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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 00:54 
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Z a écrit:
Moi je n'arrive pas à comprendre les étapes pitch / synopsis / séquencier / scénario dialogué.

Ce que tu expliques semble bien foireux, mais je me pose néanmoins une question : est-ce qu'il y a un endroit au monde où ça fonctionne autrement ?

Ce que tu décris rejoins des remarques que j'avais déjà lues, pas que sur le cinéma français d'ailleurs, concernant la baisse d'impulsion due aux trop longues phases de préproduction, et notamment d'écriture. Je n'ai plus d'entretiens sous la main, mais je me souviens souvent avoir lu des complaintes devant cette espèce de démantibulation de l'envie première de faire un film. Qu'on retrouve pas qu'en scénar d'ailleurs (souvenirs de réals qui se désolaient qu'on leur demande un découpage technique à un stade où ils n'avaient encore ni décors ni comédiens arrêtés).

Après, la raison d'une telle décomposition de l'élaboration du scénar serait à interroger. Est-ce dû à la façon dont fonctionnent les aides à l'écriture ?


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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 00:59 
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rotary [Bot] a écrit:
Je dirais même qu'en dehors de sa piètre qualité d'écriture, le cinéma français n'est pas si mal que ça. On peut faire des trucs comme OSS 117: Le Caire, nid d'espions. Formellement, ça tient la route. On a un bon public, un bon parc de salles, dans l'ensemble, on n'est pas si mal lotis.

Mais là il y a désaccord sur ce qu'on attend d'un cinéma français florissant : le travail du réal, c'est pas de faire un joli habillage formel à un scénar. Si tu connais des noms de réals (je te dis Hithcock ou Kubrick, même si tu n'es pas cinéphile ça te dit quelque chose) et pas des noms de scénaristes (pourrais-tu en citer un seul ?), c'est bien parce que c'est le réalisateur qui fait œuvre. C'est lui qui au final va faire du film quelque chose qui compte, et pas un simple produit bien-écrit-bien-chiadé qui passe.

rotary a écrit:
Dans le cadre de ma suggestion, un film serait produit uniquement sur la base de son potentiel d'entrées et sans plus de subventions qu'aux Etats-Unis. Seule l'étape d'écriture serait aidée en France.

Mais comment serait-il ensuite financé, ce film ?

rotary a écrit:
On dirait un processus intentionnellement conçu pour produire des bouses.

Ce processus a une raison d'être, c'est elle qu'il faut comprendre. Pourquoi, en somme, la prise de risque est problématique dans un tel cadre.


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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 14:00 
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Tom a écrit:
Si taper c'est simple, proposer ça l'est moins : qu'est-ce qu'il faudrait changer ?

La question à laquelle il est quasiment impossible de répondre, tant la situation est complexe. Le système a d'incroyables avantages (la profusion de premiers films, la perfusion pour des auteurs radicaux que le box-office aurait du écraser, etc.) mais aussi d'énormes revers: les innombrables (télé)films, la non-obligation du succès en salles pour rembourser le producteur. Je ne saurai donc même pas par quel bout commencer pour répondre.

Tout ce que je peux faire c'est ce que je changerai si je devenais demain le benevolent dictator du cinéma français. Il y a des choses faisables très facilement, d'autres qui demanderaient une concertation et seraient difficiles à mettre en œuvre, mais voici deux-trois trucs qui me viennent à l'idée:

- obligation d'étayer les demandes de subvention avec des images, des références visuelles
- obligation de diffuser un court-métrage français avant chaque film en dessous-d'une certaine durée
- + de variété dans les membres des commissions. Faire appel à des gens "différents", issus d'autres cinématographies que le tout venant naturaliste dominant
- et donc - mais ça c'est hyper vague - changer la ligne éditoriale des commissions publiques
- faire quelque chose, mais quoi ?, pour repenser le scénario. Il faut, comme le suggère Z, encourager la prise de risques, mais comment ? Ensuite c'est clair qu'il y a un problème dès l'écriture - les gens ne savent pas écrire pour le cinéma.
- comment faire que les boîtes de prods prennent des risques ? Là, elles se gavent sur les pré-financements et, que le film marche ou non, elles sont à l'abri. Mais comment changer ça sans n'encourager que la production de PETIT NICOLAS ?

