Trenton dans le New Jersey, 1966, juste avant l'explosion du rock et du Flower Power.
Jill (Rosanna Arquette) est une jolie étudiante, issue de la classe moyenne juive, plutôt intello et d'un milieu progressiste et aimant (et ses parents -elle est fille unique- lui ont payé une Ford Falcon de père de famille pour qu'elle se rende au lycée, sans avoir une grosse baraque pour autant), qui veut devenir actrice, elle mise beaucoup sur la pièce à la Tennessee Williams que l'école représente la dernière année pout intégrer une école d'art réputée. Elle est draguée par "le Sheik", un gars d'origine italienne un peu bizarre, de condition plus modeste, un peu mauvais garçon, lourd mais pas vraiment méchant. Le Sheik fait une fixette sur Frank Sinatra, a un côté rebelle un peu combinard, mais s'habille bien, un peu mods.
Il amuse Jill qui répond à ses avances, sans que cela soit la grosse passion fusionnelle non plus.
Plus tard Jill intègre son école de théâtre select et découvre à la fois la contre-culture hippie en train d'émerger et un milieu plus bourgeois que le sien, qui la prend à son tour de haut, comme elle le faisait avec le Sheik et ses copines de lycées, mais avec moins de tact et de paternalisme ou de bienveillance. Et le Sheik essaye de percer comme crooner à Miami, mais stagne comme chanteur à play back dans une maison de retraite.
ce n'est pas Sayles en personne dans le reflet ?Un des premiers films de John Sayles, photographié par Michael Ballhaus (après Fassbinder et avant Scorcese, dont After Hours aussi avec Arquette tiens), vraiment pas mal, mieux que Jihn Hughes, et qui réussit où le moralisme de
Georgia d'Arthur Penn se plante. Peut-être grâce à Rosanna Arquette, u, peu trop âgée pour le rôle, mais bonne actrice (alle quand-même trois divisions au-dessus de Molly Ringwald et Aly Sheedy, en fait elle a un peu sabordé sa carriere mais dépasse même Scarlett Johansson ou Naomi Watts). Elle introduit une dimension de comédie déjouée dans le mélo social. Il y a un fond à la fois populiste et réaliste. Le milieu populaire du New Jersey d'où vient le couple est plus organique, plus riche humainement et plus cultivé (la pudeur de l'effort) que son école d'art de la Nouvelle Angleterre où elle apprend à être humiliée par un mette-en-scène gourou, fumer des pétards et discuter de qui sort avec qui avec des filles qui régressent en enfance tout en jouant la comédie du pouvoir et de la concurrence sexuelle. Il n'y a pas de gros drames. Elle ne va pas devenir une junkie après deux pétards et une pute ou une schizo parce qu'elle a une sexualité
. C'est juste qu'elle s'emmerde et semble la seule à s'en apercevoir, avec une autre meuf qui dit qu'elle a peur de le musique du premier disque du Velvet Underground en découvrant le bad trip, très belle scène.
L'histoire d'amour est sans drame, sans dialectique (celle du monde suffit bien comme ça, à la fois artificielle et opaque), vouée à s'effilocher dès le début, mais on s'est déjà compris et pardonné les futures faiblesses dès le début. Mais le monde évolue autour d'eux, sans conscience de ses angles morts : le Grateful Dead est mieux artistiquement que Sinatra, mais c'est un truc de bourges sûr d'atterirs du bon côté de la tartine après les excès. L'interface entre culture populaire et culture noble est le champ de bataille social. Une arrogance inconsciente et secrète, une industrie : en ne comprenant pas ou trop tard la prétention artistique de la pop culture qui émerge alors, on se condamne à être économiquement subalterne. Et même si Arquette n'est pas sûr d'aimer Spano, ils ont en commun d'être diffusément dégoutés de ce petit jeu où on les séduit pour mieux les tester, et ça suffit à se respecter et à raconter une bonne histoire. Mais les positions sociales et économiques sont finalement fixes, c'est cela qui est à la fois tragique et dissimulé par la contre-culture qui nait alors.
Pas mal. C'est un peu du Terence Davies en Américain et en hétéro. Mais aussi un peu trop obstensiblement
low key tout en étant soigné. Beaucoup de détails qui font mouche, relevés sans être surlignés, mais cela ne raconte pas non plus Pearl Harbour ou la passion qui lie Ripley à Alien, plutôt une non-histoire d'amour et un
non-rise and fall social
Bande-son intéressante qui mèle standards d'époque et l'anachronisme (comme dans Marty Supreme, il y a d'ailleurs un lien avec le personnage de Spano, mais le Sayles est mieux écrit) du Springsteen pré -
Born in the USA, vu comme le continuateur de Sinatra.
4.5/6