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Je poursuis ma lancée "entamer sérieusement la pile de DVD accumulés", j'en suis à 3 films sur trop pour l'instant, donc le projet risque d'être bien bâclé. L'heureux élu d'hier fut Harvey Milk, personnalité politique dont je connais l'existence grâce à Gus Van Sant et désormais le parcours après l'avoir vu. J'étais mitigée au départ, motivée par le nom du réalisateur mais refroidie par un genre qui me rebute.
Vraiment un réalisateur que j'aime de plus en plus, je me pencherai si possible sur ses films les moins connus. Toujours pas fan des biopics donc c'est pas une conquête totale mais je suis conquise à bien des égards. On est loin de ce listing exhaustif et souvent affreusement chiants de faits historiques enrobés d'une mise en lumière cinématographique très stylisée. Pas une hagiographie lénifiante donc, malgré une omission volontaire je pense de certains des aspects plus sombres de la vie de Harvey (comme son éphébophilie, selon sa page wikipédia). Le personnage n'est quand même pas lissement présenté comme le messi des gays. Une sélection de la vie d'un militant, d'un homme qui caché dans son placard a trouvé une voie où s'épanouir pour en sortir en le hurlant joyeusement (gayment ?) aux habitants des USA et pour fédérer des gens autour de ce combat jusqu'à en faire celui de sa vie.
Force est de constater selon moi la justesse de ces cadres, l'habilité à faire exister un sujet (un visage en gros plan, un homme en plein pied, un groupe, une foule...) sans plomber l'écran d'une successions de plans beaux mais creux à l'envi. Cueillie par la délicatesse dans la construction de ses plans, avec des mouvements de caméra empreints d'un dynamisme assuré mais pas survolté ni trop appuyé. C'est servi par un montage discret et intelligent avec cette alternance d'image d'archives et de fiction, et un bon découpage. La photographie et les décors viennent compléter avec brio cette toile de maître.
J'appuie là-dessus, son niveau de maitrise dans l'art cinématographique ici est notable, voire remarquable, comme tout ce que j'ai vu de lui jusqu'ici (ses plus connus, il est vrai, My Little Idaho en tête pour l'instant). Un cinéma vivant sans être dans la démonstration. Ça m'a beaucoup aidée à apprécier un genre qui souvent m'endort, je suis rarement frappée lors d'un premier visionnage par les qualités techniques de la réalisation.
Pour compléter cette critique laudative, la direction d'acteurs m'a semblée au poil. Dont bien sûr Sean Penn qui excelle ici. James Franco aussi est super. Contente de retrouver Diego Luna qui se fait plus rare au cinéma. Un peu plus de réserve concernant Josh Brolin, non pas critique de son jeu souvent juste mais plus par la direction je pense, je l'ai trouvé un poil moins bon sur la fin, soit trop soit pas assez. Pas du tout reconnu Émile Hirsch dont j'ai toujours apprécié le talent d'acteur alors que je suis plutôt physionomiste en général, sa moumoute a perturbé mes skills. Alisson Pill, seule représentante du lesbianisme, est un peu trop noyée par ce casting avec un rôle assez discret, sans avoir à rougir de son interprétation. Pour clore ma critique, je relève une BO bien sympathique, forcément un atout à mes oreilles, même si j'ai pas du tout reconnu Danny Elfman à la création originale. Surprise de le retrouver au générique de fin !
(Un peu longue mais pas autant que la critique) aparté concernant le film et son écho : il est vraiment important de mettre en exergue ce genre de parcours selon moi. Surtout vu le contexte actuel, aux USA comme ailleurs, avec la remontée flippante de l'intolérance envers des groupes de personnes alors qu'on pensait ça loin de nous. Parfois de la part de LGBT d'ailleurs, oubliant là où certains veulent les y voir (au placard ou en institut pour soigner cette maladie). Cette intolérance, elle s'abat aussi souvent sous le prétexte d'une morale religieuse se voulant très tolérante en surface et effrayante d'intolérance dès qu'on gratte un peu les couches. Et de constater la multiplication des assauts pour démanteler des droits acquis ; parfois violemment, ça semble nécessaire de le rappeler. Faisant parfois exploser la toute relative quiétude des États-Unis des années 70 comme on peut le voir dans ce film. Acquis aujourd'hui remis en question ou révoqués, en trouvant un sérieux écho dans nos sociétés qui se targuent d'être modernes. On instrumentalise les dérives certes réelles qui gangrènent les milieux militants. Chose qui a toujours eu cours mais sert aujourd'hui de prétexte pour jeter le bébé en loucedé, parfois en laissant bien l'eau pourrir dans la baignoire pour mieux pouvoir la montrer d'un doigt accusateur et achever le bébé pendant qu'on regarde le doigt.
En affrontant ouvertement les plus réfractaires à l'avancée ou au maintien des droits de l'humain à vivre sa propre vie selon son bon bouloir et en se faisant le porte-parole des groupes opprimés, en mourant non pas pour ce combat mais à cause d'un homme désœuvré, Harvey Milk a semble-t-il acquis le statut de symbole aux USA. Gus Van Sant essaie ici de répandre sa mémoire dans le monde entier en proposant un film grand public, plus lisse que certains items de sa filmo mais pas moins politique. Je pense le pari réussi vu la renommée du film, que je rattrape comme d'hab passé la hype.
Très contente d'avoir dépassé mes craintes et de l'ajouter à ma courte liste des biopics (très) chouettes ! Coolbiopic/6
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