Et c'est sorti en exclusivité en France !
BREAKDOWN, PORTRAIT DE L'ARTISTE EN JEUNE %@S*!
De Art Spiegelman chez Casterman.
Le nouveau livre (et bel objet) de Spiegelman est composé d'un cahier central, BREAKDOWN, déjà paru en 1978 (30 ans déjà ?!) qui compilait les différents travaux de l'auteur dans les années 70. Y sont ajoutées une préface en BD et une postface (inédits), doublant ainsi le nombre des pages à l'origine.
Le BREAKDOWN de l'époque était déjà un retour sur le travail passé, voici que cette édition redouble ce retour, et l'enrichit, et le théorise, et l'approfondit, pour faire monter le tout en puissance. Une nouvelle dimension. De la bd au cube quoi.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Spiegelman a très tôt réfléchi sur son médium, et en a exploré les potentialités. Ça sent l'underground des années 70 à plein nez et ça se frotte aussi à l'Art Mieux, à la narration, aux genres, pour tenter des trucs de fou à chaque fois. On a l'impression que Spiegelman embrasse tout ce qu'il peut et cherche à dompter la bande dessinée en la tirant dans tous les sens
(Le bouquin est grand, je n'ai pu (mal) scanner que des bouts de page)
Ça donne un peu l'impression d'une tempête dans un crâne, et l'évidence c'est que le scénario et les textes on s'en fout, et que le dessin se cherche à chaque tentative, à la fois très travaillé et jamais impressionnant. L'important se passe dans la structure, et là c'est un festival de collages, montages et frictions de toutes sortes qui réveillent les papilles du cerveau. La théorie sur la bande dessinée ne savait pas encore marcher sur ses deux jambes que Spiegelman expérimentait autour de l'arthrologie, la spatiotopie et la solidarité iconique ah ah ah !
C'est aussi un travail admirable sur l'introspection (plus que l'autobio), où l'on raccroche les wagons avec les questions et difficultés familiales de l'auteur dans Maus, la mémoire écrasante d'Auschwitz et le suicide de sa mère irriguent tout le livre. BREAKDOWN est tout autant formaliste que psychanalytique, et voilà une belle alliance de la forme et de l'intime.
Le travail sur l'expérimentation bd et sur la mémoire et le récit de la vie de l'auteur se tiennent par la main, et ça fait plaisir à voir.
Pour preuve une des première planche du livre suivie de la dernière.
Le signe purement bd du tourbillon traverse tout BREAKDOWN, c'est un lien poétique entre son travail et sa mère, c'est cohérent, mélancolique et fort, moi ce genre de truc ça me fout les boules.
Ah, on me dit que le livre se vend très mal en librairie et c'est une honte.
Alors hop une séquence sexe pour bassement inciter à la consommation, et c'est pour la bonne cause
