Dans un futur proche où une pandémie sans nom a décimé la société américaine, Hig, un pilote vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ex-marine. Lorsqu'une transmission aléatoire passe par la radio de son Cessna 1956, la voix fait naître au plus profond du pilote l'espoir qu'une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé...On le connaît, le Ridley, on sait comment il fonctionne. Ca fait un moment qu'il enchaîne les films plus ou moins ambitieux, plus ou moins réussis, et c'est pas à l'approche de ses 90 ans qu'il va ralentir ou se dire que chaque film doit être
le film. C'est d'ailleurs parce que j'en suis conscient, qu'en voyant le pitch résolument basique et la bande-annonce relativement générique puis les mauvais retours que je m'attendais à classer ce dernier opus en date dans la catégorie des films insignifiants du père Scott.
A l'arrivée, si le film ne fait pas non plus partie de ses réussites, j'ai trouvé ça plus intéressant que je ne le craignais.
Le tout début confirmait pourtant mes craintes avec son post-apo franchement déjà vu sur les 20 dernières années, de
Je suis une légende à
The Last of Us en passant par
The Road ou
Oblivion. La solitude, les villes en ruines désertes, l'enfer c'est les autres, l'homme est un loup pour l'homme, etc.
Mais petit à petit, le film semble assumer justement d'être plutôt
low concept, optant pour du drame proche de ses personnages plutôt que le film de genre pur et si la proposition n'a honnêtement rien d'original, c'est sincèrement pas désagréable à regarder. Scott reste un réalisateur de la vieille école donc ses blockbusters ne correspondent pas nécessairement à ce qui est malheureusement devenu la norme : ses films sont en tournés en numérique mais ce sont des images de cinéma, les histoires mettent en scène des adultes qui ne désamorcent pas le gravitas avec de l'humour...
Durant cette première moitié, le récit dessine les contours de son propos. On est dans du film post-COVID, dans un univers qui porte encore le trauma d'avoir dû se tenir à trois mètres de tout autre être humain, et qui pose la question de ce qui distingue la vie de la simple survie si l'on se contente de flinguer à distance tout individu qui s'approche. Il est intéressant de voir qu'après
Disclosure Day et
L'Odyssée, il est une fois de plus question d'empathie et d'hospitalité dans un monde au bord du précipice. L'actualité préoccupe clairement nos grands cinéastes.
Là où l'écriture pèche, c'est dans son incapacité à réellement incarner l'arc de son protagoniste endeuillé qu'on veut nous faire passer pour suicidaire alors qu'il est déjà bienveillant envers son prochain et pas du tout fermé à la sociabilisation. Le film n'arrive pas à trancher entre son désir de mort et son désir d'un ailleurs, lui donnant des aspirations de rejoindre une ville pas loin.
Tant et si bien qu'au moment de basculer dans la deuxième partie, qui paraît parfois sortir d'un autre film, les faits ne servent pas vraiment le propos, comme si le film ne savait pas vraiment ce qu'il voulait raconter. C'est l'histoire d'un homme qui retrouve goût à la vie? C'est l'histoire d'un homme qui cesse de chercher un paradis illusoire et accepte ce qu'il a déjà? Après tout, le voyage en terre étrangère est souvent synonyme de malheur chez Scott (l'expédition du Nostromo sur LV426, l'Amérique pour Colomb, l'interventionnisme américain à Mogadiscio, l'exploration spatiale du Prometheus et du Covenant, l'excursion sur Mars, les guerres de Bonaparte), sans doute une culpabilité liée à son héritage britannique de colon. J'ai également pensé plusieurs fois à son
Robin des Bois dans la méfiance face aux enfants affamés errants et à la création d'une communauté hors du système chez des cultivateurs (autre marotte scottienne, positive cette fois).
D'ailleurs, le film semble dresser des analogies politiques intéressantes qu'il ne fouille clairement pas assez, comme ces attaques d'antagonistes très
Indian-coded (à cheval, peinturlurés et scandant des
"woowoowoowoo") sur le ranch des héros puis cet improbable segment dans l'aéroport qui adopte une esthétique '50s surannée et dont les habitants disent vouloir recréer un idéal de société perdu (ils pourraient tout aussi bien avoir des casquettes rouges). C'est comme si, après la fin du monde, l'Amérique rejouait son histoire et Scott interroge cette imagerie, que ce soit celle de l'Ouest sauvage (et de la conquête de l'Ouest à oublier donc) ou de l'après-guerre affectionnée des
boomers.
Mais c'est vraiment réduit à peau de chagrin et jeté là surtout pour donner naissance aux quelques rares scènes d'action - réussies au demeurant, notamment celle de l'avion - en concession au studio qui ne voulait sans doute pas filer 100M$ pour voir des beaux gosses se demander si la peine vaut d'être vécue pendant deux heures avant de torcher leur catharsis en un bref épilogue.
Essai pas transformé donc, et pas indispensable, mais pas la débâcle vide qu'on veut faire croire.