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MessagePosté: 20 Juil 2026, 17:18 
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Dans la province de Tucumán, en Argentine, des conflits fonciers opposent depuis plusieurs générations les communautés autochtones aux descendants de colons de la petite bourgeoisie blanche, dont les familles se sont progressivement constitué la propriété, soit en créant de toute pièces les titres, soit en nouant des relations apparemment amicales mais intéressées avec de vieux Indiens.
En 2009, un affrontement a lieu entre un trio de Blancs (un petit propriétaire quie s'est allié avec deux ex-policiers) et la communauté Chuschagasta, autour d'un terrain de moyenne montagne possiblement convertible en mine. Le doyen de la communauté, Javier Cocobar, est tué. Le procès a lieu 9 ans plus tard.


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La situation est rendue complexe par le fait que cette appropriation est assez ancienne, et que les terres ont circulé par héritage et été remembrées au sein des familles propriétaires, ce qui semble en retour susciter une prise de conscience accrue de la spoliation chez les Autochtones. Par ailleurs, dles Autochtones apparaissent subir un déclassement et racisme latents (les hommes ont souvent été ouvriers dans la construction en ville dans leur jeunesse, et les femmes bonnes ou domestiques avant de revenir) mais ont collectivement pu constituer un capital économique important (peut-être ponctuel, lié au boom économique des années 60), et reviennent pour se fixer et exploiter le sol sur lequel ils vivent, pour l'élevage de bovins ou la chasse. Pour leur part, les propriétaires blancs semblent viser soiut la rente foncière (ils relouent la terre aux Autochtones, parfois sous forme de prélèvement en nature sur leur production), soit la prospection minière (cas du film, avec probablement l'idée de la revendre ensuite à des compagnies minières, ce qui donnerait alors au conflit une autre échelle, mais le film ne le précise pas). Il ont yant souvent un autre métier : beaucoup sont aussi de pettis fonctionnaires, ce qui leur donne aussi un accès privilégié au cadastre, ainsi qu'à des réseaux voire une clientèle et des flux de corruption locaux, notamment sur des questions de taxes ou de frais pour des actes juridiques
la situation est très proche de celle qui prévaut en Afrique centrale, comme ici dans des zones à l'interface entre zone surbaines et régions naturelles
) .

En 2009 Darío Amín, petit fonctionnaire, qui a hérité la terre de ses parents, s'accompagne de deux policiers retraités armés, avec lesquels il a créé une petite entreprise minière, pour se rendre dans le fond d'une vallée, su rles hauteurs de laquelle vit la commuanuté Chuschagasta. Ils doivent s'attendre à un affrontement, voire le provoquer , car les deux camps se filment mutuellement. Un des policiers laisse échapper de toute manière les preuves vidéos ne leur servent jamais à rien en tribunal (phrase qui a sans doute permis de les condamner car elle sous-entend l'intention ou une stratégie dans un conflit).

Dario Amín semble hésiter à faire demi-tour et veut rester dans voiture, mais ses acolytes poussent de manière plus nette à la confrontation. Une bagarre éclate ensuite avec le chef de la communauté, Javier Chocobar, qui est tué. Deux autres membres de la communautés sont blessés par balles. La caméra tombe et on n'entend que les bruits du meurtre, hors-champs. Il semble que cela soit Darío Amín, plus effacé dans la confrontation (mais propriétaire et commanditaire des autres), qui ait tiré, peut-être par panique. Singulièrement les morts et blessés comptent parmi les plus âgés. Les plus jeunes sont apparemment intervenus pour désarmer.

Neuf ans plus tard, le procès des trois hommes s'ouvrent. Le film commence par ce procès (à vrai dire pas tout à fait, mais plutôt par une descente malickienne depuis la station spatiale vers la pampa argentine, où l'on remarque que l'on passe de la montagne, avec une forme d'abstraction mystérieuse, à des parcelles de plus en plus petites et géométriques), avant de se focaliser sur l'histoire personnelle et économique des plus âgés, puis la vision du monde des plus jeunes, appelés à reprendre la communauté (et au centre du procès, à la fois comme plignant,s témoins, et visé par les stratégis de la défense).

