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MessagePosté: 13 Jan 2026, 01:19 
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Jean-Pierre Gorin filme la vie nocturne d'un club de retraités adeptes du modelisme ferroviaire, à Del Mar (une petite ille balnéaire au nord de San Diego, née d'ailleurs de la voie ferrée).


Dans un premier temps, les membres du club ont un côté redneck, à la fois borné et minutieux.
Mais à mesure que le film avance, une grandée poésie émerge, et le groupe arrive à bien retransmettre le côté conceptuel de leur hobby -pas vraiment un art, mais pas non plus un passe temps simple-
L'enjeu tient autant dans la simulation d'un lieu à la fois crédible et imaginaire, et une tentative d'accélération du temps (si les trains sont au 1/87 et les trains atteignent le 30 ou 40 km/h, le réseau fonctionne potentiellement 87 fois plus rapidement que le temps perçu par par les humains qui l'actionnent) que dans le fait d'imiter idélmenet l'outil technique (le groupe compte un intello qui parle de différence et répétition, et du rapport entre matrice fixe et l'improvisation que la contrainte permet) .

Cela renvoie bien sûr au montage, et à l'ambiguité du cinéma, entre script et ouverture à l'évènement.

Le paysagiste du groupe doit par exemple acquérir des notions de géologie des sédiments pour bien simuler la bonne couleur des roches en peignant le support
en fait le réseau possède un côté moche et poussiéreux, mais reste fascinant, c'est une sorte d'immense table avec des coursives et des trappes que les modellstes soulèvent pour palcer leurs énormes mains sur la maquette et la peindre ou vérifier les cablages électriques - ce n'est pas pour rien que le groupe comtpe un miltiaire marin qui a travaillé sur des lances missiles
... :shock:

Le film représente aussi pour Gorin un challenge, fréquenter des Américains assez roots avec son background d'artistes français marxisant, acquérir leur usage et leur langue, mais aussi maintenir son identité face à eux. Bref dégager ce par quoi il se ressemblent sans fusionner.

Par ailleurs les clubistes ont un ciné-clubs de films de trains en super 8, réalisés ma foi de manière assez pro, ce qui fait un peu baliser Gorin qui réalise qu'ils peuvent le dominer même sur sa technique


De plus le film est articulé avec la relation assez compliquée de Gorin avec Manny Farber, qui fut son mentor académique aux USA (ila été prof de filmologie) .
A l'époque où il le filme, Farber délaisse la critique de cinéma pour une peinture, qui rappelle à la fois l'Americana à la Hooper et le pop art plus complexe politiquement de Jasper Johns. On sent que Farber (à la manière dont Gorin en parle, car il 'nest pas interviewé) a évolué d'une position à al fois progressistes et empriiste (genre Bertand Russell) vers un conservatisme un peu désabusé et cynique. Mais par ailleurs au début de sa carrière, Farberl n'était pas un bourgeois intello, mais un charpentier venu de l'Arizona vers New York pour travailler sur ces chantiers, soit un background qui résonne avec les intérêts de Gorin.

Le film est aussi construit sur l'image du travailleur américain dans le cinéma classique américain, et convoque Only Angels have Wings de Hawks (un mélodrame de la frontière à l'air moderne et technique) et Other Men's Women de Wellman (un mélo ferroviaire avec James Cagney, au physique proche de celui de Farber)

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J'ai adoré, le film est à la fois flou, déroutant et ultra-précis. La voix-off de Gorin (présente tout le temps, un peu envahissante par moment) lit un texte riche (il faut les sous-titres pour tout suivre) une sorte de monologue intérieur et d'autobiographie intellectuelle), très (trop ?) bon littérairement.

En fait on n'est pas loin de l'essai à la Chris Marker, plus que dans le cas de Poto & Cabengo où il y avait l'urgence du témoignage (pour un peu sauver des enfants en danger). Il y a vraiment des phrases et idées qui claquent et restent en tête, l'en,jeu est aussi pour Gorin de devenir un artiste anglophone.

