
De Sade je connaissais déjà
La Philosophie dans le Boudoir et
Les 120 Journées de Sodome donc je savais plus ou moins à quoi m'attendre même si je savais que celui-ci était le plus
soft.
Cet aspect plus policé est d'ailleurs tout ce qui fait son génie parce que ce que le livre raconte est une succession de viols, d'orgies sado-maso et de scènes d'horreurs lubriques qui vont dans un crescendo insoutenable mais que jamais, ô grand jamais la prose ne se fait vulgaire ou même indécente. Racontée par ce petit monstre de vertu qu'est Justine ses lèvres ont un génie certain pour décrire les pires sévices sexuelles sans jamais prononcer les mots de sexe, d'anus, de vagin etc... Tout est imagé, métaphorisé jusqu'à la nausée alors que ce dont il est question est pourtant d'une brutalité sans nom.
C'est donc assez fascinant de voir comment justement le point de vue lubrique de Sade s'oppose au point de vue exclusivement vertueux de son personnage principal qu'il prend un plaisir lubrique à traîner dans la boue de la pire des façons et à la confronter à la pire ordure de l'humanité. C'est ce qui rend aussi le roman ironiquement comique puisque voulant faire le bien, se réfugiant sans cesse dans la religion Justine se fait trahir en permanence, c'est en refusant de céder à la débauche qu'elle est salie et violée.
Et la description amusée et incroyablement précise des différents stades de tortures subies est plutôt jubilatoire même si on doit se taper de temps en temps de la
théorie sadienne où il nous explique pourquoi il faut être un débauché et pourquoi le meurtre devrait être encouragé plutôt que puni (je l'ai toujours trouvé lourd quand il se fait prosélyte, sa fiction n'en a besoin).
Bref comme toujours chez Sade une sacrée expérience de lecture, il va encore une fois extrêmement loin (à l'époque je pensais qu'
American Psycho était ce qu'on pouvait écrire de pire et puis j'ai lu
Sodome) mais avec une certaine légèreté amusé qui déréalise un peu tout ça et rend ce roman beaucoup plus abordable que les deux précédents que j'avais lu. Mais j'aime beaucoup en tout cas.