BITTER
KOMIX de Joe Dog et Konradski, chez L'Association.
Ce gros livre de plus de 250 pages est une anthologie de ce qui s'est fait depuis quinze ans dans la revue sud africaine Bitterkomix. L'Afrique du sud était pratiquement invisible dans le paysage de la bd en France, et voilà qu'après le Scrublands de Joe Daly (à L'Asso aussi) débarque le même mois The Red Monkey dans John Wesley Harding du même Joe Daly, Rats et Chiens de Conrad Botes (alias Konradski) chez Cornélius, et donc ce beau Bittrekomix.
Livre bicéphale donc, avec deux auteurs au style très différent. Joe Dog navigue entre un style réaliste/bancal pas très loin parfois d'un Pierre la Police, et un style ligne clair qui détourne l'esthétique Tintin. C'est d'ailleurs ce dernier style qui est le plus parlant quand à l'esprit de Bitterkomix face à une certaine société sud africaine blanche et bourgeoise, qui semble mal digérer son passé colonial et raciste. Joe Dog se sert du Tintin période Congo pour mettre rageusement en avant son dégout et la critique de ce milieu social.
Par exemple dans ces deux pages qui terminent un court récit :
Konradski lui est dans un style plus proche des éditions Dernier Cri, avec des noirs profonds et sombres et un dessin assez violent. Ses histoires pourtant se tournent souvent vers le récit historique ou autobiographique, ce qui fait qu'il est peut être le plus sensible des deux, plus tourné vers les personnages là où Joe Dog est souvent absurde ou rentre dedans.
L'ensemble est assez puissant, complètement tourné vers l'outrage et la provocation, très en colère, incisif, à la fois intelligent et outré. Un côté no limites aussi plutôt réjouissant qui renoue avec une bande dessinée rock'n roll qui a un peu disparue en France depuis les années 80 (les deux auteurs avouent avoir été influencés par des revues comme Metal Hurlant).
Pour la page sexe, je n'avais que l'embarra du choix puisque les artistes ont souvent recourt à le pornographie. La case qui suit est assez représentative d'ailleurs de l'ironie dont ils font preuve face au complexe du blanc vis à vis du fantasme de la supériorité noire en matière de sexe (c'est quelque chose qui semble revenir souvent dans leur œuvre, et qui laisse entendre que ce complexe est assez présent chez les blancs d'Afrique du sud).
Je ne saurai que trop recommander la lecture de ce livre, un peu cher certes, mais sans gras, passionnant et souvent impressionnant (à noter aussi la présence de quelques textes théorique à l'intérieur, forts intéressants).