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 Sujet du message: Music Box (Costa-Gavras, 1989)
MessagePosté: 03 Juin 2021, 14:14 
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Ann Talbot, brillante avocate de Chicago, est amenée à défendre son père, poursuivi pour crimes de guerre. Michael Laszlo a fui la Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale et s'est refugié aux Etats-Unis. Après quarante-cinq ans de vie paisible et honnête, il est convoqué par le bureau des enquêtes spéciales. Des preuves accablantes ont été réunies contre lui et de nombreux témoins auraient reconnu en lui un tortionnaire nazi.

Ours d'or 1990 sur un script de Joe Ezterhas, on est ici dans du pur film juridique des années 80. Il faut aimer le style, car c'est très marqué de l'époque, mais dans le genre ce Music Box est vraiment un must. Tout d'abord, le point de départ est passionnant par ses enjeux et Ezterhas arrive à maintenir l'ambiguïté sur le père jusqu'à la fin. Nazi ou pas? Là n'est pas forcément l'intérêt, c'est plus le chemin qui va être accompli, le procès intense et ponctué de rebondissements qui nous maintient en haleine durant 2 heures. Déjà niveau scènes de procès c'est d'une justesse et d'une intensité. Les affrontements entre témoins et homme de loi sont remarquablement écrits et on se retrouve rapidement happé par le déroulé juridique du film.

C'est aussi remarquable comment Ezterhas arrive à concilier la dimension intime familiale avec la grande histoire. Bien servi par la prestation de Jessica Lange, on est rapidement submergé par l'émotion et, ce qui est le plus fort, c'est que Gavras arrive parfaitement à nous mettre dans le rôle de cette avocate. Un peu archétype cette dernière, divorcée qui fait seule son chemin, seule contre tous, idéaliste, combattante. C'est pas forcément très original, mais bien incarné par Lange pour qu'on se laisse embarquer, surtout dans ces très intenses 20 dernières minutes. Sinon je vais enfoncer une porte ouverte mais la mise en scène de Gavras est toujours aussi bonne.

Au final, Music Box est peut-être une des meilleures portes d'entrée pour découvrir Gavras. Pas le film le plus représentatif de sa carrière mais le plus classique et grand public. Ce style d'oeuvre à la Pakula, qui mixe juridique et politique avec brio et nous offre un suspense haletant. Dans son genre, c'est vraiment un incontournable. Mais il faut vraiment aimer ce genre "film de procès" avec une grosse identité années 80 qui sera vieillotte pour certains (pas pour moi).

5/6


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MessagePosté: 03 Juin 2021, 16:23 
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You had me at Joe Ezterhas (là où le nom de Costa-Gavras m'avait dissuadé jusqu'à présent sans doute).


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MessagePosté: 03 Juin 2021, 16:29 
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Vu il y a 2/3 ans, une purge.


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MessagePosté: 03 Juin 2021, 17:31 
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Lohmann a écrit:
Vu il y a 2/3 ans, une purge.
La patine 80s t'as rebuté?

bmntmp a écrit:
You had me at Joe Ezterhas (là où le nom de Costa-Gavras m'avait dissuadé jusqu'à présent sans doute).
Et le script est de haut niveau. Sans spoiler la manière dont il joue tout le long avec le spectateur sur les doutes concernant la culpabilité du père est casse gueule mais très réussi et l'imbrication intime/grande histoire aussi. On est dans un scénario hollywood très carré et rigoureux. C'est pas le type de script avec une identité originale, pour dire que c'est classique mais super bien fichu. Il y a un savoir-faire et une habileté dans l'écriture.


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MessagePosté: 03 Juin 2021, 17:36 
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Vaut mieux l'avoir en journal
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Bizarrement j'en conserve un souvenir mitigé alors qu'à l'époque j'avais écrit ça :
Bien que très (trèèèèèès) classique, le film rappelle que Joe Eszterhas a un jour été un bon scénariste. La patine grossière des années 80 lui fait un peu de mal, par contre.
4.5/6

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Que lire cet hiver ?
Bien sûr, nous eûmes des orages, 168 pages, 14.00€ (Commander)
La Vie brève de Jan Palach, 192 pages, 16.50€ (Commander)


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MessagePosté: 03 Juin 2021, 18:22 
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Abyssin a écrit:
Lohmann a écrit:
Vu il y a 2/3 ans, une purge.
La patine 80s t'as rebuté?

