jiko a écrit:
Du coup, la petite fille rouge, chez moi c'est un raccourci visuel poétique et saisissant, et puis aussi un gros violon racoleur très mal placé.
C'est aussi et surtout ce qui permet au personnage de Schindler de percuter de l'horreur à laquelle il participe. C'est le tournant du film. Jusqu'ici il profitait de la guerre, arborait le symbole du parti Nazi, exploitait les juifs comme des esclaves. Après la vision de cette petite fille en rouge qui erre dans le Ghetto, il fait un choix moral et décide de mettre un terme à sa vie égoïste. Je trouve que c'est une belle prise de conscience, parce que muette, et parce que le procédé scénaristique s'efface derrière le procédé technique de la couleur, qui porte en elle énormément de signifiance. C'est une idée visuelle évidente, à la puissance évocatrice tellement forte pour chacun, que ça peut paraître trop appuyé. C'est un peu l'éternel problème de Spielberg : il a du génie pour mettre ses émotions et ses idées en image, communiquer le tout au plus grand nombre, que ça semble trop facile, trop évident, parfois grossier. La grammaire qu'il invente est toujours reprise et pillée (pour le coup, un film comme
Pleasantville est même entièrement fondé sur cette idée), jusqu'à en devenir la norme (notamment dans le cinéma hollywoodien). Mais j'imagine que c'est le cas de beaucoup d'artistes fondateurs.
Sinon il existe un bouquin intitulé "
La petite fille au manteau rouge" d'une survivante du Ghetto de Varsovie, en référence au film de Spielberg, parce qu'elle se serait identifiée à la fillette pendant la vision du film.
A l'occasion, je tenterai.