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MessagePosté: 09 Juil 2023, 08:46 
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Double programme : harcèlement et arme blanche à coupler avec Blackmail

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Synopsis : nouvellement arrivée à L.A., Leigh Michaels, réalisatrice pour la TV, emménage dans un immeuble ultramoderne et reçoit bientôt des cadeaux étranges d’une entreprise de voyages, suivi d’appels tout aussi inquiétants. Bientôt, Leigh a l’impression que quelqu’un la surveille constammeeeeeeent, et qu’elle n’a plus de vie privée (Oh-oh-oh).

Quatrième film de Carpenter et première incursion à la télévision, Someone’s Watching Me (aussi connu sous le titre VF de Meurtre au 43e étage) sort la même année que Les Yeux de Laura Mars, écrit par Carpenter sur un sujet voisin (une photographe de monde a des visions de meurtre), mais réalisé par Irvin Kershner. Au jeu de la comparaison, et malgré son statut de téléfilm, le Carpenter l’emporte haut la main sur l’adaptation embourgeoisée qu’en fait un Kershner à la solde de Jon Peters quand ce dernier s’appelait Bradley Cooper. Si la peinture du milieu de la mode et sa confrontation avec le mur de la réalité du New York 70s fournissent une bonne matière visuelle, Kershner foire totalement à la fois l’attachement à son héroïne (pas aidé par Faye Dunaway en mode totale diva qui en fait quinze tonnes) et l’idylle avec un Tommy Lee Jones en jeune premier (sans compter la chanson de Barbra Streisand qui ouvre ET ferme le film, merci Jon).

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A contrario, Someone’s Watching Me tire avantageusement parti de ses contraintes budgétaires et de son tournage express en dépeignant un milieu moins guidé. Il réussit beaucoup mieux à rythmer le récit via la succession de suspects. L’intrigue est en réalité prétexte à un portrait de femme qui se retrouve confrontée à deux types d’agression : celle de la machination du film et celle communément subie par la gent féminine. Et de ce point de vue, loin d’asséner un pensum lourdingue sur le sujet, Carpenter délivre un parfait manuel de survie en jungle patriarcale : Leigh qui se demande si l’entretien d’embauche va tourner à la drague relou ; le nouveau collègue qui va effectivement la draguer lourdement ; les flics qui ne vont pas prendre ses demandes de protection au sérieux ; l’obligation de vivre cachée, les volets fermés etc... Et tout ceci est justifié à chaque étape par l’ampleur progressive du danger qui la guette. Danger aussi invisible et pernicieux, bien sûr, que les gangs d’Assaut, le brouillard de Fog, les apparitions de « The Shape » ou la contamination de The Thing.

The Thing, parlons-en avec la topographie de ce nouvel appart ultra-moderne dans lequel Leigh se sent si bien mais qui devient d’une part une prison puis un endroit oppressant dans lequel le mal s’immisce : voir ainsi comment avec un habile jeu de lumière, il donne à la montre de Leigh posée sur un rebord de lit l’aspect d’une tarentule la guettant. Dès son arrivée, la caméra fluide de Carpenter suit Leigh dans cet appartement agencé bizarrement, ce qui offre une impression de spirale claustro, pas si éloignée de la base de recherches de The Thing. Mais les prises de vues extérieures participent également à la paranoïa des lieux : les gratte-ciel deviennent des barreaux de béton (comme dans son futur They Live), les feux rouges encerclent la voiture de Leigh comme autant de signaux d’alarme, et un parc prend une allure inquiétante sitôt le couple sorti après une pourtant longue balade romantique nocturne en plan-séquence.

De plus, il n’abat pas toutes ces cartes de suite et distille le malaise entre deux sorties dans des bars du coin, où Leigh rencontre le boyfriend de giallo typique, fade et inutile, baptisé Paul Winkless sans doute pour son côté imperturbable et chiant. Plus intéressante est l’entrée dans la filmo de Carpenter d’Adrienne Barbeau, en collègue lesbienne qui devient la confidente de Leigh. Les conversations et rencontres des trois amis sont dépeintes avec un aspect « laid back » californien très prononcé. Le réal est en terrain conquis et on le sent particulièrement à l’aise pour transcrire les us et coutumes des trentenaires de l’époque. Et en bon émule de Hawks, c’est évidemment Leigh (prénom de la scénariste légendaire du renard argenté) qui fait le premier pas pour aller draguer Paul avec un bagout remarquablement assuré.

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Outre Hawks, Carpenter convie forcément Hitchcock, avec cet espèce de contrechamp de Rear Window : lorsqu’elle se découvre observée par un voisin dans l’immeuble en face. Mais il ajoute également une rasade de Don Siegel lorsqu’il filme l’équipement de surveillance et notamment les télescopes qu’on pourrait confondre avec le fusil de sniper utilisé par Scorpio dans Dirty Harry. Loin de saupoudrer d’érotisme le voyeurisme comme un DePalma le ferait, cet acte est ici représenté comme une véritable agression, une volonté de tuer la personne observée : lorsque Leigh est matée, elle l’est dans un véritable viseur. Présentée comme une proie, elle reflète également une des grandes peurs du cinéma de Carpenter : l’intrusion dans la vie privée. Car se sachant observée, Leigh va bientôt sombrer dans la dépression jusqu’à une scène-clé qui la voit réagir et se muer en prédatrice.