Bref, c'est pas très constructif tout ça...

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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 14:48 
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Demande de subvention avec matériel visuel, et non seulement écrit, c'est séduisant sur le papier, n'est-ce pas vouloir de force mener le cinéma vers un horizon (formel, maniéré) qu'il n'a forcément à être ? Est-ce que c'est pas partir vers un autre diktat ? Ou peut-être laisser à chacun le soin de présenter son projet via le matériel qu'il souhaite ?

Le court-métrage obligatoire, ce serait pas mal oui. Pourtant j'en suis très peu friand, je trouve souvent que c'est pas passionnant, mais c'est aussi peut-être parce que c'est un format qui n'a pour seul auditoire que le festival, et la dimension de carte de visite que ça implique. Remettre le court entre les mains d'un public, en faire le support de discussions et de réactions critiques de la part du public comme de la presse, ce serait peut-être bénéfique, oui.

La ligne éditoriale des commissions, je ne sais pas : est-ce qu'ils sont si sectaires que ça ? Ou plutôt : est-ce qu'ils reçoivent tant de projets alternatifs - et si c'est le cas, est-ce que c'est projets sont convaincants ? On voit bien le désastre qu'est la resucée du genre français, et ça ne laisse peut-être pas augurer de propositions très passionnantes (tu vas me dire : c'est pas pire que le petit film naturaliste de base).


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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 14:56 
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Robot in Disguise
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Tom a écrit:
Demande de subvention avec matériel visuel, et non seulement écrit, c'est séduisant sur le papier, n'est-ce pas vouloir de force mener le cinéma vers un horizon (formel, maniéré) qu'il n'a forcément à être ? Est-ce que c'est pas partir vers un autre diktat ? Ou peut-être laisser à chacun le soin de présenter son projet via le matériel qu'il souhaite ?

Sachant que le cinéma c'est d'abord des sons et des images, ça me dépasse totalement qu'on ne demande que de l'écrit. Je pense qu'encourager/obliger à montrer des images en pousserait certains à dépasser l'horizon littéraire/mental dans lequel ils enferment parfois leurs films.
Ceci dit, j'ai vu récemment uelques commissions qui encourageaient vivement de faire des moodboards (le mot à la mode du moment) ou autre. Et ça faisait partie des revendications de la SRF. Donc les choses changent.

Tom a écrit:
Le court-métrage obligatoire, ce serait pas mal oui. Pourtant j'en suis très peu friand, je trouve souvent que c'est pas passionnant, mais c'est aussi peut-être parce que c'est un format qui n'a pour seul auditoire que le festival, et la dimension de carte de visite que ça implique. Remettre le court entre les mains d'un public, en faire le support de discussions et de réactions critiques de la part du public comme de la presse, ce serait peut-être bénéfique, oui.

Il est évident qu'il y a une énorme demande du public de ce point de vue là. Deudtens ou le Cow-Boy peuvent en témoigner: ça revient dans la bouche du public à CHAQUE festival. Et ça ferait une belle vitrine pour des projets parfois trop confidentiels, ainsi qu'une sympathique remontée de revenus.

Tom a écrit:
Est-ce qu'ils reçoivent tant de projets alternatifs - et si c'est le cas, est-ce que c'est projets sont convaincants ?

C'est toujours l'excuse qu'on entend: "On adorerait soutenir un film d'horreur, mais les scénarios sont tous nazes".
Après, il est évident que la majorité des gens dans ces commissions n'ont pas la "culture" nécessaire pour reconnaître un bon projet d'horreur, ça j'en suis convaincu.
J'ajouterai que Paul Otchakovsky-Laurens, qui présidait l'an dernier l'Avance sur recettes, le dit tout haut: les autres membres de la commission étaient clairement réfractaires au film de genre.

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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 15:06 
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Qui-Gon Jinn a écrit:
Sachant que le cinéma c'est d'abord des sons et des images, ça me dépasse totalement qu'on ne demande que de l'écrit. Je pense qu'encourager/obliger à montrer des images en pousserait certains à dépasser l'horizon littéraire/mental dans lequel ils enferment parfois leurs films.

