j'ai réussi à réaliser mon rêve et j'ai donc vu les deux, à la suite, au publicis, en salle 1, avec 10 minutes de pause entre les deux. je n'ai jamais fait de marathon ou quoi, donc je pense que c'était la séance la plus longue de ma vie, du coup ? après cléopatre, 4h11, dans la même salle. avec un entracte, comme là. donc je l'ai vraiment vu comme un film en deux parties, donc j'en parle en une fois.
j'ai donc pas mal pensé à cleopatre ou lawrence d'arabie, vus dans la même salle, et puis la chute de l'empire romain, vu y a 15 jours au propos duquel j'écrivais :
Citation:
ça m'a satisfait de la manière la plus basique : je suis absolument fasciné par ces films. l'ampleur de la chose, l'inconcevable accomplissement pratique que c'était, je suis fasciné d'imaginer la tâche herculéenne du directeur de production, j'adore ces plans et essayer de bouffer tout ce qu'il y a à l'écran en ayant qu'une infime idée de la quantité de choix, de travail, de détails que ça a nécessité. ça me fascine complètement et on est en plein dedans : des plans sont comiques tellement il y a manifestement un million de figurants dedans, les décors sont gigantesques, ça t'en fout plein les yeux à chaque seconde. il se trouve que tout ça se déroule par ailleurs dans ce monde fascinant et extraordinaire, cette civilisation lointaine et tellement belle et sophistiquée, tout est un délire. bref : un bonheur.
ce n'est pas ce niveau, obv. mais pas si loin, hein. on sait l'aventure gigantesque, démesurée, compliquée que ça a été. le temps monstrueux que ça a pris. l'ampleur de la chose, visible à chaque plan. ils ont dépensé sans compter, ils ont voyagé, ils ont tourné en dur, pas dans un esprit de surenchère mais pour être à la hauteur du sujet. il y a toujours des gros projets, il y en a eu en france, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser que je regardais un truc devenu fort rare dans l'absolu - 99% est en dur - et quasiment inédit avec cette ampleur dans le cinéma français. alors c'était génial à regarder - j'adore ça, ça me fascine les trucs comme ça - et puis c'était génial que ce soit français. on a une industrie capable de produire ça. c'est accessible à des artistes et techniciens français de vivre une aventure artistique pareille. c'est génial et émouvant. et contrairement aux autres mega projets de pathé, sans imiter les américains - le film est de qualité française, c'est un film français, qui ne singe pas le grand frère. et le dialogue avec le fond du film, l'égo patriotique hypertrophié du héros qui résiste à l'ami vorace américain, était extremement frais.
sinon, ouais, ce n'est pas un biopic. c'est un film d'histoire, voire une leçon d'histoire, clairement. qui profite de son format xxl pour raconter l'histoire comme on ne le fait jamais avec ce niveau de détails, c'est-à-dire dans tous ses soubresauts, ses discussions, des stratégies, ses glorieuses petites histoires et ses minables petites engueulades. j'ai appris plein de trucs - "pendant ce temps-là, le général de gaulle exilé à londres organise la résistance et la contre-attaque" reste la manière dont c'est résumé généralement et dont on connaît les choses et là on découvre la galère que ce fut, l'aspect surréaliste de toute la démarche, les enjeux politiques et stratégiques derrière. on découvre la grande histoire dans ce qu'elle a de plus concret, de plus quotidien. j'ai trouvé ça absolument passionnant de bout en bout, vraiment c'était la régalade de suivre toute cette histoire et d'apprendre plein de trucs comme ça.
c'était aussi passionnant dans son dialogue avec des rayons et des ombres, complétant le panorama de l'époque. savoir si la france était à londres ou à vichy est une fiction évidemment, c'est purement théorique mais je perçois aussi son importance. et je pouvais pas m'empêcher de penser que la france c'était surtout dans les rayons et les ombres, plus que dans les grands hommes et dans les grands mouvements. en tout cas, ce film ne vise pas la complexité morale ou psychologique, des rayons oui, mais ils dialoguent hyper bien.
et puis ça n'est pas creux. le choix de ne pas se focaliser sur les crimes nazis mais sur la souveraineté nationale est un choix audacieux de nos jours, et qui, je pense, offre quelque chose de puissant. ça dialogue avec ce qu'il dit sur le fait que la guerre ne peut être faite et gagnée que si elle est habitée par une cause morale, et ça interroge forcément. le film assume de porter les idées de son personnage et de les rendre vivantes et vibrantes, alors qu'elles ont à 95% disparu de la conscience collective. "nos enfants n'auront rien à nous reprocher" et nous est-ce qu'on est à la hauteur de ce dont on a hérité ? le film est fait par des gens qui essayent de faire en sorte que oui. la démarche du film est équivalente à celle du général qui prend le temps de s'arrêter devant le monument aux morts, alors que les diverses cérémonies des jours fériés sont désertées. c'est beau.
il y a aussi cette glorification des exploits militaires de leclerc. c'était un classique de nos pays, les grandes victoires militaires sources de fierté nationales et les grands militaires étaient des héros - pétain, hein. et ça a quand même totalement et radicalement disparu, et le film a ce segment. je ne sais pas si il le fait par conviction personnelle que c'est bien de célebrer cet héroisme-là, ou si c'est pour épouser la mentalité et l'esprit de l'époque, mais c'était frappant.
et c'était un plaisir de cinéma, aussi. le général a indéniablement une puissance comique remarquable. j'ai adoré la manière dont le film fait dialoguer les niveaux de résistance - le général, fernand, leclerc, etc - pour montrer que chacun, à son niveau et à sa place, partageant une idée, contribue et participe. j'ai beaucoup aimé le soin que ça prend à être accessible de 7 à 77 ans, la responsabilité prise au sérieux de transmettre et faire vivre l'histoire, à être parfaitement mainstream au milieu de ce pari extrêmement fort de le faire durer ce temps-là, de ne pas biopiciser le film, de préférer des réunions stratégiques sur un protocole d'accord abscons à la vie de famille du général. niels schneider pololololololololololololololololololo, la beauté, le charisme, la force, l'incarnation, incroyable. la manière dont à peu près tous les acteurs et figurants sont des beautiful french boys and girls comme les étrangers se les imaginent, vraiment tout le monde est magnifique. pléthore de scène superbes.
y a des trucs qui vont pas (les tartines de musique en permanence, des scènes un peu ratées, tout ça) mais vraiment on s'en fout, quoi. c'était une œuvre unique, impressionnante, inspirante, émouvante.
j'ai adoré et c'était vraiment une après-midi merveilleuse que d'être plongé là-dedans.