bmntmp a écrit:
C'est d'une tristesse je trouve. Je ne pense pas qu'on puisse tout imputer à la centralisation. Sans être non plus un spécialiste, c'est une architecture qui a l'air complètement ringarde aujourd'hui. Je dis pas que tout ce qui se fait aujourd'hui est bien, au contraire, mais il suffit de se promener au Havre au hasard pour comprendre que ces aberrations sorties des années 70 sont loin dernières.
Je ne comprends pas la comparaison avec Le Havre.
Au Havre, le tout-béton et la standardisation peuvent en effet ne pas plaire, mais en terme d'urbanisme c'est très classique. Perret avait d'ailleurs voulu quelque chose de "banal" à ce niveau. La révolution tient plus dans le préfabriqué et le choix des matériaux que dans la configuration de l'espace. C'est presque du haussmannien réactualisé.
En ce qui me concerne j'aime beaucoup, je trouve le centre très agréable. Les perspectives sont très belles et l'équilibre entre grandes avenues et petites rues et petites places, entre béton et pelouses, est vraiment très réussi. Il y a une densité qu'on ne trouve que dans les vieux centres historiques, et certainement pas dans les villes qui se sont développées après 45 en s'étalant dans tous les sens.
J'ai ressenti une assez forte émotion en découvrant la ville l'année dernière, je ne m'attendais pas à être aussi touché.
Sinon je trouve aussi qu'on est trop sévère avec le Corbusier, on a tendance à lui imputer toutes les erreurs des architectes qui s'en sont inspiré. Il n'a jamais été un savant fou enfermé dans sa tour d'ivoire, il suffit de visiter la Villa Savoye (à Poissy, je recommande chaudement, c'est fabuleux), la cité radieuse (si vous ne pouvez pas vous déplacer à Marseille ou Briey, il y a un appartement-témoin à la cité de l'architecture à Paris), ou Ronchamp pour mesurer le niveau du bonhomme et la joie qui transparait à travers l'architecture. Plaisir de construire mais aussi plaisir d'habiter.
La destruction de tout le patrimoine architectural brutaliste est une catastrophe. Non seulement ce patrimoine éclaire sur une époque passée, mais en plus je reste convaincu qu'il y a eu un malentendu autour de lui et qu'il pourrait répondre à beaucoup de problématiques actuelles. Beaucoup de belles constructions pourraient être réhabilitées et plaire. Un bon exemple est Le Havre, justement : avec un beau coup de karcher sur les façades, ça brille, ça a un vrai cachet.
Les vrais raisons de l'échec du brutalisme ne tiennent pas dans le brutalisme en lui-même mais dans les politiques conduites à son sujet. On a construit ça à la va vite sans gérer le service après-vente. Aujourd'hui la peur de la tour et du grand ensemble conduit à des aberrations urbanistiques. Prenez par exemple le tramway depuis l'aéroport de Toulouse jusqu'au centre-ville, vous aurez le loisir d'admirer une banlieue absolument dégueulasse, en chantier permanent, étalée sur des kilomètres, entièrement composée de résidences basses couleur cassoulet, pseudo-écolo, sans le moindre commerce si ce n'est un franprix ici ou là.