"Dépasser", c'est un but étrange : c'est pas une commission qui va apprendre à un réal à être réal. Elle peut refuser en voyant que le projet de mise en scène est pauvre, par contre... Mais je sais pas, est-ce que le Pialat d'A nos amours pourrait fournir un support visuel probant, par exemple ? La mise en scène ce sont des sons et des images, certes, mais tu seras d'accord pour dire que ce n'est pas forcément "produire des images", à la façon d'un imagier : c'est surtout des questions de distances, de choix de ce qu'on filme ou pas, et ainsi de suite. Et j'ai du mal à voir comment on peut documenter ça autrement qu'en note d'intention (là encore, je dis pas être contre cette idée de support visuel - ne pas l'accepter ce serait débile - mais la rendre obligatoire me semble aller dans l'excès inverse).

Qui-Gon Jinn a écrit:
C'est toujours l'excuse qu'on entend: "On adorerait soutenir un film d'horreur, mais les scénarios sont tous nazes".

Certes, mais est-ce que c'est pour autant faux ?

Je pose réellement la question, je n'ai aucune idée de la réponse, mais je me méfie de la communauté du genre et de ses réflexes d'ado persécuté/rebelle (tout comme je me méfie des tenants du doc, de l'expérimental, toutes ces chapelles qui se vivent comme des contre-cultures ou des citadelles assiégées). Ok pour l'anecdote que tu rapportes, mais je doute que ce soit aussi simple. Tu dis que les gens de la commission n'ont pas la culture nécessaire du genre, mais 1) c'est une contre-culture tellement défendue/institutionnalisée depuis 20 ans que j'ai des doutes sur le rejet total des personnes en question, 2) est-ce que les réals se prétendant héritiers du genre ont, eux, la culture cinématographique nécessaire pour être autre chose que des fanboys photocopieurs de leur pré-carré de références ? Car encore une fois, sans en avoir tout vu évidemment, les quelques exemples français qu'on a sont atterrants.


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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 15:28 
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Antichrist
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Oui, mais le niveau ce n'est pas le problème. Comme tu le dis plus haut, des films naturalistes tout nazes ont l'avance sur recettes, pourquoi pas des films de genre qu'ils soient bons ou pas (on préfère qu'ils soient bons).


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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 15:31 
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En gros, qu'on se retrouve avec des films de tout types, mais tous pourris ? :D

Je suis pas forcément un gros supporter du retour du genre en France, qui m'a toujours semblé être une greffe un peu artificielle, comme si on essayait de rattraper la tristesse de pas (ou peu) avoir participé à la fiesta au moment de l'âge d'or du bis. Les genres vraiment français, comme le film policier, ont continué à produire jusqu'à aujourd'hui (avec peu de bonheur, certes)... Du coup je sais pas si la solution réside là. On risque d'avoir une manne de films naturalistes ineptes, et en face des films qui se montent "contre" ce cinéma là. Au milieu, on continue à chercher les cinéastes qui se foutent de la case dans laquelle ils opèrent...


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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 18:51 
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Le truc que je rencontre le plus souvent, quand même, ça reste 1/5 des mecs qui tentent de produire le film qu'ils ont envie de voir... versus 4/5 des types qui tentent de produire un film qui pourrait marcher parce qu'il navigue dans le sillage de tel autre film qui a marché.

C'est de l'autocensure à la base, de l'autocastration chimique, et surtout un gentil petit suicide. Car vu le temps de développement d'un film, la référence qui plaisait tant en 2010 n'est plus à la mode en 2014, et le projet s'arrête. Parfois la hype dure 1 an, parfois 6 mois. Et je ne parle même pas de l'inculture crasse de tas de chargés de développement dans de grosses boîtes. C'est flippant.

Perso, pour l'instant, je m'en fous un peu de vivre de mon écriture ou non. J'ai juste envie que les trucs que j'écris - qui correspondent à ce que j'aimerais voir en tant que spectateur, sinon je m'abstiens - soient tournés... or actuellement, de ce que j'ai observé à droite à gauche, t'as l'impression que 90% des projets qui mobilisent des scénaristes ne sont là que pour faire circuler la thune et occuper les agendas. Les compromis sont réalisés trop tôt dans la chaine de création...

