Film Freak a écrit:
J'ai jamais joue aux jeux video, juste vu les pubs...le projet en soi ne m'attirait pas specialement a la base...avec Gans, c'est special...la premiere fois que j'ai vu Crying Freeman, j'ai trouve ca bof, plusieurs annees apres, j'ai trouve ca tellement bon qu j'ai achete le DVD...un peu plus tard, je l'ai revendu...Le Pacte des Loups...c'est special...c'est le film gravement sous influences, bourre de defauts, mais tres cool par moments...c'est un peu Les Chroniques de Riddick quoi...j'ai le DVD et je le vendrai pas...
Premiere surprise : les principaux defauts de son precedent film ont pour ainsi dire disparu...pas d'overdose d'effets de style superflus, pas 3 plans successifs sur un meme crucifix, pas de ralentis a outrance, etc...
Visuellement, le film est sublime. Sur ce point, je ne suis on ne peut plus d'accord avec Zad. Pour revenir a ce que je disais, concernant le projet, il n'a commence a m'interesser que tres tardivement...malgre la curiosite eveille par la presence d'Avary au scenar, ce n'est que recemment, en voyant les spot TV ici aux USA, que j'ai commence a anticiper la sortie...
Les creatures, les maquillages, les decors, meme la photo par moment...j'avais pas l'impression d'avoir vu ca 100 fois auparavant...c'est pas les mutants de La Colline a des Yeux dont certain pourraient avoir fait de la figuration dans Buffy...je sais pas lesquels sont directement tires du jeu, s'ils le sont, peut-etre le sont-ils tous, mais en tout cas, c'est un premier pas vers quelque chose de veritablement original...
Et sans jamais etre revolutionnaire, c'est pour moi le principal atout du film. Il y a non seulement l'idee derriere les creatures, mais aussi leur concretisation pour le film, puis leur exploitation a l'ecran, etc.
Y en a aucun pour lequel je me dis "ah il est juste la pour faire beau".
Ils ont tous un plus ou moins grand role a jouer dans le film et ca, c'est lie au deuxieme gros atout du film qui est la comprehension des codes du jeu video par Gans.
Le bonhomme joint le geste a la parole en prouvant icic qu'il savait de quoi il parlait dans le numero de Premiere de juin 99, a propos de Matrix.
Sans jamais etre trop appuye (a l'inverse d'un Doom dont les meilleures idees concernant la traduction d'un media a un autre sont tres litterales, ex : le plan FPS en camera subjective), le scenario marrie abilement une trme filmique avec l'evolution d'un jeu...
Ainsi le personnage va de lieu en lieu, consultant des cartes, suivant des indices, et traverse meme parfois des epreuves physiques, le tout comme on pourrait le voir dans un jeu video...la distinction entre les deux Silent Hill dans le film (vous verrez) symbolise egalement assez bien la istinction entre l'univers du jeu et le monde reel.
De ce point de vue-la, le film s'avere assez reussi et subtil.
Un exemple d'harmonie reussie entre deux regles des deux medias, cinema et jeu video, c'est par exemple une longue sequence d'explication (dont la seule maladresse sera d'etre trop longue, un des rares defauts du film) qui intervient donc comme tout autre sequence d'explication dans un film de ce genre mais egalement comme une cinematique dans un jeu video...le format choisi pour illustrer cette sequence (un faux 8mm facon images d'archive) represente la differenciation entre deux "modes de jeu" : le moment ou le protagoniste es actif, il joue, progresse, et le moment ou il est passif et regarde.
Le realisateur ne delaisse pas pour autant ses referents filmiques et adopte un autre code du genre par le biais de ses protagonistes feminins, victimes si cheres au cinema d'horreur...
Ici, les femmes ne sont pas juste des femmes mais des meres...et comme il est dit dans le film, une mere est comme Dieu aux yeux d'une enfant...pas etonnant d'apprendre alors qu'initialement, il n'y avait pas de personnages masculins dans le scenario...meme si dans la version finale, le contraste entre les deux genres est pas ininteressant...avec dans un monde, les femmes guides par leur instinct maternel qui cherchent a proteger leurs enfants, et dans l'autre, les hommes qui rationnalisent...