Dans le procès la défense a une stratégie agressive, sous-entendant une forme de retard mental chez les Autochtones pour décrédibiliser leur récit. Ceux-ci ont par ailleurs conservés beaucoup de photo et de traces de leur démarches juridiques, sous l'effet d'un paradoxe : beaucoup disent qu'ils se sont aperçus sur le tard, en allant en ville, qu'ils descendaient d'un peuple qui avait toujours était là (c'est la domination sociale ou l'adversité qui créé,t cette identité et les ontologisent, un peu à la Sartre). L'épaisseur documentaire est chez eux volontaire, mais le reflet d'une mémoire historique perçue comme fragmentaire et interrompue,. Mais la dimention collective représente ainsi, dns cette recomposition, la somme construite des récits personnels, elle est accessible. On voit aussi au cours du procès que les ex-policiers ont une attitude et un ton qui évoque la période de la dictature (par un rapport arrogant, de mauvaise foi et faussement technique à la violence et aux armes) quand le propriétaire et meurtrier apparait plus placide et dépassé par les faits.

Finalement les trois hommes ont été condamnées à des peines allant de l'ordre de 18 ans de prison, le jugement a été cassé une première fois, puis confirmé. Dario Amìn est mort du COVID entre le tournage et la sortie.

C'est le premier documentaire de Lucrecia Martel, dont La ciénaga avait marqué le début des années 2000. On sent d'ailleurs un lien entre les deux films : un récit d'une collectivité, à la fois famille élargie et unité géographique, où l'impression de torpeur et d'indolence physique est rompue par une tragédie qui appelle un sursaut : le monde colonial et la propriété apparaissent comme des faux Eden, illusoires , mais qui ont entretemps modelé le paysage, aussi forts que la nature du fait de leur mollesse.
Et c'est très intéressant, un peu moraliste, mais ce volontarisme permet de dégager des invariants objectifs propres à toute situation coloniale (on peut penser à la guerre israélo-palestinienne, qui se joue aussi sur des questions foncières transgénérationnelles, à des situations qui existent aussi en Afrique centrale -comment l'ordre colonial a besoin de créer ses propres documents, pour recouvrir la logique sociale et politique du conflit, mais y réussit trop bien, en perdant dans sa victoire la compréhension de ce qu'il veut dominer-, ou en Nouvelle-Calédonie). Ce qui est aussi très fort, c'est que le film fait démentir les idées reçues sur les communautés indigènes : elles sont intégrées dans l'ordre économique argentin, apparaisent culturellemen du camps adverse. D'un certain côté elles connaissent mieux le pays que les propriétaires, car ayant perdu le capital foncier, elles ont du alterner entre ville et campagne et parcourir le pays en sens inverse des Colons pour se recomposer un capital financier. Les Chuschagasta sembent à la fois politisés, contestataires et stratèges (un des aînés dit le piège pour nous c'est toujours l'appel au dialogue, car l'autre sous-entend alors toujours une concession de notre part) et légalistes, l'attachement aux traditions est ausi paradoxal (ils disent eux-même avoir une méconnaissance de leur culture initiale, et ont développs une musique et des fêtes qui ressemblent en fait à de la country-flamenc ) car il part d'une abstraction consciente, finalement compatible avec le patriotisme argentin (une historienne évoque le rôle des Indidigène dans les guerres d'indépendance au XIXème : ils étaient alors les alliés de leur spoliateurs contre les Espagnols). Le même rapport semble prévaloir envers la religion catholique (le tribunal leur impose de jurer sur Dieu "ou un équivalent" avant leur témoignage, mais on sent que l'alternative n'en est pas une, que c serait insités sur le fait qu'ils sont à la fois justiciables et tolérés) : le film relève que l'Eglise catholique a développé un récit national où les indigène ont été puni de leur violence par Dieu lui-même, jusiifiant le pouvoir des colons comme un fait, à la fois structurant et fortuit avant d'être réintégré moralement. Lais ce caractère fortuit et accidentel de ce à quoi la sacré s'ioppose est la part la plus fortement identitaire et violente de la fiction et du mythe, comme chez Homère ou, d'ailleurs de manière intentionnellement moins forte, Virgile .

