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MessagePosté: 19 Sep 2019, 18:34 
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Bien sûr sinon que l'interprétation psychologique est réductrice !


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MessagePosté: 02 Oct 2019, 21:29 
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Luchini-movie, mais aussi Demoustier-movie typique. Son personnage est très proche de celui qu'elle jouait dans le dernier Guédiguian (ce film est d'ailleurs un peu le Promeneur du Champ de Mars avec Collomb propulsé de façon valorisante à la place de Mitterrand) et la situation comme la mise en scène rappellent encore plus Quai d'Orsay de Tavernier où elle était déjà présente dans un rôle plus effacé, mais anticipant celui-ci.
C'est sans suprise, et de forme en effet terne, très télévisuelle (les Renault Talisman rutillantes pour figurer le pouvoir...). Les personnages sont désincarnés (le dialogue est l'auto-commentaire de leurs intérêts et conscience sociale, même dans les relations intimes). Pour rester dans le même type de cinéma, Première Année faisait preuve de moins de maîtrise mais de plus de relief, les personnages étaient plus aimés par le cinéaste que ne le sont ceux-ci. C'est toutefois assez intelligent : dialogue très écrit, et parfois assez incisif, on pourrait même déceler dans le film une certaine misogynie, un des non-dits (mais également un des postulats) du film étant que la politique n'est pas considérée un milieu de femme, la division sexuelle homme/femme correspondant strictement à une division acte / conscience. L'absence de solidarité entre collègues féminines et leur concurrence à mort est aussi bien clichée (même si c'est la partie la plus réussie du film, reposant sur la situation plutôt que les dialogues).

Le film pâtit de l'absence de contre-champ opposé au personnage central, qui aurait été intégré dans le récit. Demoustier n'est définie que par son métier et son parcours académique passé...elle n'a ni parent ni origine, juste un nom, l'ancrage sociologie est de manière très française rabattu sur l'école - tout comme la femme de son ex, écolo décroissante harcode et un peu inquiétante, a directement pour origine la richesse de sa famille issue de la soierie lyonnaise . Les hommes disposent eux de qualités morales et d'une personnalité qui ont une fonction invariante et structurante comparable à celle de l'origine sociale (et/ou aux idées) chez les femmes : son ex est moralement "épatant" avant d'être "logiquement" de gauche, le maire a un narcissisme blessé et accepté qui attire la confiance, Reinartz est brutal mais pas méchant etc... Je n'ai pas toujours été un féministe woke en temps utile, mais hum,


Ce contrechamp existe pourtant, mais est ellipsé :à la fin le personnage a vieilli, a des enfants, s'est sans doute exilé ( enfin expatrié en Chine, ou peut-être au Rwanda, en Allemagne ou en Algérie, enfin dans un pays où les gens "sont différents d'avant", ce qui vaut la peine d'être observé dans un poste diplomatique valorisant), mais j'ai l'impression qu'il consiste, plutôt qu'en une vie privée,directement dans l'identité et dans le nationalisme français (le seul discours de Luchini est très gaullo-malrassien, sur la Résistance, prise comme mythe et creuset) , que Luchini-Collomb esquive presqu'entièrement le reste du temps; même si l'idée est glissée d'un mot dans le discours final, finalement jeté à la poubelle ( trop risqué pour la gauche,risque dont le réalisateur reproche à son propre m personnage l'évitemment, comme s'il ne l'avait pas écrit lui-même) dans la dénonciation confondue des élites et de la croissance polluante, élites auxquelles Demoustier reproche tout à coup, sans que le sujet n'ait été directement ébauché , finalement leur cosmopolitisme. celui-ci n'étant même pas la source, mais la conséquence de leur cupidité (c'est thématisé par le film comme la principale différence entre la gauche et la droite), ce qui m'a mis assez mal à l'aise, comme Français vivant et né à l'étranger...

La même petite musique intervient finalement également avec la relation (assez improbable, elle le présente à l'opéra avant de le voir) qu'elle noue avec l'éditeur qui l'a touchée en se présentant justement comme un artisan-commerçant ( plutôt typé mélanchoniste indépendant - combinaison là encore improbable) plutôt qu'un intellectuel. L'identité française est ainsi logée directement dans l'écart tissé entre l'idéologie et le réel, comme si elle se confondait avec la vie elle-même. Grave question : Jusqu'à quel point la gauche peut-elle être zemmourienne?.

Le film est plutôt judicieux lorsqu'il aborde le fait que l'écologie dans sa veine catastrophiste est un substitut de la dimension révolutionaire et internationaliste de la gauche, qu'elle articule cette fois-ci au présent (plutôt que dans le futur) et au plan local (qui équivaut directement au national), mais en gardant cependant l'idée d'un avènement cathartique qui recréerait en même temps du possible et de l'impensé en annulant brutalrment l'ordre actuel. Le désir comme la foi sont ce qui vieillit le présent avant qu'il ne livre son sens. L'écologie est comme le communisme le dernier terme d'une dialectique, voué à être supprimé par sa propre réussite, devant tragiquement et volontairement égaler lui-même, dans la conscience, la crise qu'il combat réellement (la conscience du négatif et sa trace matérielle se suppriment alors en même temps, d'où un deuil du présent immédiat) . Le tragique, le problème des personnages du film, qui permet la fiction, c'est l'impossibilité, bien-sûr entretenue par le récit, d'hiérarchiser la gravité de la crise écologique et celle de la crise de l'identité française, d'être en mesure de se prononcer sur l'urgence et de désigner laquelle doit être affrontée prioritairement. Il faut délaisser un problème au profit d'un autre.
Or l'abandon est présenté ici comme du social, réel et infrangible, opposé au politique (qui est plutôt la culmination de l'ordre du désir).

Par hasard, j'ai vu récemment Je Demande la Parole de Panfilov qui met en scène finalement le même personnage de maire qui renonce à un destin national, avec le même type de pychologie (le personnage est contraint de se situer en permanence dans sa culture, d'interprêter et de revendiquer en même temps, mais cette simultanéité est forcément individuelle et ne justiife plus son action politique). Il est frappant de constater que le film soviétique de 1974 est beaucoup plus audacieux formellement, créant par la puissance du cadre une présence et un malaise quasi-charnels qui excèdent l'intention et l'illustration programmatique du réel, présence qui est à la fois un refuge improvisé pour le personnage central et une violence incompréhensible pour les autre. Cependant, dans ce qu'ils ont de ressemblant, le film de Pariser donne l'impression, pour moi assez inquiétante car à la fois centrale et impensée, que l'idée de nation française est pour lui en crise exactement de la même manière que ne l'était celle de communisme pour Panfilov 45 ans plus tôt.

J'ai été déçu que le film (comme le Desplechin avec Roubaix), tout en faisant de son cadre lyonnais un enjeu central, ne montre pas plus la ville ; tout comme le dernier Desplechin , d'ailleurs le Parc de la Tête d'Or et le parc Barbieux sont filmés de la même manière dans ces deux films : à la fois comme la ville réelle, sa "nature" et son innocence, et le passé mort et fantomatique des personnages.
Deux films qui partagent beaucoup de points communs, outre Reinartz : Alice occupe la même position que celle de Daoud, un sur-moi moral de tout une administration, ,ayant acquis l'équanimité et le don de deviner les consciences au prix du refoulement de sa propre origine, en lui état et justice sont personnellement identifié, à la fois comme un sacerdoce et un fantasme


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