens.
Par ailleurs, je sais qu'il faut se méfier des photos mais comparez cette photo prise dans un article de Match et le passage qui correspond dans le film :

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Au moins ça m'a rappelé que je voulais lire Marie Chaix et ça m'a donné envie de lire les mémoires du père Luchaire (celui qui était remarié à Antonina).


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MessagePosté: 30 Mar 2026, 17:10 
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J'ai pas réussi à garer mon Vélib donc j'ai raté les premières minutes du film. En quelle année se passe l'intro ? Les années 50 ?

Bref je n'ai néanmoins eu aucun mal à entrer dans le film tant le concept m'a immédiatement saisi. Pour le coup est on direct dans mon wheelhouse: l'Histoire vue du point de vue moins connu, le "what if?" en mode qu'aurais-je fait à leur place, né en 17 à Leidenstadt tout ça, la anakinisation progressive des deux gentils...

On connait la WW2 sur le bout des doigts mais pourtant on a l'impression de vivre l'époque avec fraîcheur, sans doute grâce aux ponts qu'on ne peut s'empêcher de faire avec notre propre époque (Poutine je te vois). On constate comment l'enfer est pavé de bonnes intentions et le terme désormais légitimement toxique de Collaboration avec un grand C est ici une stratégie comme une autre, pas une immédiate et impardonnable compromission, mais une façon d’œuvrer au bien commun/essayer de survivre.

Epatant personnage que ce Luchaire. Je sais pas à quel point on colle au Luchaire historique mais à vrai dire je m'en fiche tant ce genre de mec tel que campé par Dujardin a clairement dû exister. La nuance est totale, les bonnes intentions du début, la prudence, les doutes, la mise en retrait plutôt que la protestation vocale, les "petits services" histoire de se racheter ; on est avec lui, on le comprend, il nous dégoûte, mais finalement on peine à le juger... D'ailleurs j'ai apprécié de ne suivre l'horreur de la guerre que du point de vue de Luchaire: les seules exactions qu'on verra à l'écran seront celles... de la Résistance.

Il m'a manqué par contre une charnière sur August Diehl, beau personnage dans le premier tiers mais j'ai du mal à saisir sa bascule.

Concernant le rythme, pendant les deux premières heures j'ai trouvé que ça filait et j'étais constamment dedans. Sauf que l'épisode (trop long mais superbement mortifère) du transfert des cendres aux Invalides + l'exil au sanatorium de Corinne m'ont semblé une bascule vers un troisième acte alors que... bah on est quasiment au midpoint. Du coup la troisième heure paraît bien longuette.

A part ça très bon casting de seconds rôles, de gens pas forcément connus. Corinne est super (son audition on dirait vraiment une ingénue des année 40, épatant). Et puis pauvre Vincent Colombe quand même, complice de violeur dans REVENGE, assistant de Weinstein dans THE SUBSTANCE, désormais collabo...

De par sa durée excessive conduisant à une dernière heure dissolue, le film passe à côté du statut de chef d’œuvre que j'ai plusieurs fois songé à lui attribuer. Mais j'ai néanmoins trouvé ça hyper fort, bien mieux que BON VOYAGE ! ou LAISSEZ-PASSER (pour reprendre d'autres fresques populaires "récentes").

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Liam Engle: réalisateur et scénariste
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MessagePosté: 30 Mar 2026, 18:58 
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Vaut mieux l'avoir en journal
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D'ailleurs, en parlant de Corinne... Pendant tout le film, je me demandais où j'avais déjà vu cette actrice. Nulle part (sauf de loin dans Annette), c'est juste qu'elle ressemble à sa mère, Katia Goloubeva.