Je viens de vérifier, j'ai confondu avec Missing. Mais j'ai mis la même note au 2 sur IMDb (l'équivalent de 1/6), ça doit donc se valoir. Mais je t'avoue que de Music box je n'ai aucun souvenir.


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MessagePosté: 03 Jan 2024, 00:47 
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effectivement, l'histoire est passionnante, comme le dit abyssin un exemple parfaite de petite histoire dans la grande. avec une notion générationnelle qui est au coeur de l'intrigue et qui, 35 ans plus tard, s'en retrouve encore enrichie. à l'époque, les bourreaux, les survivants, les héros, étaient nombreux à être encore vivants. et la génération active étaient leurs enfants. le film parle de ça, mais aujourd'hui témoins et acteurs directs sont quasiment tous morts, la génération d'après n'est plus de toute fraicheur, et l'holocauste n'est plus du tout l'évenement central de la vision du monde des jeunes et des actifs, tout comme le retour aux 'heures sombres' n'est plus la peur déterminante de grand monde. la manière dont chaque génération se définit face à ces événements, ça m'a vachement intéressé.
c'est donc super riche, et même en dehors de ça, le thème principal est extraordinaire : qu'est-ce qu'on connait vraiment de nos parents ? quelle faute, quel crime peut on leur pardonner ?

et c'est effectivement raconté à la sauce film de procès des années 80, et là c'est plus compliqué. on est dans le format typique de l'époque (j'esperais une plus-value costa gavras, mais honnêtement ça aurait pu réalisé par n'importe quel metteur en scène compétent de l'époque). le scénario est extrêmement efficace mais cette efficacité américaine empêche toute émotion pour moi, d'autant que le personnage principal est totalement sous écrit et manque dramatiquement de personnalité, et la prestation très qualitative mais peu engageante de jessica lange n'arrange rien. et l'aspect film de procès... déjà, c'est interminable. un énorme bloc de près d'1h15 posé au milieu du film, nourri par aucune dramaturgie exterieure à part le procès lui-même. alors pour pimenter il invente le procès nawak, avec une succession de témoins et preuves surprises, ce qui aux usa n'est pas possible et vaudrait de toute façon une annulation du procès même si on arrivait au bout. il croit s'en sortir à la fin avec une réplique "de toute façon tu vas faire durer ça des années..." à l'avocate mais non, c'est juste n'importe quoi.
et le tout assez prévisible, avec une fin toute propre à l'américaine, on sent qu'il n'a pas vraiment envie de fouiller, d'aller dans l'ambiguité, dans les complexités.

du coup grosse frustration pour cette histoire passionnante, qui quand elle est vraiment traitée donne naissance à de belles scènes mais reste trop formatée, et dans un format pas très adapté à son potentiel.


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MessagePosté: 02 Juin 2026, 22:32 
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C'est excellent.

Il faut bien le reconnaître, le cinéma américain, quand il combine son efficacité avec le regard et la finesse d'un auteur, est juste imbattable. Une histoire menée tambour battant ; un procédural détaillé et prenant ; des personnages brossés avec clarté mais incarnés avec nuance ; une mise en scène carrée avec de beaux moments de retenue (style gros drama en plan large de dos ou autre) ; Jessica Lange au top, Armin Mueller-Stahl incroyable, Frederic Forrest, le mec qui fait le juge, le mec qui fait le survivant de la Shoah, la nana qui fait la traductrice et qui semble sortir de la vraie vie...

Après si je trouve les deux premiers tiers parfaits (y avait des moments où j'avais les larmes aux yeux tellement je trouvais ça bien), le dernier acte me convainc moins et je trouve la fin précipitée.

Mais le film pose des questions tellement justes. Et j'ai aimé comment il montrait le double héritage de la Seconde guerre mondiale, avec également le versant américain incarné par Donald Moffat, ceux qui ont été amenés à utiliser les Nazis pour leur cause, et qu'on montre moins. Beau film sur la famille, l'héritage. Le personnage du petit campé par Lukas Haas, l'improbable frère joué par Michael Rooker qui au prétoire se croit au match de foot.

Super film.

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Liam Engle: réalisateur et scénariste
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MessagePosté: 28 Juil 2026, 00:09 
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C'est pas excellent du tout.

