La chute du maléfique Empire Galactique a précipité la dispersion des seigneurs de guerre impériaux à travers la galaxie… Pour protéger tout ce pour quoi la Rébellion s’est battue, la jeune Nouvelle République décide de faire appel au légendaire chasseur de primes mandalorien Din Djarin et son jeune apprenti Grogu…L'abandon, c'est pas l'attitude de l'administration scolaire face à Samuel Paty, c'est Lucasfilm face à
Star Wars. Ou bien est-ce Disney?
Quand le studio a racheté la boîte de George Lucas en 2012, l'annonce d'une multiplication d'œuvres issues de la licence, à l'époque où le terme "contenu" n'était sans doute pas encore répandu, la menace d'une dilution de la franchise dans la quantité était tangible et la qualité des productions n'a fait que la confirmer. Quand
The Mandalorian a débarqué sur Disney+, sur la queue de la comète de la
Peak TV, la déception était de taille. A l'heure où la majorité des séries ont vu leur nombre d'épisodes par saison réduit pour coller à la bête formule du "film de 8 heures", le feuilleton créé par Jon Favreau n'avait rien de feuilletonnant, revenant au modèle ancestral de "l'aventure de la semaine" (diffusé comme tel d'ailleurs, tranchant là aussi avec le modèle imposé par Netflix). Là où la démarche aurait pu être rafraîchissante, en renouant avec l'esprit désuet des
serials ayant inspiré Lucas en premier lieu, elle s'est finalement avérée symptomatique du traitement réservé à la pop culture aujourd'hui : une imagerie creuse tout juste bonne à provoquer des réactions pavloviennes chez les fans nostalgiques.
Et ça n'a pas manqué. D'aucuns se sont incompréhensiblement exprimé en qualifiant le programme de
"meilleure chose arrivée à Star Wars depuis 1983!" (voire 1980), une sentence particulièrement préoccupante au vu du néant proposé par la série. Du western en
cosplay Star Wars avec un sidekick kawaii. Boba Fett était déjà un personnage surcoté pour deux éléments qui le rendaient "cool" et ce sont précisément ceux que la série va reprendre pour un autre personnage : son armure et son métier de chasseur de primes. Et toute la série entend cultiver ce retour en arrière. Abrams le faisait mais avait le mérite de travailler précisément sur la métatextualité et d'en tirer un propos. Sur la première saison, Favreau ne raconte rien. Il est même incapable de simplement refaire Baby Cart dans l'univers
Star Wars. Sur les suivantes, les enjeux s'amplifient en plongeant dans le lore de Mandalore développé par
Clone Wars (réduisant Grogu à un figurant la plupart du temps) mais peine toujours à raconter quelque chose d'intéressant au-delà de rebondissements éculés.
Malheureusement, comme les tentatives cinématographiques plus ou moins audacieuses ont créé une division au sein des fans plus vocale maintenant qu'internet s'est démocratisé, le studio en déroute sur ses différents projets pour le grand écran a opté pour la sécurité.
Solo l'avait entamé,
The Mandalorian & Grogu va l'entériner : nous sommes face à la marvelisation de
Star Wars au cinéma. Ou comment les films ne sont plus que des épisodes - littéralement dans le cas présent - vides de sens, et ne créent même plus l'événement.
Le film, si on peut l'appeler ainsi, est loin d'être honteux (bien que le choix d'avoir le fils de Jabba en Hutt bodybuildé qui parle anglais - Jeremy Allen White mais avec une voix trafiquée,
what's the fucking point? - pour dire des banalités didactiques comme
"tu sais pas comme c'est dur d'être le fils de Jabba" créé un maëlstrom de dissonances cognitives vertigineux). Je ne sais pas dans quel monde un cinéaste se dit que le directeur de la photographie idéal pour une aventure
Star Wars au cinéma est celui de
Clerks but here we are. Pour être honnête, il se contente de reprendre le chef opérateur de 14 épisodes (sur 3 séries
Star Wars différentes) mais il ne faut donc pas s'étonner si presque tout le film consiste en plans moyens et champ-contre-champ de 3/4 face. C'est fou de ne pas avoir cherché à se distinguer un minimum de la forme télévisuelle, mais c'est tout le film qui ne parvient jamais à justifier pourquoi cette histoire spécifique de ces deux personnages méritait d'être racontée sur grand écran. C'est même pas qu'on dirait "un long épisode", c'est qu'on dirait simplement trois épisodes mis bout à bout. C'est fou de ne pas avoir fait un minimum d'efforts pour donner un peu plus d'ampleur et d'enjeux à cette intrigue qui d'ailleurs ne nécessite pas d'avoir vu les trois saisons (dont j'ai rattrapé, inutilement, les deux derniers épisodes juste avant la projection) et qui pourra tout aussi bien être sautée avant de découvrir la quatrième.
Alors il y a une bonne dose d'action, dans un véritable catalogue passant de la fusillade, à la poursuite en véhicule, à la baston, à l'affrontement avec des monstres - je ne pensais qu'il était possible de surenchérir le vieux George sur le bestiaire mais y a une nouvelle créature toutes les 10 minutes - mais aucune scène ne présente de concept intéressant. Ce qui était acceptable en la matière pour une série télévisée devient tout juste passable dans un blockbuster à 165 millions de dollars.
Je ne sais pas si on peut dire qu'il y a une justice mais le
tracking du film annonce le plus faible premier week-end au box-office pour la saga depuis longtemps. Nonobstant, Kathleen Kennedy et son illustre CV de productrice a été remplacé à la tête de Lucasfilm par Dave Filoni, l'architecte des séries
Star Wars sous et post-Lucas, sans doute considéré comme garant de la continuité, loin des choix potentiellement iconoclastes d'auteurs. Et le prochain film est signé Shawn Levy. J'ai envie de croire qu'il ne pourra être que meilleur.
Parce que celui-ci est le pire.