Dans ce sous-sous genre qu'est le drame historique post-colonial, systématiquement dans le pas mal mais vraiment pas top (
Gandhi,
La Déchirure,
The Wind that shakes the Barley, la filmo de Costa-Gavras allez mettons-y le moins programmatique mais pas moins raté
1492 etc.),
Queimada est sûrement un des sommets.
Le postulat de départ est alléchant: un Anglais débarque sur une île, colonie portugaise, dont l'économie repose sur la production de canne à sucre assurée par une population noire esclavagisée, pour y foutre le dawa. Et assez vite, on comprend que ce n'est pas pour les préceptes très chrétiens qui ont fait de la civilisation occidentale la première à abolir l'esclavage à grande échelle.
Un Anglais incarné par un fantastique Brando, mêlant à la fois l'iconique brut de décoffrage à la subtilité d'un homme perclu de doutes.
Dans le cadre donc luxuriant des petites Antilles (et l'on se demande quand même pourquoi Pontecorvo choisit le Portugal qui, à ma connaissance, n'avait pas de colonies dans le coin... allez, on va dire que c'était par rapport à la colonisation toujours active à l'époque du pays même si bon, on peut aussi dire que la Révolution s'arrête là où le disent les politiques de production et de distribution).
Avec une révolte armée et juste.
En prime avec générique chantmé d'images du film, qui passent pour images d'archives, avec le style graphique typique des westerns italiens, bien sanglant, et une musique GRANDIOSE d'Ennio Morricone.
Et ben qu'est-ce que c'est raté. Et si ça croit être réussi, qu'est-ce que c'est boursouflé. Mais la générosité du tout rend quand même plaisant l'expérience. Une sorte de fast-food marxiste saturée d'idéologies, qui n'est pas trop bon, n'apporte pas grand chose dans le fond, mais assez bourratif pour avoir une sensation de satisfaction.
Reste tout de même une certaine richesse. Le film dépasse largement le simple récit d'une révolte coloniale. Derrière l'histoire fictive de l'île de Queimada se cache une réflexion sur les mécanismes de la domination : comment les puissances coloniales manipulent les peuples, utilisent les élites locales, puis répriment les mouvements qu'elles ont parfois contribué à faire naître.
Le personnage de Marlon Brando, William Walker (ref à un perso ayant réellement existé au Nicaragua), est particulièrement remarquable.
Contrairement aux héros classiques, il n'est ni un aventurier romantique ni un méchant caricatural. Il est l'incarnation froide du pragmatisme impérial : intelligent, cultivé, parfois sympathique, mais entièrement soumis à la logique des intérêts économiques. Comme déjà dit, Brando est top. Et ça pourraît bien être vraiment un de ses plus grands rôles et interprétation. Ce qui n'est pas rien. Alors malheureusement, la première moitié du film (il y a une ellipse d'une dizaine d'années, accompagnée d'une voix-off des plus laborieuses), impossible de ne pas bloquer sur sa gueule au maquillage et perruque incroyablement médiocres, d'autant que le reste de la direction artistique est pourtant excellente. Mais il y a dû avoir un décès dans le secteur, impossible autrement, car il y a aussi la blackface la plus invraisemblable.
Renato Salvatori
joue un métis.
Pourtant, l'acteur est bien et le personnage aussi. Mais ça résume bien le film. Une floppée de bonnes intentions plus ou moins bien amenées.
Le film notamment excelle aussi dans sa démonstration politique. Pontecorvo montre que l'indépendance formelle peut masquer une dépendance économique persistante. À cet égard, le film garde une réelle actualité, et rien que ça mérite un certain coup d'oeil par ceux intéressés.
Tout en ayant aussi une résonnance sur sa propre époque, l'allusion au Vietnam est séminale ("queimada", "brûle", les révoltes d'esclaves sont réglés à coup de destruction par le feu des forêts où ils peuvent se réfugier) + une allusion claire.
Et il a ce côté plus démonstratif que psychologique. Les personnages représentent parfois des forces historiques ou des idées davantage que des individus complexes. Il y a des scènes de dialogues digne d'un discours stabyloté, totalement didactique, carrément marxiste, où la thèse politique semble parfois primer sur l'émotion.
Ca a un côté risible mais pourtant, là encore grâce soit rendue à Brando, ça passe et ça finit même par faire la force du film, sa personnalité propre.
Malgré, encore une fois la faiblesse en miroir (mais finalement, ça aussi rend le film finalement original, surtout face à une production contemporaine qui serait passée entre des douzaines de mains de spin-doctors du scénar), le personnage du chef esclace de la rébellion José Dolores (ce nom !), interprété par Evaristo Márquez (un total amateur qui assure pourtant face à un monument; mais son rôle est finalement plus facile) reste un symbole, rendant alors le colon anglais plus complexe que le révolutionnaire, finalement plus intéressant, plus séduisant.
Parce que ça ne s'arrête pas au colonialisme ; c'est un film sur la fabrication du pouvoir et sur la manière dont les empires changent de visage dans le cadre capitaliste (l'ellipse est donc maladroite mais symboliquement passe par la Bourse de Londres, ce qui est une super idée).
La richesse intellectuelle est notable, le caractère de fable politique est ludique mais trop programmatique, c'est bien trop sec face au sujet.
Et techniquement, comme l'exemple du maquillage, on passe d'un statisme ponctué d'effets des mauvais spaghettis de l'époque, à des scènes et plans forts.
On peut aussi apprécier les nombreux plans sur de très jolies poitrines (ah l'Italie ! ah les années 60 !) tout en se demandant si ça correspond vraiment à la prétention du message voulu par le film (reste que quand ça arrive genre pour la 3e ou 4e fois dans le film, quand on voit un soldat anglais découvrir où il débarque, il y a ce montage savoureux sur les bonshommes des bonnes-femmes, beaucoup moins souriants et affriolants).
J'ai vu la version longue et suis finalement curieux de la courte. Peut-être qu'un coup de fouet rendrait tout ça beaucoup plus efficace, beaucoup plus coup de poing comme il le mériterait.