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MessagePosté: 11 Nov 2008, 01:34 
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Matou miteux
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A l'occasion de la ressortie en salles, un peu d'autopromo

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http://www.filmdeculte.com/culte/film-culte/Rebecca-8245.html

Un jeune Lord anglais emmène sa jeune épouse dans son manoir où plane le souvenir de sa première femme, Rebecca...

LA FEMME FANTOME

Last night I dreamt I went to Manderlay again... Alors qu'il débarque à Hollywood pour tourner son premier long métrage américain, Alfred Hitchcock a déjà une vingtaine de films britanniques sous le coude. Hitch n'est pas invité pour tenir les seconds rôles: c'est d'un projet faramineux qu'il doit s'occuper, un film sur le Titanic qui, destinée, finira par couler faute de budget suffisant. On propose alors au réalisateur d'adapter un best-seller de Daphné du Maurier, livre dont Hitchcock avait déjà, auparavant, cherché à acheter les droits, en vain. Rebecca est désormais sur les rails, mais l'accouchement ne sera pas simple, loin de là. Hitch n'avait encore jamais eu à faire avec un producteur aussi envahissant et directif que le tout-puissant David O.Selznick, ce dernier encore auréolé par le triomphe, l'année précédente, d'Autant en emporte le vent. Les tensions entre Hitchcock et Selznick sont nombreuses, mais celles-ci apparaissent également chez les acteurs. Laurence Olivier souhaite que sa compagne, Vivien Leigh, tienne le rôle principal, mais essuie les refus du producteur et du réalisateur. On auditionne également Anne Baxter (qu'Hitchcock dirigera plus tard dans La Loi du silence), Audrey Reynolds ("excellente dans le rôle de la Rebecca qu'on ne voit jamais" selon Hitch), Olivia de Havilland ou la jeune soeur de celle-ci, Joan Fontaine, vue dans Femmes mais encore débutante. Sur le plateau, la petite Fontaine est esseulée. Lors de sa fête d'anniversaire, Laurence Olivier, Judith Anderson (la géniale Mrs Danvers) et Gladys Cooper (Beatrice Lacy) brillent par leur absence. Hitchcock lui-même, pendant le tournage, met la pression sur Joan Fontaine afin que celle-ci se sente encore plus isolée... à l'image du personnage qu'elle interprète. De sa première apparition dans le château, ruisselante et décoiffée face au rang serré des domestiques et au hiératisme de Mrs Danvers, Fontaine incarne tous les enjeux de ce conte gothique, où une jeune fille se perd dans les ombres d'une impérissable morte.

Plus que Laurence Olivier (à propos duquel Selznick dira à Hitchcock: "accélerez les scènes de Laurence... il joue comme s'il se demandait s'il doit être candidat à la présidence des Etats Unis"), c'est sur la relation entre Mrs de Winter (Fontaine) et Mrs Danvers (Anderson) que Rebecca fait son beurre. L'adoration lesbienne à peine voilée de la domestique pour sa maîtresse défunte est pour beaucoup dans la tension distillée par le film, refrain morbide qui fait de Danvers à la fois une méchante inoubliable du cinéma d'Hitchcock (et du cinéma en général) et une amoureuse tragique, ou, comme l'indique Didier Roth-Bettoni dans son ouvrage L'Homosexualité au cinéma, "une amoureuse frustrée autant par la mort de Rebecca que par une société où l'amour entre femmes est interdit [...] et si Hitchcock la place du côté obscur du film, ce n'est pas parce qu'elle serait une criminelle (ce qu'elle n'est pas), mais parce que sa sexualité déviante la conduit par nature à rester dans l'ombre". L'une des idées reçues au sujet de son personnage, idée véhiculée par Hitchcock lui-même, serait que Danvers ne bouge jamais dans le film, apparaissant toujours plantée dans le décor-mausolée lorsque les autres la découvre. Ca n'est finalement pas tout à fait vrai, mais l'impression est la même, ce fantôme pourtant vivant qui plane sur la frêle héroïne, ange noir et blanche colombe, poussée au suicide au bord de la fenêtre lors d'une scène mythique, murmure de succube interrompu par l'éclat d'un feu d'artifice au loin. C'est dans d'autres flammes que l'affaire se concluera, dévorant Manderlay, ce no man's land de conte de fée perverti, dévorant Danvers au visage exalté, dévorant enfin le R brodé sur le lit et qui ne semblait pas avoir quitté la demeure (Selznick, lui, voulait que la fumée dans le ciel forme un R, mais n'a, cette fois, pas eu gain de cause). Rebecca, 11 fois nommé aux Oscars, remporta la statuette de la meilleure photo et du meilleur film, revenue à Selznick. Hitchcock, "toujours demoiselle d'honneur, mais jamais mariée", restera sur son siège, comme lors de ses 4 autres nominations.

6/6

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MessagePosté: 11 Nov 2008, 01:38 
Blissfully a écrit:
A l'occasion de la ressortie en salles

Hey, ça tue, ça !

Bon plan.

Et le film, c'est un éternel 6/6 évidemment.


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MessagePosté: 11 Nov 2008, 12:24 
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Figure dans mon top 10....



....des films que je veux voir.

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MessagePosté: 11 Nov 2008, 12:27 
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Comment ne pas avoir envie de le voir avec les captures de bliss ? Ce film est d'une beauté inaltérable.

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MessagePosté: 11 Nov 2008, 12:48 
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MessagePosté: 11 Nov 2008, 12:50 
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Lol j'en étais sur.

