Braid (XBLA/PC)

L'exemple type de jeu que j'ai eu l'impression de connaître depuis sa sortie, vu que je l'ai essayé sur quelques niveaux, j'ai vu les gens y jouer, j'ai lu énormément dessus... Bref, en s'y mettant concrètement, on sent quand même que ça a son âge, ou en tout cas que c'est que c'est antérieur à
Limbo. Ce second jeu, qui apparaît clairement comme le maillon suivant du puzzle-plateforme indépendant, semble dans la comparaison beaucoup plus fluide, coulé, lié à l'expérience de la plate-forme.
Braid, pour sa part, est avant tout un puzzle-game, rigoureusement découpé en énigmes et en tableaux isolés, un peu sec (quoique virtuose), parfois crispant, voire claustrophobe : il y a un fossé entre les niveaux de l'anneau (où l'on maîtrise, où c'est local), et le niveau rembobinage (celui où chaque mouvement fait bouger tout le décor) où l'on se raidit à ne plus pouvoir faire le moindre pas sans avoir à le réfléchir.
Le jeu est dense et costaud, parfois un peu abusé je trouve : si tout a été millimétré, c'est parfois à partir d'outils pas évidents. Le coup du tableau-plate-forme, où de la clé qui buge, me semblent par exemple beaucoup trop tordus, ou en tout cas pas assez préparés par le jeu. Ça aurait peut-être gagné à être un peu plus long, car on apprend quasi un moyen d'action à chaque nouvelle énigme. Mais globalement, je reconnais le travail d’orfèvrerie.
C'est surtout sur le plan narratif que j'attendais le jeu au tournant. Les textes intégrés sont un peu maladroits, même s'ils imposent un tempo littéraire au jeu (s'arrêter, prendre le temps, et bientôt décrypter comme on s'en aperçoit vite). Mais l'ensemble reste à l'état de traces un peu trop éparses à mon goût (comme cette histoire de bombe H qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, et auquel le jeu prépare peu), quand des idées sublimes comme le niveau final (d'ores et déjà une date du jeu vidéo, c'est aussi superbe qu'on me l'avait promis) racontent l'histoire de manière bien plus puissante - si on s'en tient à une dimension romantique/freudienne. En gros, j'aurais bien aimé que le jeu soit plus évocateur (compréhensible à chaud, comme ce final) qu'allégorique (compréhensible à froid et à rebours).
Bref, je trouve ça assez imposant, impressionnant, mais j'ai pris un plaisir modéré à jouer, et ça m'a pas ému comme
Limbo, qui avec moins de signes déploie une narration autrement plus ample, même si dans les faits
Braid est sans doute un tour de force bien plus savant.