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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 20:41 
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Zad a écrit:
Tom a écrit:
Tetsuo a écrit:
En ayant recours à des producteurs, des vrais, pas à des monteurs financier. Mais cela n'existe plus.

Noony va aimer :D


ouais je le prends aussi pour moi.


tiens si vous êtes curieux, tapez grande synthe sur Google Actu. J'ai une équipe de documentaire sur place depuis plus d'une semaine. Ils étaient pile dans le quartier, en plein tournage.

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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 20:50 
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MessagePosté: 04 Aoû 2014, 20:52 
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Ahaha, hasard total c'est dingue. On a refusé justement de vendre nos images à la presse. On était là par hasard, on va pas en faire un business, justement. Ils n'ont rien à filmer, ils ont l'habitude, ils feront des images vides, ça les changera pas.

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MessagePosté: 05 Aoû 2014, 21:21 
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Qui-Gon Jinn a écrit:
il est évident que la majorité des gens dans ces commissions n'ont pas la "culture" nécessaire pour reconnaître un bon projet d'horreur, ça j'en suis convaincu.

Je ne serai pas surpris que la majorité des décideurs français soient incapables de reconnaitre un bon script. Ce n'est pas un aptitude utile dans leur travail, la plupart n'ont pas pour objectif de faire un film correct, ni même un film qui ait le moindre espoir de carrière en salles. Ca fait partie du problème français tel que je le vois. C'est dans cette direction que j'emploierais les fonds que je détournerais de leur destination actuelle.

Tom a écrit:
il y a désaccord sur ce qu'on attend d'un cinéma français florissant : le travail du réal, c'est pas de faire un joli habillage formel à un scénar. Si tu connais des noms de réals (je te dis Hithcock ou Kubrick, même si tu n'es pas cinéphile ça te dit quelque chose) et pas des noms de scénaristes (pourrais-tu en citer un seul ?), c'est bien parce que c'est le réalisateur qui fait œuvre. C'est lui qui au final va faire du film quelque chose qui compte, et pas un simple produit bien-écrit-bien-chiadé qui passe.

A mon humble avis, le cinéma français démontre cruellement le caractère crucial du script.
Je ne dis pas que les films français sont bien réalisés (la plupart ne le sont pas), mais que leurs défauts formels ne sont pas rédhibitoires. En tous cas, moi, je les pardonne facilement. Ce que je trouve imbuvable dans le cinéma français, ce sont les scripts. Là, (pour moi) c'est du foutage de gueule.

rotary a écrit:
Dans le cadre de ma suggestion, un film serait produit uniquement sur la base de son potentiel d'entrées et sans plus de subventions qu'aux Etats-Unis. Seule l'étape d'écriture serait aidée en France.
Tom a écrit:
Mais comment serait-il ensuite financé, ce film ?

expliqué messages précédents. Pas clairement, peut être.

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MessagePosté: 05 Aoû 2014, 22:29 
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Tom a écrit:
A mon humble avis, le cinéma français démontre cruellement le caractère crucial du script.
Je ne dis pas que les films français sont bien réalisés (la plupart ne le sont pas), mais que leurs défauts formels ne sont pas rédhibitoires. En tous cas, moi, je les pardonne facilement. Ce que je trouve imbuvable dans le cinéma français, ce sont les scripts. Là, (pour moi) c'est du foutage de gueule.

"Bien réalisé", encore une fois ça ne veut rien dire. La mise en scène (au sens large) n'est pas une parure, ce n'est pas affaire de jolies images ou de plans virtuoses : la réalisation c'est avant tout ce qui te parle, concrètement, quand tu regardes un film. C'EST le film. Pour le dire autrement : tu peux avoir un film visuellement très moche, aux cadres tremblants, et qui soit un sommet de mise en scène, et un sommet de cinéma - regarde, pour prendre l'exemple le plus bateau, l'aspect a priori rebutant qu'a À bout de souffle ! Ça ne veut pas dire que le script est forcément à mépriser, mais qu'il est un outil comme un autre, qui aura plus ou moins d'importance dans la narration selon la place que le film lui confère.