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MessagePosté: 11 Nov 2008, 13:07 
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MessagePosté: 11 Nov 2008, 13:57 
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Le film fait plus Selznick qu'Hitchcock, c'est un de ses plus impersonnel je trouve. Ennui à la dernière vision.

Le téléfilm avec Diana Rigg est pas si mal sinon.


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MessagePosté: 11 Nov 2008, 21:33 
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Pendant longtemps mon Hitch préféré, mais ça fait un bail que je l'ai pas revu...

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Janet


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MessagePosté: 11 Nov 2008, 22:08 
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Mr Chow a écrit:
Le film fait plus Selznick qu'Hitchcock, c'est un de ses plus impersonnel je trouve.


C'est un peu une commande, mais livrée avec un tel panache... J'ai vu le film il y a fort longtemps, je n'en garde très peu de souvenirs. Mais j'avais été fasciné.

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Anthony Sitruk - Bien sûr, nous eûmes des orages
(168 pages, 14.00€)
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MessagePosté: 12 Nov 2008, 01:53 
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skip mccoy a écrit:
bof bof bof.


lol ton nouvel avatar te sied a merveille. "Bof Bof Bof" :lol:


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MessagePosté: 15 Aoû 2013, 22:43 
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Je succède à un de mes propres messages il y a CINQ ans, mais cette fois-ci pas pour troller.

Le premier film américain de Hitchcock, donc. Hitchcock met en scène le duel entre deux femmes radicalement opposées, l'une douce, modeste et pleine d'amour que la vie n'a pas gâté et l'autre dominatrice, parfaite mais incapable d'amour, Rebecca. Hitchcock parvient à brosser le portrait de cette dernière en ne la montrant jamais à l'écran, en en faisant un fantôme, et cela donne au film une composante abstraite qui préfigure les aspects métaphysiques plus ostensibles d'autres films de sa période américaine. La mise en scène de Hitchcock revêt alors ses habits véritables, elle qui cherche à révéler le caché à l'oeuvre dans les relations humaines. A la fin du film, on a l'impression d'avoir assisté à la démonstration du fait que ce qui fait l'essence d'un homme ou une femme est moins son corps que son esprit, puisque Rebecca, bien que jamais présente en chair et en os, s'impose comme le personnage le plus influent.

Ce récit est redoublé par la description du passage impossible d'une classe sociale à une autre, la fille commençant comme dame de compagnie pour finir épouse d'aristocrate. Hitchcock montre son désarroi devant les manières, les charges et les responsabilités qu'une telle condition impose, et qu'on ne lui a jamais apprise. Dans ce contexte, les personnes les plus dures ne sont pas tant les puissants, comme l'intendant, le mari, ou sa famille, mais bien les domestiques, véritables garants de la stratification sociale.

C'est aussi le récit d'une fille qui devient femme en luttant contre le passé d'un homme pour le faire sien. Le personnage de Lawrence Ollivier est en retour libéré non seulement de la malédiction de son ex-femme, mais aussi du désir du corps jeune, puisqu'il se trouve désormais avec une femme qui a perdu la jeunesse pour laquelle il l'avait aimé, sans que cela ne l'empêche de l'aimer d'un amour nouveau, nourri par la découverte de leurs ressources spirituelles en tant que couple.

Et puis il y a aussi ce personnage littéralement central de la gouvernante, volonté destructrice, menée par son amour quasi-lesbien donc impossible pour sa maîtresse. Hitchcock la filme comme la survivance spectrale de Rebecca, entre les ombres sur les murs et les rideaux transparents qui laissent passer une clarté argentée, fantomatique. Elle rappelle la mère dans Les Enchaînés, grave, solennelle, passionnément méchante.

Joan Fontaine est superbe, passant d'une fragilité touchante à une détermination envoûtante, mais trouve malheureusement en face d'elle un Laurence Ollivier un rien fade, monolithique, sérieux.


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MessagePosté: 01 Sep 2013, 22:18 
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Tiens j'avais raté ton post... Ayant lu le bouquin juste avant, j'ai été déçu sans que ça puisse constituer un reproche acceptable (le film a pas à être le bouquin) : l'impression d'une simplification dommageable qui abandonnait toute la dimension romantique/émue/onirique du roman, pour tout ramener vers une seule tonalité (fielleuse) et vers un suspens bourrin lié à l'affrontement avec le personnage de la gouvernante - perso vraiment réussi par Hitchcock, pour le coup. Je trouvais dommage de perdre cette richesse là. Mais à te lire j'ai l'impression que le parfum du roman subsiste néanmoins à travers le film.

De fait, j'apprécie surtout le film quand il se fait rêveur, un poil opératique : le prologue, le dialogue à la fenêtre dans la nuit entre la jeune fille et sa gouvernante, etc. Ça reste de belles touches, mais un peu rares, et le reste me semble un peu trop carré et dépourvu d'âme, sans que ça ait non plus la pureté absolue d'un Notorious (mais là encore, malgré l'influence Selznick qui peut expliquer ça en partie, l'impression vient peut-être juste de la comparaison avec le roman bien plus subjectif/empathique). Objectivement, je trouve le film surtout problématique sur un point : sa musique, omniprésente et soûlante, qui ne laisse pas respirer une minute.

Ça valait le coup de remonter le topic.


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MessagePosté: 30 Nov 2020, 16:02 
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Non je ne l'ai toujours pas vu mais... Je termine le roman (la nouvelle traduction de 2015) et OH MY GOD, c'est sublime et ça se dévore.
Décidément après mon choc Martin Eden, mes dernières lectures sont plutôt des bonne pioches, cette année!

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