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Semi-déception.
Alors, c’est sans aucun doute un bon film : bien pensé, réfléchi, développé, avec des thématiques intéressantes et structurées entre elles, un visuel de cet univers qui déboîte, et des scènes d’action et de tension efficaces. Mais je n’ai jamais réussi à m’y intéresser plus que ça. Vu sous l’angle du post-apo, ça reste le haut du panier, mais de par sa nature de préquelle dans un univers précis - celui d’un film précis, dont le lien est poussé jusqu’au générique - ça handicape Furiosa. Si je n’avais pas vu Fury Road, j’aurais sans doute davantage apprécié et eu vraiment envie de connaître la suite de l’histoire. Mais en l’état, la comparaison fait très mal.
Visuellement, l’utilisation renforcée du CGI se voit, même si c’est mieux géré que dans bien des blockbusters. Reste que ça plombe parfois les scènes d’action, pourtant rondement menées, et ça ne donne plus le même sentiment d’innovation (même si, fondamentalement, tout Fury Road était déjà dans Mad Max 2, l’upgrade était impressionnante). La scène dans la Bullet Farm m’a fait penser à la finale de Battleship Island, en moins bien, alors que ce film a pourtant presque dix ans de plus. La musique de Morricone n’est peut-être pas étrangère à cette impression, mais dans le film coréen, on a beaucoup plus de personnages auxquels s’attacher. Et c’était aussi la force de Fury Road, avec sa galerie de personnages charismatiques et attachants. Là, c’est presque uniquement Furiosa seule contre tous (alors quand en plus on sait que la moitié des persos vont s'en tirer...). Et quand elle trouve un allié, eh bien… c’est encore une comparaison qui fait mal. Non pas que cet alter-ego de Mad Max soit mauvais, mais en termes de charisme, il n’arrive pas à la cheville de Mel Gibson, qui suintait la superstar par tous les pores dans sa série B fauchée. Sa relation avec Furiosa, tout en pudeur et retenue est jolie, mais c'est peut-être trop en pudeur et retenue (et ça pose quand même question sur le rapport de Miller à la sexualité), notamment à la fin, même si on peut estimer qu'à partir du moment où Furiosa est témoin du destin de sa mère, elle est blindée. Mais ce manque d'humanité, à la Mad Max donc, est mal gérée, d'autant plus par rapport à la décision finale du film, annonçant la suite. Faut dire que Furiosa elle-même ne m’a pas passionné non plus. Le film est extrêmement long à démarrer - et trop long au global, ce qui est un comble pour un Mad Max. Pourtant, le personnage ne semble pas vraiment évoluer. Elle est déjà mortelle gamine.
Et quand arrive la confrontation finale - cliché du discours du méchant à la merci du gentil, alors qu’ils ne sont pas si éloignés sur le fond - j’ai du mal à y trouver le moindre intérêt, en dehors du cabotinage de Hemsworth. Du mal à voir ce qui pourrait déclencher une prise de conscience à se dire que sa propre survie ne suffit plus et qu'elle décidera de ne pas partir seule à la recherche de son paradis perdu. Il faut dire aussi que je ne suis jamais convaincu par Taylor-Joy. Je veux bien que son côté frêle apporte quelque chose au début, mais froncer les sourcils et afficher de la détermination ne suffit pas à rendre crédible la transition avec Theron, plus carrée, plus physiquement présente. Je trouve qu’elle ne colle pas vraiment au personnage.
Reste l’univers, toujours génial, mais là aussi j’ai du mal à y trouver un réel intérêt. Miller aime un peu trop son lore, mais ça n’apporte pas grand-chose à ce que Fury Road présentait déjà. Les relations entre les différentes cités ne sont pas vraiment enrichies, et le seul ajout notable est Dementus : un personnage sympa, sorte de schizo capable de fulgurances tout en étant un énorme loser -pendant négatif de Mad Max. Mais ça me semble bien léger pour justifier le film. Il aurait peut-être fallu en faire le personnage principal. Ou alors, j’aurais largement préféré une préquelle sur l’ascension d’Immortan Joe. Ou encore découvrir la civilisation qui émerge de cet Eden. On est beaucoup trop dans le recyclage, et c'est pas passionnant malgré tout le meta qu'on voudra bien y mettre. Beaucoup trop d’auto-indulgence autour du background de Fury Road, qui ne méritait certainement pas qu’on y consacre 2h20.
J’ai beaucoup pensé au 3, que je n’ai pas revu depuis un bail. L'impression que Miller a voulu refaire la même chose (et prendre sa revanche sur cet épisode mal aimé ?) : montrer davantage son monde post-apo de l’intérieur, à travers des interactions sur la durée, avec une volonté d’immersion dans une nouvelle société tout en cherchant à la mythifier. Mais c’est encore raté. Pourtant dans un récit hyper balisé par chapitrages. Je me demande d'ailleurs si retenir cette option n'est pas un aveu de l'absence de ligne directrice vraiment claire sur l'objet du projet. J'adore l'idée de quasi-ellipse de la guerre, avec la voix-off du narrateur (encore une béquille, même si super cool le perso du narrateur et parfaitement bien vu dans l'univers), mais je la trouve mal gérée avec son montage parrallèle du bras de l'héroïne, vraiment du mal à saisir combien de temps se passe. Je me suis vraiment posé la question. Et même si j’aime bien le 3 - qui reste le plus faible de la saga - je me demande s’il n’a pas été détrôné par Furiosa. Un film que j’apprécie quand même, mais qui paraît plus petit, plus épisodique. Là où le 3 se cassait la gueule, mais portait une ambition tout autre.
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