Là on touche vraiment non plus à des questions économiques, mais à une différence de compréhension profonde de ce qu'est le cinéma (et je te renverrais à la remarque un peu brutale, mais ici assez éclairante, de Baptiste il y a quelque mois : tu comprendras bien moins ce qu'est le cinéma en te plongeant dans le détail des chiffres des Sofica, qu'en te plongeant dans la filmo de Fritz Lang). Ce n'est pas le scénario qui te "raconte" ou "narre" les choses au cinéma, je sais que ça en a tout l'air mais c'est une illusion. Un changement de valeur de plan bien pensé te raconte trois fois plus de choses qu'une ligne de dialogue, et ce sans même que tu t'en rendes compte.

rotary a écrit:
Dans le cadre de ma suggestion, un film serait produit uniquement sur la base de son potentiel d'entrées et sans plus de subventions qu'aux Etats-Unis.

Que fais-tu des chefs-d’œuvre de l'Histoire du ciné insortables dans cette visée purement liée aux entrées, et qui ont eu tant d'influence et d'importance qu'ils font beaucoup pour ce que tu aimes, dans les blockbusters d'aujourd'hui ? Marcher à la seule foi du nombre d'entrées, c'est absolument kamikaze.

Pour le modèle américain (et je pensais en fait que la discussion de ce topic mènerait directement à ça, mais visiblement non), il y a un élément de leur économie possiblement importable : c'est le studio. C'est même ce qu'avaient fait tous les grands pays du cinéma classique, importer ce fonctionnement et cette infrastructure. Rien que 5 ou 6 grands studios forts, dotés d'une réelle personnalité, placés non pas à la place mais à côté du système d'avance sur recette du CNC (c'est à dire en complément, mais aussi en une sorte de miroir constructif), ce serait extrêmement sain. La question est de savoir pourquoi ils n'émergent pas naturellement dans le paysage actuel - sinon Europacorp, avec les résultats que l'on sait... Et pour le coup, là, je n'en ai aucune idée.


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MessagePosté: 05 Aoû 2014, 22:39 
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Bon, comme je siège aussi régulièrement en commission, comme je connais aussi bien l'envers que l'endroit du décor, je me sens un peu obligé de répondre.

Qui-Gon Jinn a écrit:
Tom a écrit:
Demande de subvention avec matériel visuel, et non seulement écrit, c'est séduisant sur le papier, n'est-ce pas vouloir de force mener le cinéma vers un horizon (formel, maniéré) qu'il n'a forcément à être ? Est-ce que c'est pas partir vers un autre diktat ? Ou peut-être laisser à chacun le soin de présenter son projet via le matériel qu'il souhaite ?

Sachant que le cinéma c'est d'abord des sons et des images, ça me dépasse totalement qu'on ne demande que de l'écrit. Je pense qu'encourager/obliger à montrer des images en pousserait certains à dépasser l'horizon littéraire/mental dans lequel ils enferment parfois leurs films.


J'ai toujours en tête les superbes courts métrages de Godard, qu'il envoyait en commission lorsqu'il préparait un long métrage... C'est une question importante, la présence d'images dans les dossiers de demande d'aide : d'autant plus, vous vous en doutez, en matière de documentaire. Il y a cette espèce de mauvaise foi, dans ce domaine, à devoir prétendre n'avoir tourné aucune image, alors même que le documentaire est nécessairement une étude sur un monde vivant et en mouvement : toute image de repérages peut nécessairement finir dans le montage final. Depuis quelque temps, les commissions aspirent de plus en plus, d'ailleurs, contre toute logique, à ce que le dossier d'un documentaire ressemble à un dossier de fiction. Il faut qu'il y ait des personnages, un scénario, des situations, un script réellement, et l'annonce d'une mise en scène qui singerait la fiction, toutes choses tout à fait aberrantes, qu'on retrouve même hélas lors des palmarès de festivals, sur les films achevés : on n'aime jamais tant un film documentaire que lorsqu'il nous fait oublier qu'il en est un, que lorsqu'on pourrait jurer que c'est de la fiction. L'apparition du 5D a d'ailleurs renforcé cet abord-là, d'un film léché de partout, avec travellings, flous artistiques, caméra transparente, personnages forts filmés jusque dans leur lit, ce qui a par ailleurs ce quelque chose de télévisuel que je trouve pour ma part absolument répugnant, et qui de toute façon me semble s'opposer même à l'approche documentaire (où d'ailleurs l'on voit souvent des mecs s'adonner au documentaire court métrage et qui, afin de préparer leur venue au long métrage de fiction, qui est en somme leur objectif, qui n'ont aucune considération pour le documentaire, prouver leur valeur cinématographique comme on prouve sa force de frappe, à grands coups de dispositifs monumentaux, de travellings flottés sur coussins d'air, etc.).

