aka Le Président & Miss Wade
Andrew Shepherd est un président des États-Unis jeune, dynamique, populaire. Veuf, il élève seul sa fille. Candidat à un second mandat, il veut faire voter une loi sur la diminution de la pollution due aux carburants. Lorsqu’il tombe amoureux une avocate représentant une importante organisation écologiste, la presse et l’opposition crient au scandale.Le réalisateur de
Quand Harry rencontre Sally,
arguably la meilleure romcom ever, qui porte à nouveau à l'écran un script du futur scénariste de
The West Wing, dont ce film est le clair prototype, ça ne peut donner qu'un film charmant et surtout intelligent.
Porté par le rythme des échanges hérités de la
screwball comedy, le scénario lie habilement la trame amoureuse, respectant scrupuleusement les codes du genre (
meet-cute, trahison,
grand gesture) et exploitant toujours la spécificité du postulat (contrairement à beaucoup de comédies et notamment le similaire
Long Shot avec Seth Rogen et Charlize Theron), à la trame politique, animée d'un vrai propos riche sur le rôle du chef-d'état et de la figure du politicien.
Oui parce que le projet a beau être né d'un pitch de Robert Redford (
"The President Elopes" aka "Le Président se marie en secret") qui a choisi Sorkin sur la force du traitement qu'il a proposé, l'acteur, pourtant pas le moins engagé, a quitté le projet lorsque Reiner s'y est attaché et a, selon Redford, voulu en faire
"davantage un film politique qu'un histoire d'amour". Après tout, le titre original ne comporte aucun indication qu'il s'agit d'une comédie romantique, contrairement au titre français, et révèle bien comme le genre n'est qu'un prétexte pour Sorkin lui permettant de monter une fois de plus sur son pupitre pour présenter son idéal. Shit, les personnages évoquent même un discours durant lequel le Président a dit
"America isn't a great society anymore", préfigurant l'incroyable monologue de l'intro de
The Newsroom qui n'arriverait que 17 ans plus tard (et question monologues, ce film n'est pas en reste).
Comme dans
A Few Good Men (et bien avant
Molly's Game), il est encore une fois question d'intégrité. Jadis c'était celle du soldat qui refusait de plaider coupable car il n'avait fait qu'obéir aux ordres, forçant son avocat à s'ériger contre le système, ici c'est le Président lui-même qui refuse tout le long de commenter sur sa vie privée et ce malgré les attaques de la droite (et la façon dont le Président finit par y répondre pourrait tout aussi bien s'adresser à Trump tant leurs méthodes sont restées les mêmes).
Coïncidence : le film est sorti en novembre 1995 soit littéralement le même mois où Bill Clinton et Monica Lewinsky ont entamé leur liaison qui ferait scandale trois ans plus tard (et l'accusation de harcèlement sexuel par Paula Jones date de mai 1994, le scénario était déjà écrit vu que le tournage a commencé en novembre de cette année-là) donc on était encore dans cette période dorée qui a donné tous ces films mettant en scène le président américain de façon quasi-héroïque (de la comédie type
Président d'un jour aux films d'action comme
Independence Day et
Air Force One). C'est sans doute dû à un biais de perception de par mon âge mais j'ai vraiment l'impression qu'aucune autre décennie n'a vu tant de fois le chef d'état au cinéma, dans ce type de rôle en tout cas.
Capra est directement cité dans une réplique et l'héritage est clairement assumé par Sorkin et Reiner - le dernier plan n'est pas non plus celui d'un romcom mais bien d'un film politique - qui truffent le film de petits moments sublimes d'humanité dans la caractérisation des personnages campés par un cast impeccable : les gros plans de Reiner s'attardent régulièrement sur la moindre réaction charmée de Douglas, convaincant dans ce contre-emploi post-films de gros baiseur, et surtout Bening, qui gère à merveille l'équilibre entre
love interest mimi et femme plus hawksienne, Sheen qui semble déjà faire campagne pour le poste et
last but not least, mon gars sûr Michael J. Fox dans un de ses derniers rôles au cinéma, si parfait qu'il aurait mérité un
spin off (en un sens, c'est exactement ce qu'est la sitcom
Spin City).
Bref, je ne me lasse pas de le revoir. C'est tout petit mais c'est un régal.