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Que lire cet hiver ?
Bien sûr, nous eûmes des orages, 168 pages, 14.00€ (Commander)
La Vie brève de Jan Palach, 192 pages, 16.50€ (Commander)


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MessagePosté: 30 Mar 2026, 22:06 
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elle a une voix incroyable


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MessagePosté: 31 Mar 2026, 07:47 
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D'ailleurs très déçu d'apprendre que c'est une énième "fille de". Je me disais "Oh c'est cool, Giannoli donne sa chance à des inconnues"... Ceci dit le reste du casting n'est pas all-star donc c'est cool.

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MessagePosté: 31 Mar 2026, 09:54 
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Qui-Gon Jinn a écrit:
J'ai pas réussi à garer mon Vélib donc j'ai raté les premières minutes du film. En quelle année se passe l'intro ? Les années 50 ?

Bref je n'ai néanmoins eu aucun mal à entrer dans le film tant le concept m'a immédiatement saisi. Pour le coup est on direct dans mon wheelhouse: l'Histoire vue du point de vue moins connu, le "what if?" en mode qu'aurais-je fait à leur place, né en 17 à Leidenstadt tout ça, la anakinisation progressive des deux gentils...

On connait la WW2 sur le bout des doigts mais pourtant on a l'impression de vivre l'époque avec fraîcheur, sans doute grâce aux ponts qu'on ne peut s'empêcher de faire avec notre propre époque (Poutine je te vois). On constate comment l'enfer est pavé de bonnes intentions et le terme désormais légitimement toxique de Collaboration avec un grand C est ici une stratégie comme une autre, pas une immédiate et impardonnable compromission, mais une façon d’œuvrer au bien commun/essayer de survivre.

Epatant personnage que ce Luchaire. Je sais pas à quel point on colle au Luchaire historique mais à vrai dire je m'en fiche tant ce genre de mec tel que campé par Dujardin a clairement dû exister. La nuance est totale, les bonnes intentions du début, la prudence, les doutes, la mise en retrait plutôt que la protestation vocale, les "petits services" histoire de se racheter ; on est avec lui, on le comprend, il nous dégoûte, mais finalement on peine à le juger... D'ailleurs j'ai apprécié de ne suivre l'horreur de la guerre que du point de vue de Luchaire: les seules exactions qu'on verra à l'écran seront celles... de la Résistance.

Il m'a manqué par contre une charnière sur August Diehl, beau personnage dans le premier tiers mais j'ai du mal à saisir sa bascule.

Concernant le rythme, pendant les deux premières heures j'ai trouvé que ça filait et j'étais constamment dedans. Sauf que l'épisode (trop long mais superbement mortifère) du transfert des cendres aux Invalides + l'exil au sanatorium de Corinne m'ont semblé une bascule vers un troisième acte alors que... bah on est quasiment au midpoint. Du coup la troisième heure paraît bien longuette.

A part ça très bon casting de seconds rôles, de gens pas forcément connus. Corinne est super (son audition on dirait vraiment une ingénue des année 40, épatant). Et puis pauvre Vincent Colombe quand même, complice de violeur dans REVENGE, assistant de Weinstein dans THE SUBSTANCE, désormais collabo...

De par sa durée excessive conduisant à une dernière heure dissolue, le film passe à côté du statut de chef d’œuvre que j'ai plusieurs fois songé à lui attribuer. Mais j'ai néanmoins trouvé ça hyper fort, bien mieux que BON VOYAGE ! ou LAISSEZ-PASSER (pour reprendre d'autres fresques populaires "récentes").


