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Ouais ouais...
Ne le dis à personne réalisé par Olivier Marshal, quoi...
Je n'ai pas vu Pour elle, abandonné au bout de 15 minutes, me souviens plus pourquoi. Faut que.
Celui-ci me bottait bien, l'envie était au petit thriller français qui veut se faire aussi gros que le blockbuster US. Et c'est un peu ça, encore et toujours. Plutôt que de bâtir sa propre identité, Cavayé picore à droite à gauche des choses qu'il aime - scénaristiquement comme cinématographiquement - et ce n'est clairement pas dans notre cinéma national... Rien de honteux, mais bon. Ça devient saoulant. Avant on ne savait pas faire dans le crédible, aujourd'hui on tombe systématiquement dans l'over the top. C'est si difficile que ça de trouver l'équilibre ? Le plus beau compliment que l'on pourrait faire au film, ce serait de dire qu'il est efficace. Déjà, on sent poindre le niveau d'exigence à la baisse, alors qu'il est possible de faire autre chose qu'un Bourne-like à la française ! Je ne comprends pas comment nos réalisateurs peuvent continuer à filmer avec ce sentiment d'infériorité et déférence au cinéma US, dès qu'il attaquent un genre, alors que des cinéastes comme Liman, Frankenheimer, De Palma ou Polanski, ont prouvé me semble-t-il, que l'on peut faire des films à Paris sans nécessairement la jouer petit bras. Et sans tomber dans la production Besson (trous de scénario, personnages débiles, dialogues nazes).
Déjà ici, il y a encore une fois un gros problème de point de vue et d'identification. Lellouche est l'anti-héros de base, plongé malgré lui dans l'extraordinaire et que l'on suit tout le temps (classique, mais comme c'est le point de départ, on achète, sinon fallait pas voir le film), mais on zieute aussi les flics complètement clichés (tout un pan du film qui n'a AUCUN intérêt ni AUCUNE originalité), on zieute également l'envers du décor avec sa femme kidnappée (vu et revu)... tout se mélange comme dans une série (sans parler du personnage de Lanvin...), et tout se dilue pour au final donner un sentiment de médiocrité globale, alors qu'il y a pas mal de bonnes idées et de singularité du couple Cavayé-Lemans qui auraient mérité d'être davantage mis en valeur. On sent qu'ils ont les meilleurs intentions du monde, pour autant je ne pense pas que les mecs sachent maîtriser en même temps le film choral, le thriller et le film d'action... ils devraient alléger un peu. Et une fois de plus, je ne réclame pas le strict point de vue unique hitchcockien ou polanskien (la trilogie Bourne ou Le Fugitif fonctionnent malgré l'omniscience du spectateur, qui voit et entend tout), mais là, force est de reconnaître que ça joue en leur défaveur. Verneuil et Melville copiaient le cinéma américain, mais n'oubliaient pas non plus de se l'approprier pour l'un, et de le revisiter pour l'autre. Il y avait à chaque fois une proposition de cinéma, une plus-value. Tandis qu'A bout portant a le syndrôme typique du film français : il ressemble comme deux gouttes d'eau aux autres productions du genre ces denières années, comme une fratrie dont tous les mômes seraient habillés de la même façon. Alors pour les dissocier, on est obligés de compter les points.
Donc, au-delà de ce point noir central, gravitent d'autres défauts récurrents : les dialogues qui n'excèdent pas 6 mots, la diction des comédiens rapide et ridicule, la musique pompière qui donne un côté prétentieux là où Cavayé voulait sans doute injecter du grand spectacle... les filtres qui font classe, mais en fait non... une mise en scène purement samplée, c'est-à-dire qu'on multiplie les panos filés et les recadrages caméra épaule pour pouvoir cuter plus facilement au montage et dynamiser le rythme, puisque les scènes ne sont jamais découpées ni pensées autrement que dans leur unicité esthétique. Une façon de réussir ses transitions mais de foirer ses scènes d'action. Du genre "quand on lit c'est illisible, mais quand on tourne les pages c'est agréable". Toutes ces choses ne sont pas propres à ce film-là bien sûr, mais j'en ai assez de les observer comme des récurrences inévitables de notre cinéma. C'est dommage d'avoir transformé en quelques années notre retard rattrapé sur le cinéma US, point de vue rythmique et esthétique, en véritable poncif du genre. Avant on souffrait de ne pas avoir de Rivières pourpres et de Khondji, et maintenant on est gavés de filtres, scènes identiques, trames squelettiques, montages similaires, scores boursouflés, répliques sibyllines, personnages manichéens, comédiens robotiques... On prend direct un mauvais travers, après avoir tâtonné sur le fil (Ne le dis à personne - Le Nouveau protocole). Certes A bout portant n'est pas encore Truands, mais un Le Fugitif français est tout à fait à notre portée, puisque c'est l'ambition affichée.
Pareil pour les poursuites. Pourquoi y coller une musique pompière tout du long, avec tambours façon Bourne, là encore ? Comprennent pas qu'une musique différente marquerait un contraste plus intéressant, et surtout que l'absence de musique impliquerait davantage le spectateur ? Mais non, ils reprennent tous les codes aveuglément, et c'est pénible. C'est d'une pauvreté artistique, d'une sécheresse d'imagination telle que je suis sincèrement écoeuré en voyant les scènes s'emperler les unes aux autres. C'est d'autant plus dommage que la poursuite dans le métro Opéra est sympathique (clichée bien sûr : poursuite en courant, flingues à la main, les plus forts perdent le plus faible), que l'ouverture est plutôt bien pensée (elle démarre au bon moment, les plans sont soignés, avant de finir par le sacro-saint renversement de bagnole téléphoné) et ainsi de suite. Y a des idées à la pelle, plus ou moins noyées ou gâchées par l'ensemble sans personnalité.
A noter que pour une fois, Lanvin n'est pas le pire. Claire Perot et Mireille Perrier sont proprement à chier. Suivent toute une tripotée de gueules au jeu famélique.
Mais quand même : Lanvin - Lellouche - Zem. Un beau trio capable de jouer comme des cochons dès qu'ils sortent de leur registre (en gros : le brave type). Je continue à sauver Zem malgré tout, pour ses rôles chez Siegfried, Beauvois, Chéreau ou Jolivet. Mais Lanvin, faut arrêter de lui écrire ces merdes monolithiques. Quant à Lellouche... à part Ma vie en l'air, je le trouve artistiquement sans intérêt.
Fais chier.
2/6
_________________ I think we're gonna need a helmet.
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