La religion est à la fois institution et message mais pour deux publics différents, et la violence politique est dirigée contre celui qui est représenté de la manière la plus littérale et expicitement laïque dans le mythe religieux. Paradoxalement ce qu'elle édifie sans représentation, est le pouvoir qui veut se légitimer. La religion fait du négatif ou de l'ennemi politique une présence autonome, contrainte au salut.
Il y a malgré tout en elle l'espoir que le sens latent et symbolique devienne à soin tour fait historique, que l'adversaire politique se change alors en valeur. L'intro malickienne est un peu lourdingue mais s'éclaire lorsqu'un Indigène dit, au départ d'une méditation sur l'Eglise "si les colons trouveraient une autre planète, ils ne pourraient que la dominer une seconde fois", repliant le mysticisme un peu pesant en une ironie sèche, qui l'épuise et le rend superflu. Ce mysticme est ce à a quoi la lutte politique répond, les faits détrompent un jugement ou récit préalables. et c'est toute l'ambiguïté du film : le tribunal est filmé comme le lieu inaugural de la confrontation politique, à partir du quel la mémoire et la parole peuvent apparaitre, alors que la lutte politique y voit plutôt l'occasion d'une réparation, mais il fallait bien une idée de mise en scène pour faire exiter le film.
On voit aussi que les descendants de colons ont eux-mêmes plutôt tendance à formuler la différence entre eux et les Indigènes en termes culturels (mais au sein du tribunal, c'est surtut une manière d'en affaiblir l'autorité), leur reconnaissant apparemment le droit de lutter sur ce terrains, quand les Autochtones la présentent comme plus strictement sociale : les normes jurdiques existantes sont plutôt leur allié. Il faudrait que leur esprit soit respecté pour leur accorder la légitimté du sol, ce n'est pas la représentation ou la parole qui manquent, leur forme est déjà trouvée, mais la suivie de l'intention qui les a suscité (il ne faut pas perdre au sens à la fois politique et littéral).
La principale différence avec les Blancs est la notions de terre économiquemen commune au groupe (quand la propriété individuelle des Blancs les contraint à des logiques d'alliances que n'ont pas les Autochtones) .
Pour autant le documantaire n'est pas sans faiblesse. Sa forme est un peu lisse et télévisuel. il ya aussi une ambiguïté politique : lorsque la réalisatrice prend la parole et interpelle quelqu'un, c'est la présidente du tribunal (la justice argentine apparait particlièrement féminisée - en fait les postes d'autorité dans la fonction publique , d'après ce que montre le film sont d'une manière génrale assez fémininisés, ce qui donne l'impression d'un partage des rôles au sein des Blancs - le capital foncier ou industriel étant le pôle masculin du même ordre), comme si le risque de mépris des intérets indigènes et d'arbitraire venait d'elle, alors qu'il ne doit pas être facile de rendre la justice dans un tel milieu ( on sent que le jugement est exemplaire surtout parce que les agresseurs ont eu des agissements et une stratégie de défense finalement maladroite, trop arrogante pour l'instution elle-même...). D'un certain côté il lui faut supposer la défaillance ou la finitude préalable de la loi pour représenter ensuite une infrastructure sociale et glisser un point de vue critique sur celle-ci, comme une réponse à une faiblesse morale ponctuelle et personnelle.

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je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

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