C'est quand même un film qui dépolitise et sentimentalise son sujet donc qui, quelque part, passe à côté.
Oui, Luchaire n'était sans doute pas un antisémite convaincu mais il est malhonnête de le présenter dubitatif quant au statut des Juifs dans une conférence de rédaction des Nouveaux temps alors que le journal n'a eu son premier numéro qu'un mois après le statut. C'est un mensonge qui vise à nous rendre Luchaire abusivement sympathique. Mais à l'automne 40, le grand sujet qui agite l'opinion, c'est la guerre et l'éventuel retournement d'alliance, bien plus que le statut des Juifs. C'est pour ça que Pétain boude la cérémonie de remise des cendres du duc de Reichstadt, c'est parce qu'il vient de virer Laval qui était allé trop loin dans la collaboration en suggérant l'alliance militaire avec l'Allemagne, contre l'Angleterre. Cela, qui aurait véritablement révélé non les "nuances" mais la complexité de la dynamique de la Collaboration, n'est évidemment pas dit dans le film donc l'absence de Pétain, et le fiasco de cette cérémonie, n'apparaît pas clair.
D'une façon générale, l'absence de Laval dans le film est préjudiciable car Luchaire a longtemps été son homme, avant que cela ne s'inverse quelque peu. Il est dommage de ne pas avoir montré la scène de juillet 40 -inaugurale, authentique et très cinégénique- où Laval lui remit de l'argent en liquide pour aller jouer les émissaires auprès d'Abetz. De façon générale, Luchaire est montré comme beaucoup trop passif alors qu'avec les autres ultras de Paris, il faisait pression sur le gouvernement de Vichy pour davantage de collaboration, allant jusqu'à réclamer (sans succès) le renvoi de Laval aux autorités allemandes. Il aurait été très intéressant, ne serait-ce que pour la dramaturgie, de montrer comment ce pacifiste s'est non seulement résolu à la collaboration avec l'Allemagne nazie (ce qui peut se comprendre par pacifisme justement) mais aussi, plus ahurissant, au soutien de l'Allemagne dans sa guerre, allant jusqu'à faire partie du comité d'honneur de la LVF. Là, on ne le voit pas du tout, on voit juste un hédoniste à la ramasse qui cherche à oublier dans des scènes d'orgies répétitives. Et on le voit aussi cracher, avec gros plans dégueulasses et répétés sur ses glaires. Au cas où on aurait pas compris qu'il s'abîme moralement en même temps que physiquement...Après avoir provoqué, en se focalisant sur la maladie et la relation avec sa fille, beaucoup d'empathie pour Luchaire, Gianolli ne retombe sur ses pattes qu'avec le réquisitoire de Torreton qui vient comme un cheveu sur la soupe mais s'assure que le spectateur pense bien ce qu'il faut penser en sortant du film (alors qu'un procès se clôt toujours par la plaidoirie de l'avocat).
Bref, l'ambition est louable mais la "grande fresque de la collaboration" se réduit à un drame entre un père et sa fille faute de profondeur (toute les scènes sont lisses, il n'y a jamais de trouble ou d'opacité, ce qui est un comble vu le sujet). Cela ne nécessitait peut-être pas 3h. Mais Katia Gobuleva est en effet une révélation: ce n'est pas rien d'incarner une star ayant existé et elle s'en sort haut la main, presque à la hauteur de son fascinant modèle.


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MessagePosté: 31 Mar 2026, 10:20 
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Merci, hallucination collective sur ce film qui montre que la mémoire de la période est toujours pétainiste, after the fact.
Giannoli, tout à son cinéma, s'est laissé enferrer dans l'idée que l'époque ressemblait aux mélodrames de Moguy, alors qu'elle était plus proche des comédies de Tourneur.
Il filme la veulerie de la collaboration comme l'Apollonide alors que la gauloiserie et la médiocrité guillerette seraient plus appropriées et moins indécents.


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MessagePosté: 31 Mar 2026, 11:25 
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MackieBanafoufPepito a écrit:
le réquisitoire de Torreton qui vient comme un cheveu sur la soupe mais s'assure que le spectateur pense bien ce qu'il faut penser en sortant du film
Oui d'ailleurs j'ai trouvé ce réquisitoire quelque peu anachronique dans son ton, les arguments avancés. Parlait-on autant de la déportation à l'époque ? Des "salauds" ? Le registre n'était-il pas davantage celui de la trahison à la Nation ? On dirait un speech des années 80.