Au cours de ce jeu de chat et de la souris, Leigh part à la recherche de son voyeur, armée d’un couteau qu’elle tient droit au niveau de l’entrejambe en marchant. Puis, ayant fait tomber son arme, elle part à sa recherche en rampant littéralement à travers une canalisation, ce qui lui donne un aspect de créature souterraine. La contamination du mal (oui ici du mâle) va, par la suite, progressivement la rendre dépressive. Un des instants les plus sombres du film
préfigure d’ailleurs le Blow Out de De Palma (le cri de Sophie qui se fait assassiner et qu’elle entend grâce au talkie-walkie qu’elles utilisaient pour fouiller l’immeuble du voyeur)
. Seul un instant fatidique où elle semble devenue catatonique lui permettra d’entrevoir une porte de sortie en renversant l’ordre de la traque (là, on peut songer à Body Double), jusqu’à une confrontation finale savamment orchestrée,en prenant là encore en compte les limites de ce type de production.

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En alimentant le moteur de son intrigue classique avec son carburant libertaire, Carpenter renvoie dos à dos la déshumanisation des lieux et monstruosité quotidienne du harcèlement et aiguise des outils dont il se servira par la suite pour livrer l’autopsie d’un certain mode de vie américain.

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MessagePosté: 09 Juil 2023, 12:59 
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Vaut mieux l'avoir en journal
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Inscription: 04 Juil 2005, 15:21
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Film vu sur La Cinq (attiré par l’affiche). Cette époque où Carpenter grimpe et transforme en or tout ce qu’il touche le fascine. Quelle chute (financière)...

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Que lire cet hiver ?
Bien sûr, nous eûmes des orages, 168 pages, 14.00€ (Commander)
La Vie brève de Jan Palach, 192 pages, 16.50€ (Commander)


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MessagePosté: 09 Juil 2023, 13:05 
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Passé They Live, et même si j'aime bien ses films, ça se sent qu'il bosse à contrecœur et qu'il bâcle pas mal d'aspects : tout est hyper-soigné, dans cette période, même, et surtout, celui-ci avec ses limitations.

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MessagePosté: 19 Fév 2026, 09:04 
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Inscription: 25 Nov 2005, 00:46
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Localisation: Fortress of Précarité
En s'inspirant de Hitchcock, Carpenter livre son œuvre la plus depalmienne, signant un film entièrement articulé autour de la notion du regard. Le récit comporte trois niveaux de lecture : le thriller classique sur une femme épiée et harcelée par un voyeur, la peinture d'un monde où les femmes sont entourées d'hommes trop présents (agent immobilier, voisin, patron, collègue relou) ou trop absents (son mec, les flics) mais détiennent toujours son sort entre leurs mains, et une réflexion sur la scopophilie et la position de celui qui regarde.

Si je trouve le premier aspect relativement efficace - la mise en scène de Carpenter prend bien son temps pour dessiner les contours de cette prison moderne qu'est l'appartement de l'héroïne jusqu'à la rendre littérale quand elle s'enferme derrière une grille - mais tout de même rudimentaire dans son déroulement, et que le second est tout à fait bienvenu (Adrienne Barbeau en pote lesbienne, fuck yeah), c'est bien évidemment la dimension théorique du film qui m'intéresse le plus.

Leigh est une réalisatrice TV, littéralement celle qui dirige le regard, qui décide sur quelle caméra switcher, et toute l'entreprise vise à arroser l'arroseur, à retourner le regard contre elle, à faire de celle derrière l'objectif celle devant l'objectif. En emménageant dans son appartement, elle installe un petit poste de télévision sur sa table de chevet mais c'est le monde entier qui est une scène entourée d'écrans, qu'il s'agisse des fenêtres de son logement (ou de celles des autres, visibles depuis son gratte-ciel) ou de la vitre sans teint du commissariat (à travers laquelle Leigh regarde un suspect en disant "I can't stop myself from watching").

Tout le film est une bataille pour le regard, pour être celui qui regarde et donc celui qui domine. Jamais un télescope n'a autant été flinguomorphisé, y a carrément une scène de duel au milieu du récit, chacun braquant son téléscope vers l'autre, par immeubles interposés, Leigh essayant de se réapproprier sa position de réalisatrice...et transformant malgré elle son amie en actrice. Donc en victime.

Une victime que Leigh était désignée à être par l'existence même du film...et donc de notre regard. "Someone's Watching Me". Someone c'est nous, le spectateur. Le pire prédateur de tous.

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MessagePosté: 19 Fév 2026, 09:06 
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Robot in Disguise
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Inscription: 13 Juil 2005, 09:00
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Hein ? Jamais entendu parler de ce film.

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Liam Engle: réalisateur et scénariste
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MessagePosté: 19 Fév 2026, 09:08 
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Inscription: 25 Nov 2005, 00:46
Messages: 89376
Localisation: Fortress of Précarité
Qui-Gon Jinn a écrit:
Hein ? Jamais entendu parler de ce film.

Téléfilm tourné juste avant Halloween et diffusé juste après.

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