Film Freak a écrit:
Film Freak a écrit:
Tom a écrit:
Je serais curieux de connaître vos avis, je m'en vais lire celui de Nijal (qui a l'air particulièrement inspiré, diantre !)
J'avais été assez déçu quand je l'avais découvert, tardivement, il y a quelques années...l'impression que le film s'arrête juste quand il commence enfin...faudrait que je le revoie maintenant que je suis averti, surtout qu'après cette vision, j'avais analysé le split-screen au bal en cours à la fac et ça m'avait interpellé, comme si je redécouvrais le film...
Et c'est donc chose faite, avec une vision propre, en VO, comme il faut.
Je revois mon avis un peu à la hausse mais je persiste à trouver ça un peu "simple" dans le scénario.
C'est très court, il ne se passe pas grand chose. Y a un crescendo qui fonctionne bien et globalement le film TUE dès qu'on est au bal, enquillant morceau de bravoure sur morceau de bravoure (le slow, la montée, le split-screen, tous les effets de montage). Tout est super fat mais le genre fait passer la pilule et ça marche du tonnerre (moins dans certains trucs incompréhensibles, comme l'accéléré dont on a beaucoup parlé ici).
Enfin bref, c'est bien mais un peu "petit", je trouve. Plus un exercice de style qu'un "vrai film".
4/6
Citation:
Cela dit, je suis pas vraiment fan de ce que j'ai vu du De Palma d'avant Blow Out, je préfère ses films des années 80 et 90 (et à partir de 2000, ça se délite à nouveau à mes yeux).
Mais j'ai des lacunes cela dit.
Film Freak a écrit:
Bon je crois qu'après Scorsese, De Palma est mon prochain candidat pour une méga rétro.
Toujours pas fait. Il serait temps. La connexion fibre et la projo vont accélérer les choses.
Quand je me suis enfin fait la rétro, entre les séances à la Cinémathèque en 2018 et des projos à la maison en 2020, je n'avais pas revu celui-là mais étant devenu un vague vendu avec le temps, j'avais envie de le revoir et j'ai bien fait.
J'apprécie un peu plus le film à chaque vision parce que je crois que je me rends davantage compte de ce qui était déjà là dès le départ : c'est un
slow burn vers l'inéluctable.
Le récit ne cache rien, il ne nous garde pas exclusivement dans le point de vue de Carrie. Même si le plan de Chris et ses comparses n'est pas clairement expliqué, on nous la montre planifier son coup. Son personnage, ou plutôt sa trajectoire, m'apparaît d'ailleurs aussi intéressant que celui de Carrie
in fine. C'est un peu l'histoire d'une
collision course entre Carrie et Chris, entamée à partir de cet incident initial des douches jusqu'au bal fatidique. Là où l'on suit Carrie découvrir ses pouvoirs simultanément avec la perspective d'une adolescence normale (aka la puberteyy), on suit également Chris à l'autre extrême du spectre, enchaînant les transgressions (harcèlement d'une camarade, rébellion contre une prof, fellation pour amadouer un complice, meurtre d'un animal...) dans un parallèle troublant. La naissance d'une jeune femme que relate le parcours de Carrie est évident mais à côté il y a la naissance d'une sociopathe.
C'est peut-être ça qui m'a le plus parlé cette fois-ci, ce portrait de l'adolescence. J'étais déjà fan de la mise en scène mais je trouvais l'écriture trop simple, trop petite, et j'ai enfin saisi que c'était
a feature, not a bug. C'est un instantané de la souffrance de l'âge ingrat où l'horreur commence avant le moindre pouvoir télékinétique, avec des
bullies à l'école et une mère bigote à la maison. Et De Palma filme ça comme tel (le grand angle grossier sur les connasses, la demeure des White, c'est vraiment un enfer, entre les arches gothiques, les cadres rigides au dîner, la plongée sur le placard exigu...).
La mise en scène elle-même incarne cette transgression. Le premier plan est une plongée quasi-divine sur le terrain de volley qui vient resserrer sur Carrie, accablée, désignée ainsi comme cible, du courroux mais aussi de notre regard. Et De Palma nous positionne plus que jamais en voyeurs avec la séquence qui suit : on mate littéralement le vestiaire des filles, comme des adolescents dans un
teen movie. On devient Norman Bates (dont le nom est celui du bahut ET de l'élevage porcin) face à toute une classe de Janet Leigh, mais entièrement à poil et au ralenti ici. Sacré Brian. Et y a évidemment une scène de douche, filant cette célébration de la chair joyeuse avant que le sang annonciateur ne vienne à nouveau condamner Carrie comme martyr.
Le film entend montrer l'envers du décor, ce qui se cache en dessous de l'adolescence dorée, littéralement (le vestiaire donc avec ses femmes nues) et au sens figuré, révélant des adolescents, et qui plus est des filles, cruelles au possible. C'est pourquoi la bonne action de Sue et la lueur d'espoir que représente l'effort sincère de Tommy ne peuvent que résonner de façon encore plus triste aux yeux du spectateur qui sait pertinemment que ça va mal finir. Chaque fois que Pino Donaggio laisse parler sa musique romantique typiquement italienne, le film se teinte d'une ironie dramatique puissante.
Et ce n'est jamais plus vrai que lors du dernier tiers du film (enfin quasiment la deuxième moitié à vrai dire), lorsqu'on arrive au bal et que De Palma fait craquer ses articulations, pose ses couilles sur la table et livre une véritable leçon de mise en scène. Ici, l'image ne ment jamais. Elle montre toujours l'horreur de la situation. Quand Carrie et Tommy dansent et qu'il filme ça dans un travelling circulaire en contre-plongée de plus en plus vertigineux, ce n'est pas enivrant, c'est juste à deux doigts du gerbant. C'est déboussolant. Carrie perd pied. Et quand elle passera en mode vengeresse, jamais la mise en scène ne nous fait kiffer ce que Carrie inflige à ses "victimes". C'est proprement horrifique. Violent. Avec un
split screen aussi incisif que le violon strident piqué à Bernard Herrmann pour illustrer la soudaine ubiquité d'un personnage doté de pouvoirs.
Et entre les deux, il y a l'incroyable morceau de bravoure dilatant le temps où De Palma s'amuse avec les regards, celui de Chris sur son seau, celui de Sue qui suit la corde, celui de la prof de sport sur Sue, et bien évidemment le notre, captivé, ou devrais-je dire captif du découpage de l'auteur, parfaitement conscient de ce qui va se passer mais pendu, non pas aux lèvres mais à l'œil de Brian et de tous ces personnages, à redouter l'inévitable, prisonniers que nous sommes du suspense que le cinéaste étire à l'infini. Voyeurs. Complices.
Mais c'est tout le film finalement qui était un long crescendo vers cette fin biblique, jusqu'à cette ultime transgression quand la mère meurt telle Saint-Sébastien mais semble contentée par ce qui reste un acte de pénétration.
Nan ça tue.