INSIDE MOEBIUS tome 4, editions Stardom-Moebius production.
Alors qu'il parle souvent du dessin réaliste comme de la voie royale du dessinateur, et qu'il s'est prêté à la mise en dessin du dernier scénario pépère de XIII, Moebius prouve ici qu'il n'est pas non plus indifférent à l'exercice expérimental du carnet improvisé avec dessin jeté.
Le point de départ, c'est sa décision d'arrêter de fumer de l'herbe. Il se dit alors qu'il va coucher ses impressions et reflexions sur le papier, sous forme de bande dessinée.
Le resultat, c'est une serie en cours de livres mettant en scène ses personnages favoris (le major, Blueberry...) plus lui même, plus lui même jeune, plus Ben Laden, plus d'autres aussi, errant dans le desert B (jeu de mot !). L'histoire fait du surplace, démarre puis s'arrête, les personnages gueulent et l'auteur refuse de faire avancer quoi que ce soit.
Ca avance quand même, et cette volonté de décevoir son lecteur est plutôt rafraîchissante, Moebius se retrouve devant le paradoxe de devoir faire toujours une case de plus sans pour autant faire évoluer le récit.
Où l'on se rend compte qu'une case de plus, une après une autre, c'est forcément créer du récit, structurer ses cases c'est déjà faire du scénario. Comment ne pas avancer tout en avançant ? Cette tension fait le sel de la série. La solution de Moebius, c'est de changer de direction toutes les trois pages, de bloquer l'aventure et de la recommencer ailleurs, pour la restopper illico. C'est jamais chiant car il arrive à conserver du rythme, avec beaucoup d'humour. Même si l'artifice des personnages conscients de leur statut de personnage est un peu réchauffé, il y a une belle vitalité dans ces bouquins, une volonté de se mettre en danger, et une juste distance face à l'autobiographie (comme dit Christian Rosset, l'autobiographie a à voir avec l'effacement, et à force de multiplier les "je", Moebius y parvient très bien).
Finalement, la star d'Iside Moebius, c'est le dessin. Et sa liberté. On bâcle quand on a une séquence de 3-4 pages un peu longue :
Et on s'attarde dans les détails quand ça l'amuse :
Il n'y a que le plaisir qui guide le trait (et la lecture), avec ce mélange magique chez lui, de simplicité et de précision, un art du volume et du retranchement.
Une serie solaire, qui expérimente tranquillement, comme un vol plané.
Le seul bémol, les livres sont chers (plus de 20 euros). Alors hop une case sexe pour motiver l'achat :