Je lis en ce moment ce très grand livre hélas méconnu :

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Cinéma et Anthropologie, de Claudine de France, livre remarquable, peut-être le plus grand livre que j'aie lu sur la question documentaire.
Elle pose justement ces problèmes, auxquels elle répond avec le lexique de l'anthropologie et qui m'a permis d'en prendre conscience : sur un de mes films que j'estime le plus (je dirai pas lequel on s'en fout) j'ai eu une castagne mémorable, qui m'a beaucoup marquée, avec une des personnes que je filmais, qui ne supportait pas que j'emploie le mot "personnage" lorsque je parlais du film. Au début je ne comprenais pas, mais par la suite, ça m'a tout de même travaillé. Claudine de France, revenant donc au lexique de l'anthropologie, escamote ce terme de personnage, qui effectivement n'a de sens réel qu'en fiction, pour celui d'agent, ce qui me paraît assez pertinent. Avec cette notion d'agentivité s'ouvre la question de la mise en scène : filmer le réel, c'est se trouver confronté à la mise en scène du réel, à divers titres. Ainsi, il y a la mise en scène quotidienne de l'agent, qui joue son rôle social ; puis il y a la mise en scène de l'agent qui se sait filmé et modifie cette mise en scène en fonction de cette connaissance ; et puis il y a la mise en scène que l'auteur imprime à ce qu'il filme, par l'angle de vue et tutti quanti.

Mais bon, je me vois bien déposer un dossier en commission et écrire "agent" : on se foutrait de ma gueule. Donc j'écris personnage, j'utilise la connaissance acquise au Conservatoire Européen d'Ecriture Audiovisuelle pour constituer les dossiers hyper-narratifs attendus et je ferai mon film ensuite.

J'ai appris, avec le temps, qu'un dossier et un film sont deux choses bien différentes, deux exercices finalement distincts.

Néanmoins, je ne peux nier que passer un temps fou à écrire un film pour qu'une commission l'accepte permet aussi de se poser des questions neuves et précises et il m'arrive que ces questions me servent ensuite. C'est un drôle de machin. Pour autant, je continue à jongler entre films "pas écrits" (çàd pas écrits pour les commissions, improvisés, mais extrêmement écrits en vérité, au tournage comme au montage, et même en préparation en vérité) et films "écrits" (pour les commissions) car nécessitant financements.

Citation:
Ceci dit, j'ai vu récemment uelques commissions qui encourageaient vivement de faire des moodboards (le mot à la mode du moment) ou autre. Et ça faisait partie des revendications de la SRF. Donc les choses changent.


J'en ai eu un une fois en commission, c'était absolument calamiteux. Je ne sais pas du tout quoi faire de cet objet. Ou alors j'en ai eu un mauvais, c'est possible, mais enfin ces pages d'assemblages simplistes et hasardeux d'images d'inspiration c'est affreux. Je préfère à la rigueur un teaser, mais je sais que c'est tendu : quiconque a siégé ou déposé en commission sait que l'emploi d'images tournées est à double-tranchant : aucune commission ne le préfère ni ne le conseille réellement. Il est de notoriété publique que personne ne sait vraiment regarder ça : faut-il voir ça comme un brouillon ? comme un truc fini ? comme un truc à part ? Finalement c'est le même problème qu'avec les films précédents : faut-il les joindre ? Faut-il considérer qu'un auteur fait le même film toute sa vie ?
Au final, j'en mets très rarement, sauf si c'est vraiment impressionnant. Un auteur que je produis a cette capacité, de faire des trailers qui sidèrent pas mal et annoncent un truc fort. D'autres ne savent pas faire ça par avance, sont meilleurs dans le feu de l'action, alors on fait autrement, on se contente du texte. Souvent aussi, je compense par la mise en page (je fais toutes les mises en page de tous nos films : pour l'un d'eux je sais que la mise en page a beaucoup fait, qu'on avait inventé quelque chose de très fort visuellement qui explicitait mieux le film que quoi que ce soit d'autre ; mais parfois aussi on nous dit : oh c'était tellement bien mis en page qu'on avait l'impression que vous aviez embauché un mec exprès pour, du coup ça veut dire que vous aviez déjà les moyens, alors hein, votre aide à l'écriture... SIC ... en somme : pour chaque projet, on réinvente la manière de vendre à la commission, car après tout c'est aussi beaucoup ça : de la comm').

