aka Plus fort que moi
Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours d’abord semé d'embûches se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.Je n'aurais pas forcément tenté si la réputation du film n'allait pas en grandissant et grand bien m'en a pris, c'est une réussite au croisement entre le biopic de personne atteint d'une condition médicale et la comédie sociale britannique. Et ce serait simplifier de se rabattre sur la formule éculée "on passe du rire aux larmes", même si c'est le cas, parce que le film m'a fait passer à travers bien plus d'émotions.
Le film s'ouvre sur un
flash-forward qui pose d'emblée les deux notions qui vont tendre le récit (et le spectateur).
Un personnage atteint du syndrome de la Tourette, c'est un peu la bombe sous la chaise de l'exemple de Hitchcock sur le suspense mais en version humaine et ambulante, tu regardes ça en te demandant quand ça va péter et quelle va être la taille de l'explosion. C'est encore plus vrai durant tout le premier acte qui voit le personnage alors qu'il est encore adolescent et que son syndrome ne s'est pas encore déclaré. Quand est-ce que ça va l'accabler? Lors du premier rencard? Sur le terrain de foot? Face à un professeur? J'étais véritablement en flippe.
Et l'autre question que pose cette intro et que je me suis plusieurs fois posé durant le film, c'est...peut-on en rire? Le principe même de ce syndrome, c'est qu'il va pousser la personne à dire précisément la chose à ne pas dire au pire moment possible à la pire personne possible donc, inévitablement : c'est drôle. Même quand c'est gênant, ça provoque un rire nerveux. Et parfois, c'est drôle simplement par le biais du langage "fleuri" employé. Mais tout le long, les quelques personnes compréhensives et bienveillantes que le héros a la chance de rencontrer prennent soin de ne PAS réagir face à ses tics et ses insultes et j'en suis venu à me demander s'il fallait en rire.
Là où ce ressort comique pourrait paraître facile, je trouve que le film parvient habilement à alterner entre les moments où on peut en rire et les moments où ça devient plus difficile. Il y a une scène où j'ai carrément porté mes mains à ma bouche en aspirant de l'air mode "han!", le genre de réaction physique que peu de films m'ont provoqué. J'étais à ce point investi. Par conséquent, même si la mise en scène demeure relativement académique, ne cherchant pas par exemple à épouser davantage la subjectivité de son personnage en faisant monter le stress au travers du découpage, il faut savoir gré au réalisateur de
Nanny McPhee 
d'avoir su naviguer ces changements de tonaux, et c'est pourquoi je regrette d'autant plus les trop nombreux instants où la musique appuie un peu trop le pathos alors qu'il ne s'agit même pas des passages les plus naturellement émouvants.
Parce que c'est quand même le récit d'une grande souffrance et c'est pourquoi l'issue, bien que précipitée en un quasi-épilogue suite à une absence de troisième acte, est aussi cathartique.
Et l'incident aux BAFTA est la preuve qu'il reste encore un long chemin à faire. C'est bien beau de célébrer le film (et l'acteur, à la récompense méritée) mais si c'est pour ne pas comprendre son discours...