Je me demande ce qui a pu convaincre Costa-Gavras de réitérer l'expérience avec Eszterhas. Pensait-il vraiment que La Main droite du diable était une réussite?

Après, il est clair que le concept de Music Box est incroyable. Eszterhas a eu le nez creux en recyclant globalement le pitch de son propre A double tranchant en substituant au simple meurtre un passé de nazi et à la romance entre avocate et accusé une relation filiale.

Ainsi recontextualisé, le postulat revêt une dimension politique et intime sur la nécessité de questionner la responsabilité de nos aînés, sur l'impossibilité de connaître nos parents et la possibilité de changer. Cette fois-ci, Eszterhas ne refait pas l'erreur de leur précédente collaboration et garde la notion de doute au cœur du récit et quelle meilleure arène pour exploiter ce filon dramaturgique que la justice américaine où l'on ne condamne qu'au-delà du doute raisonnable...là où l'humain est permis de douter, peut condamner sans preuve, même lorsqu'il s'agit de sa famille.

Le souci, c'est que ce doute n'existe que de façon un peu théorique et superficiel, au même titre que les questionnements éthiques et politiques. Non seulement on se doute (haha) que le père va s'avérer bel et bien coupable (et comme c'est un film hollywoodien de 1989, la fin ne laisse aucune ambigüité), mais la démonstration est rébarbative. J'ai déjà maintes fois clamé tout mon amour pour le genre du film de procès et s'il présente effectivement une certaine efficacité dans sa mécanique dans un premier temps, il se fait finalement assez pauvret, réduit à une succession de témoignages sur les atrocités commises (avec à chaque fois, comme seul contre-argument, "c'était y a longtemps, vous êtes sûr que c'est le même homme?" ou "vous avez menti sur tel truc donc pourquoi on vous croirait?", sans oublier les nouveaux témoins ou informations qui arrivent comme autant de deus ex machina, la palme, enfin l'Ours d'or, revenant à l'objet qui donne son titre au film, aveu d'échec involontaire mais complet de l'écriture). Je veux bien qu'on soit dans une ère pré-La Liste de Schindler où l'Holocauste n'était probablement pas encore assez connu du grand public mais quand même, Jugement à Nuremberg est sorti 28 ans avant.

Il aurait été plus intéressant de faire de ce film une sorte de réponse au film de Stanley Kramer, l'heure n'étant plus à informer le spectateur sur l'horrible réalité de la Shoah mais à mettre en lumière une vérité que les gens ont parfois du mal à accepter : il est possible de concilier le bourreau avec le papy gâteau. Ces gens-là n'étaient pas des "monstres", mais des gens comme tout le monde, l'inhumain et l'humain ne font qu'un. C'est esquissé dans une réplique du beau-père qui avoue sans honte avoir bu des verres avec des hommes semblables à Klaus Barbi au cours de son travail, lorsque les américains utilisaient les informations données par les anciens nazis pour démanteler les réseaux communistes. Mais jamais le film ne l'incarne dans sa trame personnelle, déjà parce que la fille ne doute jamais avant le dernier tiers mais surtout qu'une fois face aux preuves, elle refuse la difficulté de cette réalité. Je m'attendais soit à une fin type Anatomie d'une chute (elle saura jamais), soit à une fin type Gone Girl (elle sait mais choisit de continuer à vivre avec) mais le film rejette toute ambigüité ou ambivalence au profit d'une conclusion proprette moraliste.

J'entends que c'est un film sur le devoir de mémoire et que, dans ce cadre, rendre justice aux victimes survivantes est important, et Gavras le redresseur de torts fait un choix tranché. Par contre, d'un point de vue dramaturgique, narratif et cinématographique, c'est beaucoup plus tiède (comme sa mise en scène) donc vraiment pas satisfaisant.

Mais on ne pourra pas reprocher à Eszterhas de pas être cohérent et droit dans ses bottes :
According to Joe Eszterhas's book Hollywood Animal, Eszterhas wrote the screenplay for Music Box almost ten years before learning, at age 45, that his father, Count István Esterházy, had concealed his wartime involvement in Hungary's Fascist and militantly racist Arrow Cross Party. According to Eszterhas, his father "organized book burnings and had cranked out the vilest anti-Semitic propaganda imaginable." After this discovery, he severed all contact with his father, never reconciling before István's death.

Super bof.

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