Tom a écrit:
Le court-métrage obligatoire, ce serait pas mal oui. Pourtant j'en suis très peu friand, je trouve souvent que c'est pas passionnant, mais c'est aussi peut-être parce que c'est un format qui n'a pour seul auditoire que le festival, et la dimension de carte de visite que ça implique. Remettre le court entre les mains d'un public, en faire le support de discussions et de réactions critiques de la part du public comme de la presse, ce serait peut-être bénéfique, oui.


Ben moi j'en doute, ouais, ça rejoint ce que je disais : on ne fait pas le même film toute notre vie. Si on a un projet en rupture ou au moins différent du précédent, alors que faire ? Va-t-on être jugé toute notre vie sur nos travaux précédents ? Autant que possible, j'évite de joindre les films précédents, sauf si c'est en connexion directe. Le book de l'auteur me semble suffire.

Citation:
Tom a écrit:
Est-ce qu'ils reçoivent tant de projets alternatifs - et si c'est le cas, est-ce que c'est projets sont convaincants ?

C'est toujours l'excuse qu'on entend: "On adorerait soutenir un film d'horreur, mais les scénarios sont tous nazes".
Après, il est évident que la majorité des gens dans ces commissions n'ont pas la "culture" nécessaire pour reconnaître un bon projet d'horreur, ça j'en suis convaincu.
J'ajouterai que Paul Otchakovsky-Laurens, qui présidait l'an dernier l'Avance sur recettes, le dit tout haut: les autres membres de la commission étaient clairement réfractaires au film de genre.


Ouais alors ça je peux me baser que sur ce que je connais : dans la commission où je siège, c'est l'inverse. On fait toujours passer les films de genre, ne serait-ce que pour les booster, prouver qu'on peut soutenir du genre. Des fois (souvent) c'est d'ailleurs contre toute logique : il y a une comédie, elle pue du fion, mais c'en est une, soutenons-là. Pour tout dire, hormis le film de Z, je n'ai pas souvenir d'un film de genre prometteur. J'ai lu quantité de trucs mal branlés, mal fichus, pas pensés, pas écrits. C'est quand même ça, avant tout, le métier de lecteur en commission : lire de la merde. Et de la merde, on en bouffe au kilomètre, c'est désespérant. Je veux dire, de la merde carabinée : des trucs pas écrits, pas relus, des fautes à chaque ligne, des personnages qui changent de nom au fil des pages, des V1 mal mélangées avec des V4, des films adaptés à telle ou telle région qui, à force de copier-coller, se déroulent aussi bien dans la Creuse qu'à Marseille, des trucs tellement illisibles qu'à la troisième lecture tu n'as toujours pas compris de quoi il en retourne, des notes de mise en scène où on t'écrit textuellement : "Je souhaite que ma mise en scène soit stylée", enfin des trucs vraiment aberrants où tu as envie de convoquer la production pour leur demander s'il leur arrive de seulement lire ce qu'ils envoient.


Et le pire dans tout ça, c'est qu'à chaque commission, on a un certain nombre de films à retenir. On peut avoir moins de bons scénarii que de films à soutenir, c'est très fréquent. Alors on soutient quand même, le moins pire. On n'a pas le choix. Si c'est pas dépensé, ça disparaît et l'année suivante la commission aura moins de blé que l'année d'avant. (C'est aussi pour ça que j'aurai toujours un immense respect pour Amalric qui, en 2004, décida de ne pas remettre de prix à Clermont-Ferrand vu la nullité de la sélection : putain, fallait le faire, chapeau.)

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