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MessagePosté: 31 Mar 2026, 11:50 
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Le spécialiste (autoproclamé) es anachronismes dans le langage s'interroge sur le seul truc sans doute à peu près sourcé du film.
Alors que le début, les anachronismes abondent tandis que le film chercher lourdement à jeter des ponts avec le présent : rappelons que le terme extrême-droite n'a commencé à avoir d'usage courant qu'après la guerre.
Cela dit, t'as pas tort, et je me faisais aussi la réflexion, trouvant comme MackieBanafoufPepito le réquisitoire postiche, commode, et sonnant en partie faux. Les salauds dont les mots arment les bras des imbéciles serait récent un mot de Charles Dantzig.
Bien sûr, c'est repris par la presse paresseuse, comme un authentique extrait du réquisitoire de Lindon (grand-père de).


Dernière édition par bmntmp le 31 Mar 2026, 12:11, édité 1 fois.

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MessagePosté: 31 Mar 2026, 12:10 
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Qui-Gon Jinn a écrit:
MackieBanafoufPepito a écrit:
le réquisitoire de Torreton qui vient comme un cheveu sur la soupe mais s'assure que le spectateur pense bien ce qu'il faut penser en sortant du film
Oui d'ailleurs j'ai trouvé ce réquisitoire quelque peu anachronique dans son ton, les arguments avancés. Parlait-on autant de la déportation à l'époque ? Des "salauds" ? Le registre n'était-il pas davantage celui de la trahison à la Nation ? On dirait un speech des années 80.

évidemment. Comment ne pas tiquer devant le terme "nauséabond" placé dans la bouche d'un personnage de l'époque?
Le film est bourré de ces anachronismes, plus ou moins déterminants, mais qui font tous tendre le film vers la leçon d'éducation civique, fatalement révisionniste.


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MessagePosté: 31 Mar 2026, 12:18 
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bmntmp a écrit:
Merci, hallucination collective sur ce film qui montre que la mémoire de la période est toujours pétainiste, after the fact.
Giannoli, tout à son cinéma, s'est laissé enferrer dans l'idée que l'époque ressemblait aux mélodrames de Moguy, alors qu'elle était plus proche des comédies de Tourneur.
Il filme la veulerie de la collaboration comme l'Apollonide alors que la gauloiserie et la médiocrité guillerette seraient plus appropriées et moins indécents.

Il faudrait un équivalent français de Risi ou Monicelli pour filmer Vichy puis Sigmaringen (qui fut comme la caricature dérisoire et grotesque de Vichy).


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MessagePosté: 31 Mar 2026, 12:29 
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bmntmp a écrit:
rappelons que le terme extrême-droite n'a commencé à avoir d'usage courant qu'après la guerre.
Justement je me suis posé la question en l'entendant dans le film.

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MessagePosté: 01 Avr 2026, 12:08 
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je lis "pourquoi les intellectuels se trompent" de samuel fitoussi, en ce moment.
sa théorie est que l'intelligence ne permet pas de prendre les bonnes décisions / d'adopter des croyances justes, mais simplement de savoir les défendre, savoir argumenter en leur faveur, de construire un raisonnement en leur faveur.
et donc : mais d'où vient la décision / la croyance à la base ? il y a un fond d'inclination naturelle évidemment, mais les individus naissent dans des époques, des lieux avec des contextes tellement différents, qui induisent des comportements tellement radicalement différents, et le tout avec un cohérence de groupe à chaque fois, que c'est un peu regarder voler des coquecigrues que de s'imaginer que c'est le fond de ton âme qui te pousse à penser telle ou telle chose.
non, il dit qu'en gros, l'homme - quelles que soient les circonstances et quelle que soit l'époque - se préoccupe de sa survie et de son confort. et donc à une époque où c'était très concret de lutter pour sa survie, c'était plus simple. de nos jours, l'équilibre est plus complexe. on protège son confort social, qui nous fournit ensuite notre cadre émotionnel et professionnel, etc. et donc, on adopte les convictions de son environnement, celles qui protège notre confort, qui nous permettent de prospérer dans nos domaines prioritaires.
(il fait une parenthèse sur le fait que de nombreuses professions intellectuelles ont la particularité de ne pas avoir à subir les conséquences de leurs convictions. il prend l'exemple d'un boulanger : il n'a pas le loisir de croire n'importe quoi à propos de la fermentation de son pain : le pain sera raté et dégueu, il ne le vendra pas et fera faillite. alors qu'un éditorialiste, un économiste, un juge et que sais-je peut croire et défendre des choses absurdes, l'effet sera dilué dans la société et dans le temps, il n'en subira jamais vraiment les conséquences.)

