Les Guerres de Lucas, Vol. 1 et 2 (scénarisé par Laurent Hopman et illustré par Renaud Roche)


Le long chemin parcouru par Lucas (& co) pour monter
Star Wars (et
L'Empire contre-attaque dans le deuxième tome). C'est tout à fait cool, principalement grâce à un superbe dessin minimaliste, jusque dans l'encrage, et un découpage nickel, même si l'écriture se résume grandement à de l'illustration d'anecdotes (relativement connues pour la plupart). On connaissait les films Wikipédia et c'est un peu une BD Wikipédia. Il m'a manqué un peu plus d'introspection, un peu plus d'
insight sur le personnage. Il y a des choses qui sont indéniablement là dans le premier tome et que le second met encore plus en évidence en continuant sur la ligne directrice qui donne son titre à l'œuvre - le combat d'un artiste contre le système, en somme - mais une dimension intime supplémentaire n'aurait pas été de trop, ça aurait d'ailleurs peut-être un peu amoindri les aspects les plus hagiographiques. Mais je boude pas mon plaisir.
Spectators (scénarisé par Brian K. Vaughan et illustré par Niko Henrichon)


Une femme est victime d'une fusillade dans un cinéma. Devenue fantôme et incapable d'interagir avec le monde, elle décide rester et d'assouvir son voyeurisme.
Même si ça n'était pas signé Vaughan, dont j'avais déjà adoré
Y The Last Man et
Saga, ce serait taillé sur mesure pour moi.
And he's done it again. A partir de ce simple postulat, que le récit ne transformera pas réellement en intrigue à proprement parler, préférant une sorte de balade nocturne comme si Richard Linklater faisait
Before the End of the World, la BD déroule une réflexion sur notre rapport au sexe et à la violence, tous deux représentés de façon on ne peut plus explicite, comme l'un est encore tabou tandis que l'autre nourrit notre quotidien mortifère, et s'attaque donc forcément aussi à notre relation aux images, aux médias. Qu'est-ce qu'on mate? Pourquoi? Est-ce qu'on mate pour fuir la vie? Est-ce qu'on mate la vie des autres au lieu de vivre? Avec ces personnages flottant à des centaines de mètres au-dessus d'une ville futuriste potentiellement sur le point d'exploser, l'échelle paraît gigantesque mais la narration demeure résolument intime, focalisée sur la rencontre et l'échange entre deux individus, de genres, de couleurs et surtout d'époques différentes. C'est à la fois dense et tout petit. Glaçant et touchant. Et profondément mélancolique. Une merveille.