Tetsuo a écrit:
Dans le cas des films X (car c'est de ça que tu parles) on jouit de ce qui nous est montré mais pas de comment on nous le montre.
Peut-être que tu peux bander sur n'importe quel bout de chair filmé, pas moi.
Citation:
Je ne suis pas certain qu'on n'est pas à ressentir une certaine jouissance devant cette séquence (c'est mon cas) ni un certain voyeurisme et je me demande ce que tu entends par "Hitchcock par exemple reprend ni plus ni moins le découpage d'une séquence de cul" ?
Je crois que la jouissance est hors propos, franchement... c'est un meurtre, l'un des plus traumatisants du cinéma. Je ne crois pas non plus que les gens qui ont découvert
Jaws ont ressenti de l'excitation pendant la séquence d'ouverture... S'il y a de la jouissance, à la rigueur, c'est lors d'un second niveau de lecture, pour les wannabe réalisateur qui sont émerveillés devant la mise à mort telle que le montre un maître, comme un étudiant en médecine pourrait s'émerveiller de la dextérité de son chirurgien de professeur... Et pas de voyeurisme non plus, on ne voit rien du corps de Janet Leigh, ce n'est pas le propos.
Citation:
Qu'il reprend le découpage d'un film X (ce qui me semblerait bizarre) ? Qu'il assimile par le biais du montage le meurtre à un acte sexuelle (ce en quoi je suis daccord, et c'est pour ça que je trouve cette scène géniale) ?
Je ne parlais pas de lecture analytique, qui bien évidemment, et comme la plupart des meurtres mis en scène de façon fractionnée et progressive, peut être rapproché d'un acte sexuel. Je parlais du découpage. Et encore je pense avoir exagéré puisqu'à aucun moment le couteau ne touche la chair de Janet Leigh. Je parlais en terme d'accélérations de gros plans à deux matrices (ce qui définit généralement une scène de sexe d'un film pornographique).
Citation:
Et bien moi je pense que tout ce que l'on peut faire, dire ou penser est significatif de quelque chose. Tout comme la manière de filmer. Tout comme la manière de monter. Il y a un an, je n'en étais pas certain, maintenant j'en suis sûr. Tu parles du sens d'une scène comme de quelque chose de prédéfinie, mais c'est le découpage et la mise en scène qui va lui donner du sens. J'ai du mal à comprendre cette différenciation...
Disons qu'il y a plusieurs vérités. Celle du réalisateur, et celle du spectateur. Nos visions se rejoignent sur la seconde, mais sur la première, je suis très prudent, beaucoup plus que toi. Tu n'hésites pas à faire des hypothèses sur la vérité du réalisateur à partir de la tienne, or c'est quelque chose que je ne me permets pas de faire. Je trouve que c'est un raisonnement faux à la base, qui ne peut que donner du faux au résultat. Cela a même tendance à m'agacer, parce que cela fait parler les auteurs comme s'il y avait une certitude... J'avais déjà développé ce penchant dans la section
Munich, on ne fait que se répéter décidément. Pour découvrir la vérité du réalisateur, ou en tous cas tenter de s'en approcher, je préfère me mettre à sa place et réfléchir à partir des mêmes éléments que lui (scénario, mise en scène, photographie etc.) et voir si je pourrais trouver mieux, plus simple, plus signifiant etc.
Voilà ce que j'avais écrit sur ta façon d'analyser les choses :
Ca c'est un peu symptomatique de ton approche, je trouve. Tu parles de 'porte ouverte' comme si Spielberg développait une argumentation, comme si un film était nécessairement un plaidoyer, ou un recueil d'intentions et d'opinions. Comme si le sens d'une scène était le but final. Spielberg a un point de vue, des opinions, mais ce n'est pas le sujet ou la finalité que de les exposer dans son film. Il raconte une histoire, développe ses personnages avant tout, avec son regard. C'est-à-dire que tu ne commences pas l'écriture ou le tournage d'une scène en te fixant un but sensique. Ton unique but est avant tout la cohérence, l'honnêteté, la crédibilité, la sincérité. Le sens est implicite et même parfois prodondément enchevêtré dans le corps de la scène, parfois même à ton insu, ou de façon inconsciente. Tu ne tournes pas en disant : "ok les gars, c'est la scène où il réalise à quel point la violence détruit les âmes et contamine tout !". Tu ne l'écris pas non plus dans cette optique. C'est une analyse post-création.
Et je pense que cette analyse peut s'avérer intéressante, je pense même qu'il est bon parfois, pour certains films, de plonger dans la théorisation critique.
Mais pour moi la mise en parallèle avec les intentions de l'auteur est quelque chose de condescendant, et de vain tant c'est construit sur l'interprétation et la conceptualisation. Ce qui aurait un réel intérêt à mes yeux, ce serait une confrontation avec l'auteur. Que tu puisses en débattre directement avec Spielberg. Tu ne pourrais plus avancer dans la sur-interprétation comme tu as la mauvaise habitude - c'est mon avis - de le faire. Si tu lui disais "je n'ai pas aimé le moment où vous avez tenté de démontrer que la violence détruit les âmes dans cette scène d'amour", je pense qu'il t'arrêtrait tout de suite en répondant "c'est l'analyse que vous faites de la scène, et c'est intéressant, mais ce que je montre moi c'est un homme qui fait l'amour, et qui ne peut s'empêcher de repenser à toute les horreurs qu'il a vécues" etc etc...
Je pense qu'il y a plusieurs vérités sensiques. Celle de l'auteur, avant d'écrire la scène, soit les intentions (pas toutes conscientes). Celle du plateau avec les comédiens et la mise en scène (et le montage). Celle du spectateur. Je pense qu'il est bon pour l'auteur de ne pas se préoccuper de la présupposée vérité que ressentira le spectateur par exemple, mais de se concentrer sur la sienne de vérité, et de l'exprimer le plus sincèrement possible. De même le spectateur a tout intérêt à puiser l'argumentaire pour définir au mieux sa propre pensée, plutôt que de se perdre en élucubrations et interprétations gratuites sur la pré-supposée vérité de l'auteur à la création ou au tournage de la scène en question. La lecture de toutes ces vérités est intéressante, leur opposition m'apparait par contre comme une erreur.Ce à quoi tu avais répondu en substance :
Citation:
Pour moi l'opinion de Spielberg, tout ce qu'il pourra dire sur le film ne compte pas vraiment.
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Je ne fais que parler de ce que je vois, de ce que je constate. Et dans Munich, je vois des intentions, des prétentions même, qui vont bien au-delà de la simple envie de raconter une petite histoire sympathique.
Citation:
Un critique parle uniquement de son ressenti, donc, quelque part, de lui-même.
Donc c'est très bien, on a juste une vision diamétralement opposée sur la réception et la réflexion d'un film par le spectateur... lol
Citation:
Voilà d'où vient le problème : dans ton obstination à vouloir rester figé dans cette idée que la vision de Daney, Godard ou moi (quel trio !) relève d'une certaine rigidité inquisitrice et moralisante. Alors que non.
Oui c'est possible, beaucoup de ce que j'ai écrit dans cette section tourne autour de cette idée que tout est possible, tout est permis en première intention pour le cinéaste. Que ce qui est râté pour toi au résultat, à l'analyse, peut tout de même venir d'une erreur du metteur en scène, d'une maladresse sincère, d'une expérimentation plutôt que d'une intention délibérée de sa part.