j'ai pensé très fort à tout ça en voyant le film, évidemment.

que ce soit avec le parcours de luchaire lui-même, pas un monstre, pas un salaud, un type avec des convictions initiales qui s'entendent, avec un comportement qui peut se comprendre.
et l'anachronisme du réquisitoire me semblait volontaire, pour le coup - encore plus joué par un acteur célebre pour ses envolées lyriques de gauche morale et ses pétitions signées à tour de bras. et à travers ce réquisitoire juste après les faits (qui m'a rappelé le réquisitoire vibrant que j'avais vu de philippe courroye au procès du violeur de tinder - et je pensais au nombre de procédures sexuelles qu'il a dû classer au cours de sa longue carrière...), et avec cet anachronisme qui me semble vouloir pointer notre regard actuel sur la période et sur ces comportements. j'ai bien souvent pensé que bien naturellement, aujourd'hui tout le monde hait le nazisme et la collaboration, mais que nous serions nés à cette époque nos comportements et convictions auraient été bien différentes, forcément.
bref, on pense et on fait selon les circonstances et selon nos intérets, selon nos qualités et nos défauts, et l'absolutisme moral est un exercice fort périlleux. c'est une conviction intime et profonde à moi, et c'est je crois le coeur absolu du film, à travers quelque chose qui nous paraît aujourd'hui profondément indéfendable. et il ne le défend d'ailleurs pas. il n'excuse pas. il n'explique même pas vraiment non plus. il accompagne juste un mec en train de faire ça et puis quand tu filmes avec assez d'honnêteté et de proximité n'importe quel être humain ce sera forcément dévastateur et touchant, parce que nous sommes des créatures à la fois spectaculaires et pathétiques.

j'adore.

et le tout avec un niveau de filmmaking à se taper la tête contre les murs. avec une débauche de pognon qui ouvre la voix à une mise en scène qui n'est juste pas de la même planète que le tout venant du cinéma mondial, comme les trucs américains les plus spectaculaire. la vie dans chaque scène, c'est juste un truc de fou. chaque figurant est magnifiquement choisi, tête parfaite. chaque costume, chaque bout d'endroit. la vie nait dans une pièce et il vient capter le truc. le découpable est libre, il créé la vie à travers des plans courts, vivants, qui voient et regardent et montrent quelque chose. le dialogue entre le filmage et le montage est parfait, une mise en scène qui nait à chaque étape vraiment pour faire un tout au style personnel. l'image est splendide, la texture, les choix de photo sur le plateau, l'étalonnage. il y a 3-4 scènes ratées, des scènes de dialogues avec des mises en place les plus plates. mais tout le reste, le niveau de vie est incroyable, dans ce récit qui ressemble à une roue, vraiment une sensation de vie là encore extraordinaire, les évènements qui s'enchaînent et se provoquent et se mélangent dans une chronologie un peu floue - combien de temps se passe entre les choses ? on sait pas toujours définir précisément, comme dans la vie.

avec jean dujardin, stratosphérique lui aussi. après l'homme qui retrécit, je confirme que je stanne, une movie star incroyable, charismatique 40000, à l'aura incroyable, qui est et joue en même temps, à la distance parfaite de l'homme et du salaud. vraiment, le mec est désormais au niveau des grandes légendes du cinéma français. j'espère qu'il va vraiment arrêter ses choix débiles et ne plus faire que ça, il a encore quelques années pour sauver sa filmo et avoir une poignée de films à la hauteur de ce qu'il est maintenant. celui-là est de toute façon son monument.

j'ai adoré, vraiment. immense film, j'ai adoré.