Je surinterprete peut-etre un peu mais le genre s'y prete allegrement...cf. Aliens.
L'ambiance generale est assez prenante et c'est la que je repondrais a Zad qui evoquait l'absence d'interactivite...comme je le disais dans ma critique de Resient Evil, effectivement, une adaptation de jeu video semble peu pertinente a partir du moment ou l'on perd le principal interet d'un jeu video qui est cette interactivite...du coup, tout ce qu'un film peut faire, et en particulier pour des jeux atmospheriques comme Resident Evil et Silent Hill, est de reproduire cette meme atmosphere a l'ecran de maniere a plonger le spectateur dans le meme etat d'angoisse qu'un joueur devant le jeu...question de sensibilite, moi j'ai bien accroche et je suis pourtant assez exigeant (pas de condescendance, c'est juste que j'ai rarement peur ou suis rarement pris par les films d'horreur) meme si le rythme peche un peu dans le dernier tiers qui urait pu etre ecourte.
Enfin bref...Gans, Laustsen et Tatopoulos se sont surpasses pour cette adaptation et signent un film d'horreur visuellement riche et inspire, pas flippant a proprement parler mais avec une bonne amabiance et quelques passages assez stressants.
5/6
Je ne saurais pas évoquer dans les détails la première fois que j'ai entendu la sirène du premier mercredi du mois mais la sensation de surprise et d'effroi à l'entente de ce son si étrange que je ne pouvais situer, identifier, comme le hurlement lent de souffrance d'une créature inhumaine, m'a toujours hanté.
La première fois qu'il résonne dans le film m'a renvoyé à ce ressenti enfoui, ancré dans ma chair et dans ma mémoire.
Dans ses meilleurs moments,
Silent Hill est un film de cette horreur-là, moins dans une mise en scène qui travaille la tension et la peur que dans une approche esthétique qui pèse, qui oppresse, avec son brouillard et sa neige de cendres, avec sa nuit qui tombe de façon inopinée, et jusque dans son bestiaire tchernobylo-clivebarkerien fait de bambins calcinés qui geignent ou de concierges SM échappés d'
Hellraiser.
Je ne sais quels monstres viennent du jeu et lesquels ont été imaginés pour le film mais ils forment une masse cohérente dans cette imagerie qui exulte le secret, sombre passé de la ville ou déviance psychosexuelle. Par le prisme de Gans, un réalisateur français qui adapte un jeu vidéo japonais sur une petite ville américaine, le récit revêt une dimension iconique assumée, avec son Histoire (la ville minière), ses archétypes viciés (les infirmières des années 50) et ses décors d'Epinal (l'école, l'église) et l'intrigue fonctionne largement sur la plongée dans une version cauchemardesque de cette iconographie, jusqu'à révéler les dérives des dévots.
Je suis vraiment admiratif, non seulement de l'incroyable plastique du film, mais de la capacité à embrasser pour de longs segments du film une narration muette où l'on suit un personnage de jeu vidéo, peu défini à dessein pour que l'on se projette, aller de niveau en niveau et effeuiller petit à petit par le visuel l'univers et son lore.
C'est pourquoi il est regrettable de voir de temps en temps des scènes où ça parle. Où ça parle pour expliciter les mystères, verbaliser l'induit, déjà compris. Que le film fasse une concession aux producteurs en manque de couilles avec les séquences suivant le personnage masculin passe encore car les scènes demeurent courtes et trouvent du sens dans l'opposition entre rationalité et émotion que créé le scénario, avec ce choix parlant d'opter pour un protagoniste féminin et un monde de mères et de protectrices. Mais ce dernier tiers qui enchaîne les cinématiques d'exposition plombe quelque peu ce qui était un excellent film de
vibes.
Cela étant dit, c'est en ça que
Silent Hill reste encore à ce jour la meilleure adaptation de jeu vidéo, parce qu'il a su remplacer l'interactivité par l'immersion et le climax en mode
Urotsukidoji barbelé tout comme le bûcher m'avaient déjà imprimés la rétine de façon indélébile il y a 20 ans.
J'aurais peut-être pas dû le remater avant le nouveau........