On ne sais pas non plus où on est et ce qui est monté - est ce que ce sont des ploucs ou des artistes conceptuels, des conservateurs ou des résistants qui maintiennent une éthique neutre du travail et de la maîtrise de la technique comme dernier mot existentiel (hallucinant de voir leur console de mixage sonore, aussi sophistiquée que celle d'un studio) ?

Par ailleurs Gorin parle assez franchement (mais peut-être pas sans une inévitable mauvaise foi
ce thème revient souvent : Les autres disent de moi que je suis un ancien marxiste
) de la contradiction entre son parcours de cinéaste marxisant, travaillant l'idée de révolution (quand il parle de tuer le père il montre une photo réunissant Godard et Farber), et de sa fascination pour l'Americana. Dès lors pas la peine d'en faire une exégèse indirecte et de prendre le film comme un symbole ou symptôme interprétatif, ce thème est son contenu principal et lui donne sa structure.

Un contenu qui, toutefois, est à la fois transparent et déjoué : Gorin voit dans le réseau ferroviaire une image idéale et typique de la mentalité américaine de base. Mais les modélistes ferroviaires, de leur côté, n'ont pas besoin de symboliser ce qu'ils sont pour se le représenter à eux-même - ce réseau est pour eux un espace qui n'existe pas, donc libre et infini : un délire plutôt qu'une trace sociale.

Qu'est-ce qui sépare la revendication obsessionnelle de leur modestie, leur minutie travailleuse, du populisme et du repli sur soi ? C'est simple, le fait que Gorin et les modèlistes (Ce film est super camp) jouent à se séduire l'un l'autre, quasiment sexuellement et de manière infinie. C'est à dire que le cinéaste s'épuise en même temps que son sujet.
Des gens bornés mais efficaces, c'est bien sûr l'utopie d'un parti politique minoritaire, d'une avant-garde qui resterait sincère jusqu'au bout, qui prendrait le risque de paraitre médiocre pour ne pas se laisser acheter. Ces gens concilient, dans leur local, la nuit, le fantasme du pouvoir absolu et l'humilité du travailleur, le commandement et la praxis qui va vers l'autre. Il faudrait, pour que cela dure toujours que le regard extérieur qui les juge ridicule simule sa propre mort, que le critique soit le seul homme sur terre possédé par la haine de soi, à la place du peuple et de l'état.

Il ya aussi une idée qui m'a bouleversée, à la fois dérisoire et énorme (et sans doute scénarisée mais bon) : pour montrer que Gorin le Frenchie est accepté dans leur groupe, ils achètent une miniature de Citroën DS au 1/87, qui chaque soir se retrouve dans un recoin différent du paysage, de plus en plus improbable.

Autre scène magnifique : le seule chose qui de nuit, peut amener ces vieux grosses à interrompre quelques minutes leur routine, un peu masturbatoire il faut l'admettre, et leur faire mettre le nez dehors est le passage d'un vrai train (invisible) sur la ligne passant devant leur local, qu'ils commentent comme un groupe de gosses,, en s'envoyant des vannes ( façon Stand By me où il y a aussi un train
et qui date de la même année
) . Et la nuit est un peu brumeuse et irisée, putain, à ce moment, Gorin créé dans le documentaire la fiction d'une magie collective, d'une régression lucide vers l'enfance qui rate de peu la liquidation de la blessure de l'enfance et de l'apprentissage involontaire du système, du type de celle que l'on ne trouve que quelques secondes dans des vieux films de Borzage ou Gun Crazy de Joseph Lewis.


Grand

Autre aspect bien intéressant : l'introduction des femmes dans cet univers masculin et fermé par le truchement du cinéma du début du parlant. Et le chef du groupe est celui qui a trouvé l' épouse qui partage sa passion (mais pour le tainspotting de vrais trains) là c'est quasi de l'anthropologie. Singulièrement Manny Farber inclut également dans son tableau des représentations pornographiques de femme en train de se masturber.

_________________
je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


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