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Citation:
je lis "pourquoi les intellectuels se trompent" de samuel fitoussi, en ce moment.
sa théorie est que l'intelligence ne permet pas de prendre les bonnes décisions / d'adopter des croyances justes, mais simplement de savoir les défendre, savoir argumenter en leur faveur, de construire un raisonnement en leur faveur.
et donc : mais d'où vient la décision / la croyance à la base ? il y a un fond d'inclination naturelle évidemment, mais les individus naissent dans des époques, des lieux avec des contextes tellement différents, qui induisent des comportements tellement radicalement différents, et le tout avec un cohérence de groupe à chaque fois, que c'est un peu regarder voler des coquecigrues que de s'imaginer que c'est le fond de ton âme qui te pousse à penser telle ou telle chose.
non, il dit qu'en gros, l'homme - quelles que soient les circonstances et quelle que soit l'époque - se préoccupe de sa survie et de son confort. et donc à une époque où c'était très concret de lutter pour sa survie, c'était plus simple. de nos jours, l'équilibre est plus complexe. on protège son confort social, qui nous fournit ensuite notre cadre émotionnel et professionnel, etc. et donc, on adopte les convictions de son environnement, celles qui protège notre confort, qui nous permettent de prospérer dans nos domaines prioritaires.
(il fait une parenthèse sur le fait que de nombreuses professions intellectuelles ont la particularité de ne pas avoir à subir les conséquences de leurs convictions. il prend l'exemple d'un boulanger : il n'a pas le loisir de croire n'importe quoi à propos de la fermentation de son pain : le pain sera raté et dégueu, il ne le vendra pas et fera faillite. alors qu'un éditorialiste, un économiste, un juge et que sais-je peut croire et défendre des choses absurdes, l'effet sera dilué dans la société et dans le temps, il n'en subira jamais vraiment les conséquences.)


Wowowow. Si l'intention sociologique a l'air louable (bien sûr que le libre arbitre est extrêmement limité voire censuré par nos conditions matérielles d'existence), dire juste que "l'intelligence" ne permet que des justifications et des usages fumistes, et que les "intellectuels se trompent", ça m'a tout à l'air d'être une énième attaque en règle contre la pensée dans une époque qui en déborde (mais le mec est visiblement quasi d'extrême droite?? si je fais une rapide recherche). Puis bon le concept d'intelligence est tellement vaste, les meilleurs spécialistes ne savent pas vraiment dire ce que c'est pour sûr, comme en témoigne le débat sur l'IA, c'est périlleux tout ça.

et quand j'accole ceci
Citation:
et le tout avec un niveau de filmmaking à se taper la tête contre les murs. avec une débauche de pognon qui ouvre la voix à une mise en scène qui n'est juste pas de la même planète que le tout venant du cinéma mondial, comme les trucs américains les plus spectaculaire.


on n'a vraiment pas la même conception des choses, le pognon qui achèterait une mise en scène d'une autre planète :shock:
Mais c'est en ligne avec le reste de tes goûts qui sont généralement assez opposés aux miens, donc d'une certaine manière c'est rassurant - pour toi aussi sans doute.
Je ne te connais pas donc ne le prends pas mal et je peux me tromper complètement sur ton compte mais franchement ton message m'a fait bondir. (oui j'ai pas vu le film et je n'irai pas, mais ton message parle pour lui)


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