Décidément très bon

L'intrige est moisn
hardboiled, plus classique et stéréotypée, plus directement sociologique et politique également. C'est une veine plus mineure mais aussi plus didactique et humaniste que
The Killer inside Me Dans une ville du Sud des Etats-Unis, Bob Talbert, le fils unique d'une famille lambda de la frange inférieure de la classe moyenne ou supérieure de la classe ouvrière (le père est employé commercial ou comptable dans une entreprise locale de BTP) a une histoire avec sa voisine Josie, qu'il connait depuis l'enfance, qui a la réputation d'être de "mauvaise vie" quand lui est assez timoré (même si le roman déconstruit cela assez finement). Le rapport sexuel ne se passe pas bien et finit sur une situation scabreuse pour les deux. Plus tard dans la journée, la jeune fille est retrouvée morte devant chez elle. Le gamin a un alibi apparemment solide, lié aux relations complexes qu'il a avec son père, et la police locale se montre d'abord humaine. Mais un patron de presse locale décide de faire monter la sauce et transforme l'enquête en feuilleton..
Les chapitres correspondent à kaléïdoscope de point de vue subjectifs (le père plustôt attachant, mais conscient d'être largué et socialement complexé, la mère bien névrosée, le rédacteur en chef amer et ont la carrière stagne, son journaliste syndicaliste progressiste limtié comme qui va faire motner la sauce de l'hystérie et du sentiment d'insécurité pour faire chier ce dernier, un avocat en apparence madré, mais qui est un saint clandestin, personnage récurrent il semble chez lui, etc...).
Et c'est très efficace et prenant. Là où Jim Thompson est très fort, c'est que l'arrivée progressive d'un thème politique progressiste explicite n'amène pas une simplification ou schématisation du récit, mais au contraire un passage à des niveaux de complexité et de recherche formelle supplémentaires. Les protagibustes ont une idée de la justice et de la honte, une compréhension des rouages sociaux finalement assez voisines entre elles, et le tragique est l'intériorisation individuelle du système. L'ordre sépare, y compris de lui-même.
Le roman, court, articule le rapport entre antisémtisme et condition noire de manière très construite et précise, très fine.
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Beaucoup des personnages-chapitres du livre qui prennent la parole sont des hommes, misogynes vis-à-vis de leur femme (voire envers la victime, que seul le récit de l'ado dépassé par la situation permet de cerner, en lui donnant sa dignité), mais en creux le roman défend largement la valeur et l'intégrité de celle-ci. La dernière phrase est d'ailleurs
ultra-déchirante (dernière phrase souvent percutante chez lui)
Cela fait un peu penser à
Ace in the hole de Wilder, ou au début de Gun Crazy de Joseph H. Lewis, mais en plus cohérent, à la fois plus explicite et plus complexe. Etonnant que cela n'ai pas été adapté au cinéma (en fait non, c'est écrit en plein MacCarthysme).
On repère aussi certains tropes psychologiques propres à Thompson (une vision à la fois phobique et puritaine de la sexualité féminine, et du couple, mais qui ne bascule pas dans la haine, elle isole le personnage qui la véhicule, elle est consciente et parallèle à son aliénation et au tragique social), un rapport apparemment plus simple au père, défaillant ou absent qu'à la mère trop présente, d'autant mieux que la forme est ici
soft.
Parfaite lecture de lycée voire de collège, et très recommandable pour les moins de 200 ans.