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MessagePosté: 08 Nov 2019, 09:29 
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Ce n'est pas non plus un hasard si Freud émet, quelques mois avant le début de la première guerre mondiale, l'idée que l'érotisme c'est le fait de se régler sur le narcissisme de l'autre (le sujet identifiant alors son développement et sa conduite). C'est donc un intérêt et une forme d'innocence de la psychologie normale. Et que la schizophrénie est tout ensemble l'échec, l'alternative et l'imitation de l'érotisme ( une rupture avec l'organique mais une conservation désesperée de la sexualité). Mais aussi que seul le schizophrène éprouve la différence entre le négatif et le pathogène. Des idées dont Hitchcock connaissait l'importance (vu le moment où il fait parler le personnage de la mère dans Lifeboat. Et que d'ailleurs le personnage noir fait entrer dans le film, sauve pour lui et perd pour les autres).

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je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


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MessagePosté: 08 Nov 2019, 11:53 
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Je disais précisément que s'étonner de l'érotisme d'un film de 1944, c'est comme suggérer qu'il n'existait pas à l'époque alors qu'en fait...


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MessagePosté: 08 Nov 2019, 12:50 
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Mais remarquer l'intensité de quelque chose est psychologiquement très différent du fait d'en remarquer simplement l'existence.

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Imre Kertész


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MessagePosté: 08 Nov 2019, 13:07 
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Le pire, c'est que je me suis fait la même remarque. Mais en définitive, l'érotisme est poussé, peu importe l'époque. J'ai pensé à ce film d'horreur post-apocalyptique de Xavier Gens en regardant le film, The Divide, qui est lui aussi un huis-clos et va plus chercher du côté du porno dans ces aspects là.


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MessagePosté: 26 Jan 2025, 18:48 
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"Whaddaya know ? We got ourselves a Führer !"

Hitchcock insiste dans son entretien avec Truffaut sur le fait que le lieu clos lui a servi à tester une théorie sur la prédominance accrue, à l’époque, des gros plans dans les drames psychologiques. Prédominance qu’il associait au pressentiment, chez les metteurs en scène, de l’avènement imminent de la télévision. Donc tout le film peut se voir comme une recherche de la composition dans le cadre restreint visant à rompre le monotonie.

L’extrait apprécie par Vieux-Gontrand plus haut en est témoin – les visages de profil d’un couple naissant – donne un aperçu de ces expérimentations. Mais là encore, elles ne sont pas vaines, puisque le but est à chaque fois de s’attarder sur le double-mouvement : rapprochement des corps et des cœurs (pour les deux idylles qui progressent au fur et à mesure que la situation paraît indémerdable) et domination successive d’un des naufragés sur les autres. Dès lors, Hitch fait se succéder aux commandes du rafiot un milliardaire qu’il qualifie de fasciste dans l’entretien, puis l'ingénieur bolchevik et enfin le jovial et rondouillard nazi. L’idée étant que si tu files ton petit doigt à l’un ou l’autre, il finira par te prendre le bras pour te tabasser et te mettre au pas.

On peut dire beaucoup de choses de Sir Alfred mais il est avant tout facétieux.

Comme beaucoup de Hitch, le générique annonce la couleur et le propos. Après le naufrage d’une cheminée du navire, la caméra poursuit son exploration de nombreux objets de plaisance : des magazines, des échiquiers etc… Le plaisir est définitivement annihilé quand la guerre et la fascisme pointent leurs museaux jumeaux. On essaie ensuite tant bien que mal de s’accrocher aux vestiges des fastes d’antan voire à les réinventer : le jeu de cartes fait main, Connie qui note au stylo son nom en guise de tatouage, le cigare que machouille sans fin le milliardaire… (le très bon Henry Hull, mémorable peu de temps après en journaliste souffreteux dans Aventures en Birmanie de Walsh.)

Mais même Connie Porter, la journaliste arriviste, devra se débarrasser de ses derniers symboles de nouvelle riche au fur et à mesure du long-métrage pour récupérer une certaine éthique morale. Ethique qui passe par la révolte et le meurtre à plusieurs du nazi une fois que la coupe est pleine.

Auparavant, Lifeboat aura démontré que le totalitarisme naît de la peur panique d’un avenir funeste, pour ensuite emmener tout un chacun à l’abattoir. Et ce, avant même que Hitch ne participe à un important documentaire sur la libération des camps (disponible sur le site Weta-PBS)

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MessagePosté: 02 Jan 2026, 15:16 
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Le film n'a cessé de me surprendre, dès son introduction in medias res et jusqu'à sa fin en demi-teinte, en passant par toute une série de trames et d'événements, et pas des moins noirs, condensées en seulement 96 minutes. Faut dire qu'avec le cocktail Hitchcock x Steinbeck x survival x huis-clos x WWII, le postulat a le potentiel requis pour déployer son allégorie sociale, s'armant qui plus est d'une galerie de personnages issues de différentes strates sociales propice à la fois à une dramaturgie riche au premier niveau de lecture et au commentaire politique au second.

Au prime abord, le high concept semble moins se prêter à la mécanique hitchcockienne habituelle et davantage à des situations de l'instant présent à dénouer (sauver, manger, soigner, naviguer, se diriger) ainsi qu'à une étude de caractères en temps de guerre, la lutte des classes s'incarnant à bord d'un rafiot transformé en poudrière de tempéraments prêts à exploser, mais l'inclusion de "l’Étranger", tour à tour prisonnier, puis allié et enfin antagoniste manipulateur, permet à l'auteur de renouer avec ses figures de prédilection, le nazi devenant une version issue de la réalité des "jolly psychopaths" qui ont fait le beurre de sa filmo.

Avant d'en arriver là, les capitaines et les morts (et les bons mots de Talulah Bankhead) se seront succédé dans une démonstration sans pitié de l'échec des différents systèmes avant une coalition certes victorieuse mais plus vengeresse que stratégique et purement meurtrière. Des couples se sont improbablement formés, des riches de leurs fortunes ont dû être délestés pour s'humaniser, mais personne ne s'en sort indemne et rien n'est réellement terminé à l'issue de l'histoire, qui se répète. Le constat du film sur ce monde est sans appel.

Du point de vue de la mise en scène, les contraintes physiques ne freinent en rien la science du découpage du maître qui ne s'appuie plus sur une tension créée par le montage mais manifeste les mouvements de l'intrigue par le biais d'un blocking impeccable au sein du décor restreint. C'est redoutablement efficace.

En tout cas, c'est typiquement ma came et ce Hitchcock injustement considéré mineur se faufile aisément dans mon top 3 du cinéaste.

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