Puck a écrit:
Je ne dirais pas qu'il s'en cache, mais c'est sûr que c'est une découverte relativement récente qu'il était métis. Le taf qu'il a fait par la suite et son image n'ont plus le même impact car il devient assez vite reclus et fait passer son oeuvre en général avant sa personne. Ca n'a jamais été un type sociable.
Je te conseille le bouquin de Tisserand dont je parlais plus haut: Krazy: George Herriman, a Life in Black and White
J'insiste une dernière fois sur ce point parce que bon, j'aime bien aller au fond des choses (je suis labellisé titilleur cela me va). J'ai pas lu le bouquin de Tisserand et donc je ne sais pas ce qu'il peut y raconter, maintenant même s'il semble très documenté et sourcé ça n'empêche pas les déformations volontaires ou involontaires de fan ou quoi (voir les livres de Michel Onfray pour un exemple extrême, ou Mark Evanier sur Kirby tiens, la grosse artillerie du fan, quitte à nier les évidences).
Gontrand le rappelle dès son premier message, la famille d'Herriman bouge de la Nouvelle-Orléans vers L.A. et pourquoi ? Pour se fondre dans la mixité ethnique, ce qui permet au père d'Herriman d'occuper un emploi qu'il ne pourrait pas occuper s'il était identifié "noir". Sur leurs actes de naissance il y a écrit "
mulatto". Sur l'acte de naissance de George Herriman il y a écrit "
coloured". Maintenant "
coloured" ça ne veut pas dire grand-chose car grec ou italien, tu pouvais avoir cette mention "
coloured" aussi. Ces faits sont documentés depuis les années 70.
En pleine ségrégation raciale (
Jim Crow), avec séparation dans les transports publics, dans les écoles, dans les emplois qu'on peut occuper, etc. et avec les lynchages etc., planquer ses origines créoles n'est pas complètement dénué de fondement - tout aussi valable pour ses parents qui peuvent lui cacher ses origines pour éviter les ennuis. Clair qu'identifié "noir," il n'aurait jamais pu bosser pour le
King Features Syndicate. Il y a quelques artistes de
comics strips noirs américains néanmoins.
Le sait-il dans les années 1900 ? En tout cas il fréquente amicalement au moins un suprématiste blanc notoire, et répercute les clichés raciaux des
funnies dans certains de ses travaux à cette période.
Mais tout au long de sa carrière ses collègues l'appellent "Le grec" et il porte toujours un chapeau, pour cacher une malformation à l'arrière de son crâne, dit-il (mais en fait ses cheveux frisés visibles sur les rares photos de lui où il ne porte pas de chapeau).
Herriman ne se revendique en tout cas jamais publiquement créole, jamais noir américain, et continue de bosser pour Hearst, jusqu'à sa mort en 1944.
Son acte de décès porte la mention "
caucasian".
Si ce n'est pas s'en cacher, le refouler (même si dans cette notion de refoulement est omis tout ce qu'il peut en faire dans ses bandes dessinées), qu'est-ce que c'est ?